> Trois poèmes de Laurence Millereau

Trois poèmes de Laurence Millereau

Par |2018-06-07T11:00:03+00:00 7 juin 2018|Catégories : Laurence Millereau, Poèmes|

Je te dirai les absides bleues des nefs à l’orée du voyage je te dirai le silence des étoiles et la rumeur de la mer au bord des mots je te dirai le res­sac des paroles nées du som­meil je te dirai les jungles ombrées sau­vages où se perdent les rêves les champs de coque­li­cots rouges comme les larmes de l’ aurore je te dirai la lumière orphe­line des réver­bères et la voûte nim­bée des forêts je te dirai les bles­sures blanches du matin et l’apaisement des cré­pus­cules d’ été je te dirai les éclats de la mémoire la bri­sure des miroirs les cou­pures opaques et l’or des sou­ve­nirs retrou­vés je te dirai la dou­leur du vent quand les arbres se tordent et l’aile de l’oiseau comme un sou­pir de l’air je te dirai que le bon­heur peut sur­ve­nir quand tout parait fini je te dirai le haut­bois blanc de la lune et le vio­lon­celle qui vibre en ce début d’automne je te dirai l’inclinaison des che­ve­lures d’enfants et leurs rires en cas­cades claires je te dirai les fièvres de l’amour et la force insou­mise du désir le par­fum de tant de livres et tant de décou­vertes tou­jours plus vives je te dirai que l’amitié est ce jour grand ouvert sur les pau­pières de nos nuits je te dirai les voix qui jamais ne s’enfuiront jusqu’à mon der­nier souffle je te dirai la joie plus forte que la peine je te le dirai mon ami, je te le dirai mon amie.

1 Octobre 2017

 

Dans le vent de Novembre j’entends venir tes pas comme jadis dans le vent de Novembre j’entends les bruits d’autrefois portes fenêtres cla­quant comme les voiles d’un navire j’entends la pou­lie du puits et les appels lan­cés à tra­vers le jar­din dans la blan­cheur du soleil les pré­noms aimés comme l’été à la plage ou dans le jar­din d’enfance ses pins immenses  qui se tor­daient dans le vent de Novembre leur ombre se pen­chant sur nos vies étoi­lées déte­lées la tête dans les livres et dans le vent les courses folles de rois et de reines inven­tées ou de ban­dits de grand che­min à tra­vers les taillis touf­fus et les ronces qui déchi­raient les robes et les genoux dans le vent qui sou­lève ici les bam­bous aigui­sés par l’or du cou­chant j’entends la houle de l’ombre mon­ter sur les façades blanches et lais­ser retom­ber au sol quelques lances   enso­leillées « dans le vent sau­vage de Novembre »  quelqu’un s’en est allé qui ne revien­dra jamais dans le vent de Novembre il y a l’embrasement rose et bleu du ciel au levant, il y a les longues nuits d’hiver et le silence des oiseaux sai­sis par le froid, il y a les voix qui se sont tues et reviennent sous la véran­da il y a bien­tôt dans le vent de Novembre mais on ne sait quand l’accalmie la fin de la vio­lence la fin du vent décrois­sant len­te­ment  dans le ciel qui vacille encore sous l’éclat pai­sible de la lune.

12 Novembre 2017.

 

Et puis la pluie, cet enfant de l’ombre, s’est enfin mise à tom­ber, les nuages avaient pris une cou­leur de cendre mauve, une lour­deur cré­pus­cu­laire, étouf­fante, si ce n’est que le ciel cre­vait d’une rage qui se déver­sait sur tout le jar­din, sur les bam­bous mouillés et sou­dain si misé­rables, sur le néflier aux feuilles pesantes et le citron­nier qui s’arc-boutait comme un para­pluie inutile tout vacillait sous cette force encore brune bien­tôt noyée d’encre noire sauf peut-être les flaques dans l’allée petits miroirs lui­sants encore et dans une der­nière salve visible les épingles de pluie à tête de lumière métal­liques ;sur la vitre le reflet de la lampe des­si­nait un oiseau de feu puis tout devint obs­cur et des larmes se mêlèrent à cette pluie comme une autre déli­vrance venu d’un lieu incon­nu, d’un sou­ve­nir qui ne par­ve­nait pas à la conscience ou était-ce ces ins­tants si fugaces et si sen­sibles de l’enfant sur les genoux de son père qui lui chan­tait des chan­sons, lui disait ce que l’on appe­lait des réci­ta­tions et la fai­sait entrer dans le monde grand-ouvert tota­le­ment neuf de la poé­sie sous l’abat-jour vert du vieil appar­te­ment, cette jubi­la­tion là de l’écart l’éclat du sens qui ren­ver­sa sa vie, tou­jours pré­sente, lui, en allé dou­ce­ment, dans le silence d’une nuit de Février, la pluie redou­blait puis tout à coup tout s’est embra­sé de rose, la bruyère et les arbres jusqu’à la mai­son voi­sine, comme un ultime sur­saut du jour bien­tôt dis­pa­ru dans la nuit froide de Décembre, la pluie tom­bait tou­jours avec un bruit de taren­telle qui s’apaiserait une fois la porte fer­mée, les larmes avaient ces­sé depuis long­temps il ne res­tait plus qu’un petit filet de cas­cade cris­tal­line qui ber­ce­rait 

13 décembre

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