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Autour de Voix d’encre, A l’index, L’Intranquille, Arpa et Europe

Par | 2018-02-21T19:38:12+00:00 27 janvier 2013|Catégories : Revue des revues|

 

Le numé­ro 47 de la belle revue Voix d’encre pro­pose des textes de sept poètes : Muriel Stuckel, Daniel Martinez, Emmanuel Merle, Isabelle Lévesque, Agnès Adda, Calou Semin et Monique Saint-Julia. Le volume s’ouvre sur un poème émou­vant et fort de Muriel Stuckel, dont les mêmes édi­tions ont publié un recueil il y a peu,  
Le poème est dédié à Béatrice Douvre :

 

Sous les nuages écar­quillés

Tes pas de poète vacillent
Endoloris de rêves gris

Soudain tes larmes de cris­tal
Transpercent la halte brève

De l’été mati­nal

Et ta voix funèbre saigne
De la sur­di­té du monde

Là-bas

Sous les nuages recro­que­villés
Autour de ton étoile morte

 

Béatrice Douvre est par­tie bien trop vite. Nous ne pou­vons qu’engager les lec­teurs de Recours au Poème à se tour­ner vers son œuvre, édi­tée en par­tie par L’Arrière-Pays, Voix d’encre et Galaade. Il faut remer­cier Muriel Stuckel, mais aus­si, par ailleurs, Gérard Bocholier, Pierre Maubé, Jean-Yves Masson ou encore Alain Blanc, par­mi d’autres, de per­mettre que son œuvre demeure acces­sible à qui veut la décou­vrir.
C’est plus qu’un hom­mage à Douvre ici, un dia­logue en ami­tié et pro­fon­deur. Ainsi :

 

Quand la dou­leur se dis­perse
À tous ciels à tous vents

La voi­ci qui prend corps et lettres
Pour nous tra­ver­ser l’âme

La voi­ci ta voix d’ange
Qui se pose sur la page

 

Qui a regar­dé le visage de Béatrice Douvre sait ce dont parle Muriel Stuckel, un visage où « se froisse la splen­deur de vivre ».
Plus loin, Emmanuel Merle nous entraîne dans les neiges arpen­tées par Perceval, che­va­lier d’effroi dont nos pays main­te­nant en par­tie dénués de légendes auraient bien besoin, en une époque où « Les âmes attendent devant des portes, /​ et regardent la patine du temps » :

 

L’éclat noir sur­gis­sait tou­jours de la neige,
schiste, déchi­rant cri d’oiseau.

Je fou­lais,
chas­seur dans la neige sur ce che­min
entre la mai­son et la route.
Le ciel et la glace étaient verts,
cha­cun mor­dant l’autre de son feu éteint.

Peindre alors des arbres noirs
sur le blanc du papier était simple
comme l’hiver, et c’étaient signes
d’un alpha­bet du manque.

Il nei­geait beau­coup,
on aurait dit une famille immense.

 

Suit L’écrire, suite de textes dédiés par Isabelle Lévesque à Claude Lévesque, son père, phi­lo­sophe, écri­vain qui est décé­dé l’an pas­sé. Les mots touchent au cœur.
En son ensemble, ce numé­ro de Voix d’encre est de toute beau­té, une beau­té triste sou­vent. Sans doute les poètes invi­tés ici portent-ils en eux « toutes les voix enfer­mées en nous /​ égre­nant le silence de la nuit » (Monique Saint-Julia). Une belle occa­sion de décou­vrir, si besoin, une revue qui fait beau­coup, et depuis long­temps pour la poé­sie fran­çaise contem­po­raine.

