Alexandre Gouttard, 5 poèmes à Pizarnik

Par |2026-03-06T13:42:30+01:00 6 mars 2026|Catégories : Alexandre Gouttard, Poèmes|

Tu écoutes la voix de celle qui chante la tristesse de ce qui nait 

Et tu as fait con­fi­ance aux mots, et tu as fait con­fi­ance aux morts 

Tu grattes l’argile du vis­age que tu aurais, si tu méri­tais le bonheur

Puis ta main s’ouvre comme une fleur dans le vent et l’argile se dissipe

Au matin ta mémoire sera toute humide de rosée

∗∗∗

Des bêtes en manque d’affection dor­ment et boivent dans tes ombres 

Dor­ment et ne dor­ment pas

Boivent et ne boivent pas

Elles trainent leur besoin de salut dans tes pas

Mais leur besoin de salut est mêlé à une étrange colère

Tu leur expliques qu’elles sont aimées d’un dieu qui pleure

Tu leur mon­tres ces rêves où des fleurs poussent dans les blessures

Enfin tu les regardes avec la plus pure pitié,

Avec des yeux qui disent :

A cha­cun sa mort

∗∗∗

Dans l’air aujourd’hui un par­fum de vis­age qui pleure 

Quelqu’un sabre le cham­pagne en l’honneur de sa vie ratée

J’ai envie de boire avec lui

J’ai envie de par­ler de la mort avec un inconnu

Dans l’air aujourd’hui un par­fum de vis­age qui pleure

Et un goût de pardon

Entre moi et ce que je dois être il y a tant d’injures

Entre moi et là d’où je viens c’est un con­cert de muselières

Entre moi et ce que je désire

Le poème brûle

∗∗∗

Ils ont eu peur que je meurs chez eux

Ils m’ont chas­sé de leur salon

Je suis mort dans leur jardin

Emporté de petites mélodies

Obscène l’animal pal­pi­tant entre mes jambes ils ont dit

Mais ain­si j’ai célébré le jardin

Fait de naitre et de mourir une unique passion

Couron­né cette absence

∗∗∗

Ce soir tu pleures comme on se déshabille

Et les médecins ne com­prendraient pas

Et peut-être n’y a‑t-il rien à comprendre

De sa belle et longue chevelure noire le passé m’étrangle et j’ai ses cheveux dans la bouche

Une longue fleur pousse dans ton nombril

Et l’ange descend lui ten­dant un miroir noir.

On dirait que ce sont d’autres mains qui me touchent

Ta colère est si grande petit enfant tu ne sais plus quoi faire de ton corps

Alors tu arraches la fleur qui saigne

Tu bris­es le miroir qui saigne

Mais ce n’est pas assez…

On dirait que ce sont d’autres mains qui arrachent

Et qui brisent

Présentation de l’auteur

Alexandre Gouttard

Alexan­dre Gout­tard est né sur l’île de la Réu­nion en 1991. Il part à Mont­pel­li­er, puis à Lyon pour suiv­re des études de philoso­phie et de lit­téra­ture. Il vit et tra­vaille aujourd’hui en ban­lieue parisi­enne. Il dirige avec Louis Pec­coud et Vic­tor Malzac la revue poé­tique L’écharde.

Bibliographie 

Il a pub­lié Moi moi moi et les petits oiseaux (2020) et Dom­mage (2024) aux édi­tions de la Crypte. On peut le trou­ver dans plusieurs revues : Terre à ciel, Con­séquence, Sec­ousse, La forge... Ain­si que dans les antholo­gies de poésie fran­coph­o­ne Haute Ten­sion, Cas­tor Astral (2022), et Vol­caniques, édi­tions Idem (2025). Il reçoit « Le Grand Prix fran­coph­o­ne de poésie Nou­velle Donne » en 2025 pour son livre Dom­mage.

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