> Yves Roullière, Berceuses après la mort

Yves Roullière, Berceuses après la mort

Par | 2018-01-08T13:12:23+00:00 28 décembre 2014|Catégories : Critiques, Yves Roullière|

 

Bien avant que mes yeux ne se dis­persent
dans la mer, ta main aura dans la pierre
ins­crit ma présence.(17)

 

« Votre che­min est rocailleux et vivant (…) C'est un che­min fait de chutes et de relè­ve­ments », écrit Jean-Pierre Lemaire dans la lettre-pré­face qui ouvre ce court ouvrage, qui est une des sec­tions d'un plus long recueil La vie longue à venir, et se pré­sente comme un tiré à part, agra­fé. Petit livre de col­por­tage, poèmes qu'on peut empor­ter par devers soi, dans la poche du man­teau, pour les lire au hasard d'un rai ou d'une averse.

Trois des­sins d'Aka Bagot ponc­tuent ces pages : dra­pés d'anges qui regardent la terre ? Peut-être des rochers qui vont se mettre à par­ler ? Car cette parole est comme une larme, de joie ou de peine, sour­die à tes pieds ou du ciel tom­bée dans ton oreille :

 

Avant que tu ne sois,
ce papillon clair qui passe
d'un monde à l'autre en un clin d'oeil
t'accompagnait déjà sans répit (…)

 

Celui que nous connais­sons comme tra­duc­teur, notam­ment de Bergamín et  ses sagaies poin­tues par­fois dro­la­tiques, livre des textes dont l'identité est peu cer­nable : élé­gies, satires, invo­ca­tions, prières ?

 

Dans tes yeux, Christ obs­cur, seul, j'en finis, dou­leur
trouble, avec cette absence qui m'avait
si long­temps tenu comme ta mère ser­rant
ton corps dans ses bras en sueur.(…)

 

Le mot de ber­ceuse est sans doute à prendre au pre­mier degré. Le poète chante en chu­cho­tant presque mais en déta­chant bien chaque syl­labe. Sur un rythme de cou­plets popu­laires, les liens se font, une main sur l'épaule, à l'exemple de cette com­pa­rai­son, dis­crète, modeste, ver­ti­gi­neuse : les houles qui t'agitent…

… le sou­ve­nir du pre­mier âge des poètes, quand la langue était, sup­po­sons-nous, trans­lu­cide, presque trans­pa­rente et qu'elle don­nait direc­te­ment sur la vie.

 

Cloître haut, forme de cor­beille d'où
aveugle sur­git un papillon. Ainsi
vou­dra-t-il tou­jours me faire
signe, tou­jours à la paix de l'âme d'un zig­zag
d'ailes se don­ner.(…)

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