 

revue Voix d’encre, BP 83. 26202 Montélimar cedex.
Semestrielle, le numé­ro 10 euros.
www​.voix​-dencre​.net

 

 

Plus d’une ving­taine d’auteurs convo­qués pour ce numé­ro 22 de la revue A l’index ani­mée par le poète Jean-Claude Tardif. On y lira notam­ment l’ami Christophe Dauphin pour­sui­vant son inlas­sable tra­vail afin de faire redé­cou­vrir l’importante poé­sie de Marc Patin, l’un des poètes qui main­tinrent, sou­vent au péril de leur vie, l’existence du sur­réa­lisme à Paris sous l’occupation alle­mande. Leur groupe s’appelait La Main à Plume, plu­sieurs numé­ros de revue ont alors paru clan­des­ti­ne­ment. Sur Patin : https://www.recoursaupoeme.fr/po%C3%A8tes/marc-patin

Patin est à l’évidence un grand poète trop mécon­nu, vic­time de son non confor­misme poli­tique après 1945. Sur La main à Plume, on lira l’anthologie publiée chez Syllepse en 2008 (une par­tie des textes avaient été réunis, à la demande de Richard Walter, par Matthieu Baumier et Nadine Lefebure, laquelle fut, jeune, membre de ce groupe).

On lira aus­si des poèmes de Christophe Dauphin dans cette même livrai­son.

A l’index mêle des poètes habi­tués des revues de poé­sie et de jeunes ou nou­velles voix. Certains appa­rais­sant ici pour la pre­mière fois. Il faut louer l’abnégation de cette revue qui, avec d’autres, s’échine à faire décou­vrir des voix nou­velles, démon­trant par l’exemple que la poé­sie n’a pas abdi­qué toute vigueur, n’en déplaise aux oiseaux de mau­vais augures éga­rés par­fois dans l’aigreur. Ce numé­ro s’apparente ain­si à une sorte de « lien » entre hier et main­te­nant : outre les voix nou­velles, on y trouve un hom­mage à l’aventure du nou­veau mar­ron­nier, revue qui sévis­sait du côté de Rennes au cré­pus­cule du siècle pas­sé. Les pages qui suivent donnent à lire des poèmes de belle tenue, dont, selon mon goût per­son­nel, ceux de Michel Cossec ou Chantal Dupuy-Dunier. On lira aus­si avec force atten­tion les trois poèmes inédits de Ferruccio Brugnaro publiés en bilingue, ain­si que le Dialogue des élé­ments d’Emmanuel Golfin ou les inédits de Claude Serreau. Une revue riche.

 

revue À l’index, asso­cia­tion Le Livre à Dire. Jean-Claude Tardif, 11 rue du stade. 76133 Epouville.
revue.​alindex@​free.​fr
Le numé­ro 15 euros

 

La revue de lit­té­ra­ture L’intranquille, publiée sous l’égide des édi­tions Atelier de l’agneau et de Françoise Favretto, publie son numé­ro 2, en suc­ces­sion affir­mée de feue Chroniques errantes et cri­tiques. Un beau for­mat et une qua­li­té de papier qui ne sont pas sans rap­pe­ler Passage d’encres, la revue de C. Tricoit. D’autant que le numé­ro 2 de L’intranquille s’ouvre sur des textes de Christophe Stolowicki, poète habi­tué de la revue et des édi­tions Passage d’encres. Peu d’autres points com­muns : la revue de Françoise Favretto déroule ses choix poé­tiques et lit­té­raires du côté de ce qu’il est de cou­tume de nom­mer les « poé­sies expé­ri­men­tales », faute de mieux. Point trop de confort reven­di­qué ici, plu­tôt une réfé­rence à Pessoa. On lira donc avec atten­tion les textes de Stolowicki et Colaux, sui­vis de ceux de trois « nou­veaux auteurs », Anne Peslier, Rorik Dupuis et Emmanuelle Imhauser. Viennent ensuite des œuvres gra­phiques et poé­tiques publiées sous le titre « dégra­da­tions du triple A », un ensemble poli­tique, enga­gé, où il nous plaît per­son­nel­le­ment de retrou­ver Hortense Gauthier. A lui seul, l’ensemble de ces tra­vaux vaut le détour par les pages de la revue. Mais Françoise Favretto publie aus­si ici un impor­tant dos­sier consa­cré à une poète d’origine autri­chienne (pour peu que la natio­na­li­té ait un sens du côte de l’Atelier de l’agneau) que ses édi­tions défendent, Friederike Mayröcker : textes, poèmes et entre­tien. Incontournable. L’intranquille ferme ses pages sur la pour­suite de la publi­ca­tion du jour­nal intime de Michel Valprémy. Qui a dit qu’il n’y a plus de revues de lit­té­ra­ture et de poé­sie ori­gi­nales de qua­li­té dans l’hexagone ?

