Agnieszka Wolny-Hamkało : une voix poétique polonaise

Par |2023-05-06T18:10:12+02:00 1 mai 2023|Catégories : Agnieszka Wolny-Hamkało, Essais & Chroniques|

Les cinq poèmes de l’écrivaine, jour­nal­iste et chercheuse polon­aise Agniesz­ka Wol­ny-Hamka­lo ont été ini­tiale­ment pub­liés dans les recueils Nikon i Leica (pol. Nikon et Leica, 2010) et Wys­tępy gościnne (pol. Invitée spé­ciale, 2014). L’autrice a con­stru­it son œuvre dès 1999 : celle-ci com­porte aujour­d’hui plus de trois cents poèmes, plusieurs romans adulte et jeunesse, des pièces de théâtre, des per­for­mances ain­si que des arti­cles scientifiques.

Sa poésie est très visuelle, les images y défi­lant à une vitesse d’obturateur. Cette prox­im­ité à la pho­togra­phie souligne que les représen­ta­tions (qu’elles soient analogiques ou numériques, physiques ou oniriques) occu­pent une place prépondérante dans la poé­tique d’Agnieszka Wolny-Hamkalo.

Pro­fondè­ment inspirée par Susan Son­tag, dont elle étudie l’œuvre, et chercheuse spé­cial­isée dans le style camp, Agniesz­ka Wol­ny-Hamka­lo veille à ce que ses textes, comme le prô­nait Son­tag, aient aus­si « le goût de l’exagéré »1. La ville est son domaine de prédilec­tion. Elle en saisit l’essence en y appli­quant un fil­tre poé­tique, afin d’en com­pos­er une mise en scène. Ses représen­ta­tions se détachent de leurs sens pre­miers, pour devenir un objet « conçu comme pur arti­fice » et chang­er la per­cep­tion du lecteur en ori­en­tant son atten­tion vers un phénomène caché.

Agniesz­ka Wol­ny-Hamka­lo lit le livre L’été d’Adela, pub­lié par la mai­son d’édi­tion Hokus-Pokus. Le livre a été illus­tré par Agniesz­ka Kożuchowska.

Ain­si rétréc­it-ellele domaine de la banal­ité » car « la banal­ité, au sens strict, est insé­para­ble du contemporain ».

Mal­gré son onirisme — le rêve, le songe, les visions noc­turnes con­stituent le leit­mo­tiv de l’écriture de Wol­ny-Hamka­lo — cette poésie demeure très nar­ra­tive, ouverte à ses lec­tri­ces et lecteurs. C’est une invi­ta­tion au voy­age à tra­vers de mul­ti­ples strates du rêve, de la ville et de la vie.

Du recueil Nikon et Leica (2010) : une his­toire vraie, flash­mob ; du recueil Invitée spé­ciale (2014) : man­dala, fenêtre météorologique, principe de Mach.

Agniesz­ka Wol­ny-Hamkało — 5 poèmes

Traduit du polon­ais par Michał Grabows­ki avec la col­lab­o­ra­tion pré­cieuse de Blaise Guinin

 

une his­toire vraie

Du chien je descends, du paon
j’ai gardé les plumes. Les garçons apprécient
mon âme farineuse, plate comme la dune.
Dedans j’ai plein de toiles d’araignées.
Les poupées sans bouche ont encore maigri,
je leur sers de la soupe de terre et des fourmis
avec du sucre. Mon jeune singe Rita
est sor­ti de sa coquille, il l’a aban­don­née blotti
comme un jaune d’œuf ou comme une fée dragonne.
Main­tenant les messieurs font sor­tir par ma bouche
des chants. Je regarde alors le fleuve :
dedans nage un argent fer­men­té et la lune
étire son omo­plate cassé
con­tre le courant. La terre fume une fois encore comme l’azote.
Le matin, je trou­ve une trace sur ma peau.

his­to­ria prawdziwa

Od psa pochodzę a pióra
dał bażant. Chłop­cy lubią z mąki
moją duszę płytką jak wydma.
W środ­ku mam pełno pajęczyn.
Lal­ki bez ust są znów chudsze,
daję im zupę z zie­mi i mrówki
z cukrem. Moja małp­ka Rita
wyniosła się z jaj­ka skulona
jak żółtko, jak smocza wróżka.
Ter­az panowie wycią­ga­ją ze mnie pieśni
przez usta. Patrzę wtedy na rzekę,
płynie w niej zsi­adłe sre­bro i księżyc
nad­staw­ia zła­many obojczyk
pod nurt. Ziemia znów dymi jak azot.
Rano mam ślad na skórze.

