> Abbas Kiarostami, Des milliers d’arbres solitaires

Abbas Kiarostami, Des milliers d’arbres solitaires

Par |2017-12-30T13:17:52+00:00 1 novembre 2014|Catégories : Abbas Kiarostami, Critiques|

Les œuvres poé­tiques com­plètes du cinéaste per­san, réunies et tra­duites par les Editions Po&psy, ne manquent pas de sus­ci­ter la fas­ci­na­tion d’une ren­contre exclu­sive avec le Verbe. Et qui, mieux que la lune, sau­rait ouvrir le bal de ce recueil raf­fi­né ? Car c’est avec elle que nous péné­trons le monde déli­cat du poète, qui fait hon­neur à l’astre des nuits à l’instar d’une com­pagne fidèle. « Comme je sor­tais de la mai­son, il y avait moi, et la lune » déclare-t-il, comme enchan­té par le disque de la déesse Makh qui « se bai­gnait, loin des regards », offrant à sa vue le plus pré­cieux des spec­tacles. Suivie par la neige, sa blanche sœur, l’enfant, le mes­sa­ger et l’arbre, elle est le pre­mier sym­bole d’un majes­tueux et arché­ty­pique cor­tège. 

Des milliers d'arbres solitaires, Abbas Kiarostami, éditions Po&psy, 2014

Des mil­liers d’arbres soli­taires, Abbas Kiarostami, édi­tions Po&psy, 2014

Le hai­ku de Bashô s’y marie à l’âme per­sane d’un Rûmi, don­nant ain­si nais­sance à cette magni­fique fille aînée qu’est l’oeuvre de Kiarostami. Tandis que le rêve déploie ses secrets sous l’auspice des plus beaux cau­che­mars, un « sol­dat déca­pi­té » nous appa­raît avant de se dis­si­per dans les brumes de la mémoire – can­deur joyeuse du regard contem­pla­tif. Lorsque le corps, au soir, s’endort, la vie poé­tique reprend son cours, et c’est alors que renaît au monde une vision nou­velle, tein­tée d’éphémère : « Au point du jour, mon poème a fané, au lever du soleil, mon poème a pas­sé ». A la faveur d’un mot, au détour d’une page, l’art de Kiarostami égrène les ins­tants comme autant de grains de sable dans un désert océa­nique.

A « sept heures moins sept », « avec le vent », hurle « un loup aux aguets », pour lais­ser place à ces œuvres com­plètes en trois actes à l’esthétique soi­gnée, où le quo­ti­dien se mue en mer­veilleux, sus­pen­du à l’éternité par le fil fra­gile des mots. « Le chien errant remue la queue pour le pas­sant aveugle », pas­sants que nous sommes tous, dis­traits et rap­pe­lés à prê­ter atten­tion aux signes dis­crets de l’existence – à ces innom­brables tré­sors que nous lais­sons se faner sans regrets sous le joug de l’habitude. Car la poé­sie, pour Kiarostami, si elle est havre de paix et refuge, n’en reste pas moins une véri­table manière d’être au monde.”

Présentation de l’auteur

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Andreea Lemnaru

Née en 1991 à Bucarest, en pays Dace, au cours d’un soir jupi­té­rien fleu­rant bon le muguet.

Après quelques années pas­sées dans le Baragan, dont Panaït Istrati van­ta si bien les char­dons, elle s’installe dans la Ville Lumière qu’elle conti­nue d’habiter aujourd’hui. Poétesse depuis l’âge tendre férue de musique et d’art (pré­ra­phaë­lite, sur­réa­liste, sym­bo­liste, âge d’or de l’illustration), elle chante, peint et des­sine à l’encre de Chine.

Etudiante en phi­lo­so­phie quelque peu éthé­rée et sar­cas­tique, elle s’intéresse aux rêves, à l’imagination, au fan­tas­tique, à l’excès, au roman­tisme, à la repré­sen­ta­tion de la mort, à la folie, la figure du sage, aux mythes, à la trans­gres­sion, la contre-culture, aux pen­sées non anthro­po­cen­triques de la nature et à l’errance. Trakl, Rilke, Celan, Apollinaire, Lucian Blaga, André Velter, Li Bai, Issa, Basho, Tsvetaeva, Rûmi et Einar Benediksson bercent ses esca­pades en pays orphique, qu’elle vou­drait éter­nelles

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