 

revue L’intranquille. Editions Atelier de l’agneau. 1 mou­lin de la cou­ronne. 33 220 St Quentin de Caplong.
Le numé­ro 13 euros
www​.at​-agneau​.fr

 

 

En son numé­ro 1003/​1004 (impres­sion­nant, même pour de vieux ronds de cuir comme les membres de Recours au Poème), Europe offre cinq superbes dos­siers à ses lec­teurs : la poé­sie chi­noise actuelle, Katherine Mansfield, Clarice Lispector, Claude Louis-Combet et François Lallier. Il faut abso­lu­ment par­tir à la décou­verte de l’œuvre de ce der­nier, à com­men­cer par l’entretien qu’il a don­né à Patrick Née. Il y déve­loppe sa pen­sée de ce qu’est la poé­sie. Les lec­teurs de Recours au Poème liront cela comme l’on boit du petit lait. Ainsi que ses poèmes au beau titre : Les temples de la mer.  Sur le poète, des contri­bu­tions de Patrick Née, Yves Bonnefoy et une pas­sion­nante étude de Michèle Finck. Le dos­sier inti­tu­lé « Une poé­sie en quête de réel », consa­cré par Chantal Chen-Andro à l’actuelle poé­sie s’écrivant en Chine, est un som­met mené de main de maître par la tra­duc­trice du pre­mier Nobel de lit­té­ra­ture chi­nois. Les décou­vertes sont ici excep­tion­nelles et cet ensemble fera date. Europe, comme tou­jours, et encore, une revue essen­tielle.

 

Europe. 4 rue Marie-Rose. 75014 Paris.
Mensuelle. Le numé­ro 20 euros.
www​.europe​-revue​.net/

 

La revue Arpa diri­gée par Gérard Bocholier en est à son 105e numé­ro. Elle s’est main­te­nant lar­ge­ment impo­sée comme l’une des prin­ci­pales revues fran­co­phones de poé­sie, et nous aimons cette revue, ici, comme nous aimons défendre la poé­sie pro­fonde de son prin­ci­pal ani­ma­teur. Ce numé­ro est, c’est presqu’une habi­tude, de toute beau­té. Superbes poèmes de Sébastien Labrusse, par ailleurs spé­cia­liste d’un poète turc contem­po­rain, à nos yeux essen­tiel, Fazil Daglarca. De ce poète, on lira un volume dans la col­lec­tion de poé­sie étran­gère des édi­tions Cheyne, on lira aus­si un dia­logue avec sa poé­sie publié dans nos pages : http://​www​.recour​sau​poeme​.fr/​c​h​r​o​n​i​q​u​e​s​/​i​l​-​r​e​s​t​e​-​l​e​-​m​o​n​d​e​-​d​u​-​m​i​m​e​/​m​a​t​t​h​i​e​u​-​b​a​u​m​ier

Le numé­ro com­porte par ailleurs des voix très fortes, ain­si celles d’Emmanuel Merle, Pascal Boulanger, Alain Guillard, Roland Nadaus, François Teyssandier, Claude Kottelanne, Jean-Pierre Farines… Impossible de tous ou toutes les citer tant ce volume est riche.

Les pages de la revue se ferment sur un bel hom­mage à Bernard Mazo.

 

Arpa. Gérard Bocholier. 44 rue Morel-Ladeuil. 63 000 Clermont-Ferrand.
Le numé­ro 8 euros.
www​.arpa​-poe​sie​.fr

 

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