 

flash­mob

Sur-dor­mons aujourd’hui – ce sera bon.
Sur-dor­mons exprès. Feignons
la fièvre, le paludisme.
Fou­tons-nous des avis de pas­sage, ignorons
les son­nettes, jouons les disparus,
un peu les morts, les perdus.
Sur-dor­mons éperdument
que ce jour soit un jour sans nous.
Sans nous ils s’en sortiront,
tous ces ren­dez-vous imman­quables, tous ces impondérables.

Sur-dor­mons aujourd’hui, ne prononçons plus aucun mot.

flesz­mob

Zaśpi­jmy dzisi­aj – będzie fajnie.
Zaśpi­jmy spec­jal­nie. Udajmy
gorączkę, uda­jmy malarię.
Ole­jmy awizo, zignorujmy
dzwon­ki, gra­jmy zaginionych,
tylko troszkę martwych.
Zaśpi­jmy zupełnie
dzień dniem bez nas zróbmy.
Bez nas się obejdą
te ważne spotka­nia, te straszne wypadki.

Zaśpi­jmy dzisi­aj, nie mówmy już nic.

(extraits de : Agniesz­ka Wol­ny-Hamkało, Nikon i Leica (fr. Nikon et Leica), édtions WBPi­CAK, Poz­nan 2010).

man­dala

Pour toi les trompettes fram­bois­es, révolution.
Pour toi les cig­a­rettes, les oranges.
Voici ! La ville s’investissant de couleurs,
la ville où nous nous amuserons
par­mi les noms char­mants. Au fond de mon œil
toi et tes tatouages – grands comme des lacs,
sages comme des tableaux. La ville
aime ses naufragés, elle leur réserve
des caveaux con­fort­a­bles. Voilà des rêves
emprunts, à mon sens, d’un bout d’Indonésie.
J’aime regarder les bateaux
sur tes mers noires, cette ville
où les cer­cueils entrent sous la terre
comme des truffes, où les pati­noires blanches
offrent des locaux spacieux,
et des cig­a­rettes men­tholées avec leur ban­deau bleu.
Les gens sont de grands chats inoffensifs
qui chantent dans les caves
leur chan­son d’après-midi
et se pren­nent en pho­to par­mi les dracénas.

man­dala

Two­je mali­nowe trąb­ki, rewolucjo.
Two­je papierosy, two­je pomarańcze.
Tak jest! Mias­to inwes­t­u­je w kolory,
będziemy baw­ić się w mieście
pośród ład­nych nazw. Ty i two­je tatuaże
na dnie mojego oka – duże jak jeziora,
mądre jak obrazy. A miasto
lubi swoich rozbitków, ukła­da ich
w ciepłych wnękach. Sny są jed­nak zrobione
z jakiejś Indonezji, tak myślę.
Lubię patrzeć na statki
i two­je morza czarne, miasto,
gdzie trum­ny wjeżdża­ją pod ziemię
jak tru­fle, a białe lodowiska
pro­duku­ją prze­stronne lokale
i men­tole z niebieską obwódką.
Ludzie to wielkie, niewro­gie nam koty,
które śpiewa­ją w piwnicach
popołud­niową piosenkę
i robią sobie zdję­cia wśród dracen.

 

fenêtre météorologique

Se défi­ant de l’opinion générale,
elle a acheté ce foulard, et puis s’en est allée,
aban­don­nant volon­tés et pré­ten­tions enfantines.
Com­bi­en de sec­on­des chances peut-on donner
impli­quant cet enfant, faisant de lui par­tie prenante ?
Le soleil – bien nour­ri et éduqué –
s’en est allé, lui aus­si, décou­vrir le monde. Les enfants n’ont droit à rien –
surtout que nous avons déjà quelque chose de prévu
pour ce soir. Tant pis, il avait une lecture
plus que sélec­tive des lois de l’église.
Elle regrette tou­jours le garçon à qui elle s’était habituée.
La nuit, quand il ouvrait une canette de sprite,
ça cris­sait comme des grillons.

okno pogodowe

Wbrew obiegowej opinii
kupiła sza­lik i wyjechała,
rezygnu­jąc z dziecię­cych roszczeń i pragnień.
Bo ile razy moż­na dawać drugą szansę,
wcią­ga­jąc dziecko, robiąc z niego stronę?
Słońce – wykarmione i odchowane –
też ruszyło w świat. Nic dla dzieci –
zwłaszcza jeżeli mamy już jakieś plany
na wieczór. Trud­no, miał zbyt selektywny
sto­sunek do przykazań kościoła.
Ale żal jej chłop­ca, do którego zdążyła przywyknąć.
Kiedy nocą otwier­ał sprite’a,
to brzmi­ało jak świerszcze. 

