Je te dirai les absides bleues des nefs à l’orée du voy­age je te dirai le silence des étoiles et la rumeur de la mer au bord des mots je te dirai le ressac des paroles nées du som­meil je te dirai les jun­gles ombrées sauvages où se per­dent les rêves les champs de coqueli­cots rouges comme les larmes de l’ aurore je te dirai la lumière orphe­line des réver­bères et la voûte nim­bée des forêts je te dirai les blessures blanch­es du matin et l’apaisement des cré­pus­cules d’ été je te dirai les éclats de la mémoire la brisure des miroirs les coupures opaques et l’or des sou­venirs retrou­vés je te dirai la douleur du vent quand les arbres se tor­dent et l’aile de l’oiseau comme un soupir de l’air je te dirai que le bon­heur peut sur­venir quand tout parait fini je te dirai le haut­bois blanc de la lune et le vio­lon­celle qui vibre en ce début d’automne je te dirai l’inclinaison des chevelures d’enfants et leurs rires en cas­cades claires je te dirai les fièvres de l’amour et la force insoumise du désir le par­fum de tant de livres et tant de décou­vertes tou­jours plus vives je te dirai que l’amitié est ce jour grand ouvert sur les paupières de nos nuits je te dirai les voix qui jamais ne s’enfuiront jusqu’à mon dernier souf­fle je te dirai la joie plus forte que la peine je te le dirai mon ami, je te le dirai mon amie.

1 Octo­bre 2017

 

Dans le vent de Novem­bre j’entends venir tes pas comme jadis dans le vent de Novem­bre j’entends les bruits d’autrefois portes fenêtres claquant comme les voiles d’un navire j’entends la poulie du puits et les appels lancés à tra­vers le jardin dans la blancheur du soleil les prénoms aimés comme l’été à la plage ou dans le jardin d’enfance ses pins immenses  qui se tor­daient dans le vent de Novem­bre leur ombre se pen­chant sur nos vies étoilées dételées la tête dans les livres et dans le vent les cours­es folles de rois et de reines inven­tées ou de ban­dits de grand chemin à tra­vers les tail­lis touf­fus et les ronces qui déchi­raient les robes et les genoux dans le vent qui soulève ici les bam­bous aigu­isés par l’or du couchant j’entends la houle de l’ombre mon­ter sur les façades blanch­es et laiss­er retomber au sol quelques lances   ensoleil­lées « dans le vent sauvage de Novem­bre »  quelqu’un s’en est allé qui ne revien­dra jamais dans le vent de Novem­bre il y a l’embrasement rose et bleu du ciel au lev­ant, il y a les longues nuits d’hiver et le silence des oiseaux sai­sis par le froid, il y a les voix qui se sont tues et revi­en­nent sous la véran­da il y a bien­tôt dans le vent de Novem­bre mais on ne sait quand l’accalmie la fin de la vio­lence la fin du vent décrois­sant lente­ment  dans le ciel qui vac­ille encore sous l’éclat pais­i­ble de la lune.

12 Novem­bre 2017.

 

Et puis la pluie, cet enfant de l’ombre, s’est enfin mise à tomber, les nuages avaient pris une couleur de cen­dre mauve, une lour­deur cré­pus­cu­laire, étouf­fante, si ce n’est que le ciel crevait d’une rage qui se déver­sait sur tout le jardin, sur les bam­bous mouil­lés et soudain si mis­érables, sur le néfli­er aux feuilles pesantes et le cit­ron­nier qui s’arc-boutait comme un para­pluie inutile tout vac­il­lait sous cette force encore brune bien­tôt noyée d’encre noire sauf peut-être les flaques dans l’allée petits miroirs luisants encore et dans une dernière salve vis­i­ble les épin­gles de pluie à tête de lumière métalliques ;sur la vit­re le reflet de la lampe dessi­nait un oiseau de feu puis tout devint obscur et des larmes se mêlèrent à cette pluie comme une autre délivrance venu d’un lieu incon­nu, d’un sou­venir qui ne par­ve­nait pas à la con­science ou était-ce ces instants si fugaces et si sen­si­bles de l’enfant sur les genoux de son père qui lui chan­tait des chan­sons, lui dis­ait ce que l’on appelait des réc­i­ta­tions et la fai­sait entr­er dans le monde grand-ouvert totale­ment neuf de la poésie sous l’abat-jour vert du vieil apparte­ment, cette jubi­la­tion là de l’écart l’éclat du sens qui ren­ver­sa sa vie, tou­jours présente, lui, en allé douce­ment, dans le silence d’une nuit de Févri­er, la pluie redou­blait puis tout à coup tout s’est embrasé de rose, la bruyère et les arbres jusqu’à la mai­son voi­sine, comme un ultime sur­saut du jour bien­tôt dis­paru dans la nuit froide de Décem­bre, la pluie tombait tou­jours avec un bruit de tar­entelle qui s’apaiserait une fois la porte fer­mée, les larmes avaient cessé depuis longtemps il ne restait plus qu’un petit filet de cas­cade cristalline qui bercerait 

13 décem­bre