> Tristan Felix, Augures (extraits inédits)

Tristan Felix, Augures (extraits inédits)

2017-12-28T12:28:40+00:00

à la vie, impré­vi­sible 

 

 

 

En sous-titre de chaque poème,
une concré­tion lit­té­rale des poèmes eux-mêmes, en ita­liques.

 

L’augure est l’alibi du poème 
son iden­ti­té trans­fuge
Gwen Dhu
L’Albatroce

 

 

 

elle ten­ta la figure de l’oiseau
per­cu­tant le ciel

per­dant tout d’elle
par mor­ceaux
à genoux dans le vide
où tour­noyaient des ailes

sans corps

(civid)

 

 

pris d’un doute
le vigile crève l’alvéole noire
d’un coup d’ergot, tac

 

qui demeurerait en sa larve
à touiller un sang d’encre ?

aus­si­tôt elle s’envole, hilare
vers une cime d’air
avec sa mort acro­ba­tique

(meu­rhil)

 

 

la pulpe d’horizon
une fois seule

s’ouvre à chair

aux hébé­tudes aus­si
des berges où court un demi-chien
vêtu-vif

com­bien de bris de vie qui courent
ras la tranche
à demi vêtus-vifs !

(ubris)

 

 

flanque ta voix dehors

claque entre les pavés
où le sabot gelé tré­buche
ton écho d’insomnie

quand ta viande ne pour­ra plus arquer
te vien­dra une mouche
brailler tes humeurs fre­la­tées

des gueules de fleurs
figent en suc mor­tel
la sueur de la nuit

flanque ta voix dehors

(gue­hors)

 

 

elle est tu
d’une mai­son tout en paille

sous la grand’nuit d’été à res­pi­rer
trois fois les bois huants

prête à brû­ler quand midi
bran­di­ra la sen­tence

légère adossée contre un sem­blant
elle est têtue

(fédoss)

 

 

sans appui que l’air
la marche d’un che­val de biais

qu’en foraine idylle on sur­pren­dra
l’âme pin­cée

alors ne pas
dégrin­go­ler de l’arçon

reve­nir à tâtons
au point fer­ré d’oubli

(dydou­bl)

 

 

dans l’antre aux aurochs

si cru de son corps
que dedans le roc
se griffe et réci­dive
en dix doigts écar­lates

l’os parié­tal cogne
se fêle et se brise
qu’il sache dedans lui
qui l’a orné de cornes

lui l’aurochs   le chantre

(rocorn)

 

 

au nœud des terres meubles
j’enfonce inexo­ra­ble­ment

et loque à loque ruisse­lantes
défilent les Absentes  les Inouïs
et les Proies de la soif

que ralen­tisse la mort
cou­chée dans notre loup !

le bleu des écorces au crépuscule
quitte les bois et hisse aux cimes
une lumière pro­chaine

être loin de soi
où nui­ter !

(rupu­cim)

 

 

 

reve­nue du pont sus­pen­du
où l’insecte blanc se lan­çait dans l’éclair

e d’une poudre d’enfant
à la lisière de son incan­des­cent suaire

un clown vague en sa grime

un vaga­bond assis par la stu­peur

(nefan­su)

 

 

— pour­quoi tuer cet oiseau si petit ?

— il chan­tait dans les dunes, il frô­lait de ses ailes l’écru du sable

— il n’avait pas le droit d’identifier ton désir de le savoir vivant ?

— son chant n’avait presque plus d’air, ses ailes que l’ombre pour agi­ter sa fin

— un oiseau t’a tué et tu ne sau­ras où il t’a échoué

— j’aurai donc dor­mi tant et tant

— à tire d’aile

(ombaile)

 

 

de ses yeux l’enfant-carbon tire
une colle noire

pâte à souiller les genoux
sculp­ter l’informe

il passe la nuit au bloc de sa falaise

et tout tombe au fond de soi
enra­ci­né par les che­veux

(olloc)

 

 

on a froid vert
contre la pierre d’église

les fou­gères tiennent leurs crosses

et les vents de prière
paissent à mi – mots

la tié­deur de nos assas­si­nats

(piross)

 

 

poisse et mouise en besace
tout luit hors du visible champ défé­ca­toire

com­ment dire pétu­nia, cour­roux, mica

cou­rir écer­ve­lée là-bas
brouiller sa forme
se perdre au mot

des­ser­rer l’étreinte des joies feintes ?

(poi­nia)

 

 

un quart d’assise
un demi-pon­ton
un revers d’équilibre
cent fois la ligne de flot­tai­son
moins la coque

la reine abys­sale n’a pas quit­té son roc
ni sa robe ôtée   elle pense des­sous

invi­sible soit-elle
morte peut-être

notre hési­ta­tion juste
dans l’axe du corps défait un mystère

(ortyst)

 

 

Face
l’empreinte acé­phale d’un lézard

Pile
la crête d’un roi

l’Idiot retrou­ve­ra une écaille de sa tête
entre ses doigts frot­teurs d’écus

il en mour­ra de rire

(fadio)

 

 

entre les œillères brû­lantes
sa tête cogne à sa car­casse

remorque de phrases d’abattoir
qui sonnent à cloche-fêlée

un âne blanc, hi ! la carriole pleine de têtes, han !
tra­verse la place à grand fra­cas

« cherche poète à main nue
pour taire un peu tout ça »

(phar­riol)

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