Tu écoutes la voix de celle qui chante la tristesse de ce qui nait
Et tu as fait confiance aux mots, et tu as fait confiance aux morts
Tu grattes l’argile du visage que tu aurais, si tu méritais le bonheur
Puis ta main s’ouvre comme une fleur dans le vent et l’argile se dissipe
Au matin ta mémoire sera toute humide de rosée
∗∗∗
Des bêtes en manque d’affection dorment et boivent dans tes ombres
Dorment et ne dorment pas
Boivent et ne boivent pas
Elles trainent leur besoin de salut dans tes pas
Mais leur besoin de salut est mêlé à une étrange colère
Tu leur expliques qu’elles sont aimées d’un dieu qui pleure
Tu leur montres ces rêves où des fleurs poussent dans les blessures
Enfin tu les regardes avec la plus pure pitié,
Avec des yeux qui disent :
A chacun sa mort
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Dans l’air aujourd’hui un parfum de visage qui pleure
Quelqu’un sabre le champagne en l’honneur de sa vie ratée
J’ai envie de boire avec lui
J’ai envie de parler de la mort avec un inconnu
Dans l’air aujourd’hui un parfum de visage qui pleure
Et un goût de pardon
Entre moi et ce que je dois être il y a tant d’injures
Entre moi et là d’où je viens c’est un concert de muselières
Entre moi et ce que je désire
Le poème brûle
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Ils ont eu peur que je meurs chez eux
Ils m’ont chassé de leur salon
Je suis mort dans leur jardin
Emporté de petites mélodies
Obscène l’animal palpitant entre mes jambes ils ont dit
Mais ainsi j’ai célébré le jardin
Fait de naitre et de mourir une unique passion
Couronné cette absence
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Ce soir tu pleures comme on se déshabille
Et les médecins ne comprendraient pas
Et peut-être n’y a‑t-il rien à comprendre
De sa belle et longue chevelure noire le passé m’étrangle et j’ai ses cheveux dans la bouche
Une longue fleur pousse dans ton nombril
Et l’ange descend lui tendant un miroir noir.
On dirait que ce sont d’autres mains qui me touchent
Ta colère est si grande petit enfant tu ne sais plus quoi faire de ton corps
Alors tu arraches la fleur qui saigne
Tu brises le miroir qui saigne
Mais ce n’est pas assez…
On dirait que ce sont d’autres mains qui arrachent
Et qui brisent