 

Principe de Mach

Une femme par­le russe au téléphone
dans une ville, celle d’un vieux film avec des aviatrices.
Une lune phys­i­ologique revient sans cesse
comme une chose oubliée, non dite ou non faite.
– Je crois qu’au fond les rêves sont emprunts
d’un bout d’Indonésie. En l’occurrence, je crois que celui-ci
est emprunt de ma douleur dans le dos, de mes cig­a­rettes consumées,
et de mon per­mis de con­duire à repasser
jusqu’à ma mort. Les rêves sont soumis au principe de Mach :
l’enfant qui vire­volte sur un manège
est attiré par des étoiles qui ne sont pas de ce monde.

Zasa­da Macha

Kobi­eta mówią­ca po rosyjsku przez telefon
w mieś­cie ze starego fil­mu o pilotkach:
Fizjo­log­iczny księżyc wraca­ją­cy bez przerwy
jak coś, co zapom­ni­ało się powiedzieć albo zrobić.
– Sny są jed­nak zro­bione z jakiejś Indonezji,
tak myślę. Ten jest zro­biony z mojego bólu
krę­gosłu­pa i z moich papierosów wypalonych
oraz z mojego nigdy już do śmier­ci niezrobionego
prawa jazdy, tak myślę. Sna­mi rządzi zasa­da Macha:
dziecko wiru­jące na karuzeli
jest przy­cią­gane przez gwiazdy nie stąd.

(extraits de : Agniesz­ka-Wol­ny Hamkało, Wys­tępy gościnne (fr. Invitée spé­ciale), édi­tions Igloo, Wro­claw 2014).

La trame de Licht­en­stein, d’Ag­niesz­ka Wol­ny-Hamkało, inter­prétée par Michał Zborows­ki. Réal­isé et édité par Piotr Bartos.

Note

  1. cette cita­tion et suiv­antes dans ce para­graphe : Susan Son­tag, Le style camp, tra­duc­tion Guy Durand, édi­tions Chris­t­ian Bour­go­is 2022.

Présentation de l’auteur

Agnieszka Wolny-Hamkało

Poétesse, écrivaine, dra­maturge, jour­nal­iste et per­formeuse polon­aise, Agniesz­ka Wol­ny-Hamkało est née en 1979 à Wrocław, en Pologne. Ses œuvres com­pren­nent cinq romans, dix recueils de poésie, qua­tre livres jeunesse, plusieurs pièces de théâtre et une col­lec­tion d’esquisses lit­téraires. Wol­ny-Hamkało est égale­ment engagée dans la recherche de jeunes tal­ents dans le domaine de la nou­velle et a pub­lié en tant qu’éditrice et direc­trice de la col­lec­tion cinq vol­umes de nou­velles d’auteurs émer­gents. Ses poèmes ont été traduits en quinze langues étrangères, dont l’allemand, le japon­ais, le sué­dois, l’espagnol, le français, l’hindi et l’anglais. Nom­inée pour le prix lit­téraire Gdy­nia, le prix des médias publics Cog­i­to, et le IBBY Pol­ish Sec­tion Award (men­tion spé­ciale IBBY pour Nikt nas nie upom­ni [« Per­son­ne ne nous le cor­rig­era »]). En 2019, elle rem­porte le prix PS IBBY pour Lato Adeli [« l’été d’Adela »]. Elle est aus­si lau­réate du prix de l’Association des écrivains polon­ais et bour­sière du Lit­er­arisches Col­lo­qui­um Berlin.

Depuis 2020, elle organ­ise des sémi­naires inter­dis­ci­plinaires en sci­ences humaines à Wrocław et est chercheuse à l’Institut lit­téraire de l’Académie Polon­aise des Sci­ences où elle tra­vaille l’esthétique du style camp dans la nou­velle poésie polonaise.

Bib­li­ogra­phie

Poésie
Moc­no poszuki­wana, édi­tions Atut, 1999.
Lon­ty, édi­tions L‑L. Wróblews­ki na zlece­nie Sto­warzyszenia Pis­arzy Pol­s­kich, 2001.
Gospel, édi­tions Biuro Lit­er­ack­ie, 2004.
Ani mi się śni, édi­tions Biuro Lit­er­ack­ie, 2005.
Spamy miłosne, édi­tions Wydawnict­wo a5, 2007.
Nikon i leica, édi­tions WBPi­CAK, 2010.
Bor­der­line, édi­tions EMG, 2013.
Wys­tępy gościnne, édi­tions Igloo, 2014.
Pana­ma smile, édi­tions WBPi­CAK, 2017.
Zer­wane roz­mowy, édi­tions Warst­wy, 2019 – antholo­gie de la poésie.
Raster Licht­en­steina, édi­tions Warst­wy, 2021.

Romans
Zaćmie­nie, édi­tions Czarne, 2013.
41 utonięć, édi­tions Iskry, 2015.
Moja cór­ka komu­nist­ka, édi­tions W.A.B., 2018.
Lit­téra­ture jeunesse
Nochal czar­o­dziej, dessins de Adam Waj­da, édi­tions Wydawnict­wo For­mat, 2007.
Rzecz o tym, jak paw wpadł w staw, dessins de Józef Wilkoń, édi­tions Hokus-Pokus, 2011.
Nikt nas nie upom­ni, dessins de Ilona Błaut, édi­tions Hokus-Pokus, 2016.
Lato Adeli, dessins de Agniesz­ka Kożu­chows­ka, édi­tions Hokus-Pokus, 2019.
Po śladach, édi­tions Hokus-Pokus, 2021.

Théâtre
Dzień dobry wszyscy umrze­my, 2015.
Nad rzeką, której nie było, 2018.
Wichrowe Wzgórza non fic­tion, 2018.
Wyz­wole­nie: Królowe, 2019.
Leśni. Apokryf, 2019.
Alic­ja, 2021.
Niewol­ni­ca Isaura, 2022.
Niebies­ka linia, 2022.

Tra­duc­tions en français
Agniesz­ka Wol­ny-Hamkało. Invitée spé­ciale : poèmes (Fumée ; à l’arrêt de bus ; Asie ; une note ; sable) dans La Sar­razine, numéro 22, A.I.C.L.A, Paris, 2022.

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

Agnieszka Wolny-Hamkało : une voix poétique polonaise

Les cinq poèmes de l’écrivaine, jour­nal­iste et chercheuse polon­aise Agniesz­ka Wol­ny-Hamka­­lo ont été ini­tiale­ment pub­liés dans les recueils Nikon i Leica (pol. Nikon et Leica, 2010) et Wys­tępy gościnne (pol. Invitée spé­ciale, 2014). […]

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Michał Grabowski

Né en 1989, Michał Grabows­ki est diplômé en let­tres et langue français­es à l’Université de Gdańsk et en Langues étrangères appliquées à l’Université Paris-Sor­bonne. Chargé de pro­jets lit­téraires à l’Institut Polon­ais de Paris pen­dant six ans, puis respon­s­able des pro­jets de la Mis­sion cul­turelle du Lux­em­bourg en France, il gère actuelle­ment dif­férents pro­jets cul­turels et édi­to­ri­aux. Il coopère régulière­ment avec des revues lit­téraires français­es (Sar­razine, Place de la Sor­bonne, Cat­a­stro­phes, Po&Sie, Europe). Tra­duc­teur spé­cial­isé dans la poésie con­tem­po­raine, il a pub­lié (en col­lab­o­ra­tion avec Clé­ment Llo­bet, Blaise Guinin et Nico­las Bra­gard) le tra­vail de poètes polon­ais con­tem­po­rains dans des revues français­es et a traduit plusieurs auteurs con­tem­po­rains (Ado­nis, Ben Clark, Cécile Coulon, Vic­tor Malzac, et plusieurs poètes lux­em­bour­geois) en polon­ais. Dernière­ment, en col­lab­o­ra­tion avec Clé­ment Llo­bet, il a traduit et pub­lié aux édi­tions Lan­sk­ine le recueil de Tomasz Bąk inti­t­ulé Canada.

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