Je te parle du lac où tu n’es pas venu
du champ que j’ai brûlé avec mon propre souffle
du tu que je répands dans tous les paysages
je te parle d’argile qu’on ne cuit jamais
qu’on racle dans les veines qu’on passe au tamis
de la terre qui craquelle
de l’eau qui rougit
je te parle de l’herbe qui m’a dépassée
je te parle de l’air qui bruit dans la crevasse
je te parle toujours
sans connaître le nom
que tu m’aurais donné
je te parle d’ailleurs
je te parle buée
des mots que l’on voudrait pour les matinées froides
de ces mondes enfantés entre deux parenthèses
depuis la poésie qu’on nous a refusée
depuis la certitude que la raison noie
les plus vifs des rêves
je te parle des terres
où poussent les cailloux sans qu’on ait à semer
je te parle chiendent
je te parle d’un frère
d’un endroit où se battre et s’aimer se prononcent pareil
je te parle de toi
de ton vide caché
et de cette ombre pâle dans tes yeux fuyants quand tu parles des autres
comme à un oreiller
je te parle lumière
saison inachevée
du sacré qu’on piétine
de la main qu’on évite
des chambres interdites
et des malentendus
je te parle de paille
en guise de refuge
de fruits mûris trop tôt
de buissons abîmés par la coupe du cèdre qui séchait sur pied
de l’appel des choucas qui me vrille la tête
du lièvre qui détale
mais reste
à habiter la haie où flâne le milan
bête parmi les bêtes
je ne sais plus m’asseoir
je te parle et pardon
je sais que la mitraille a taillé ses citrons
je ne sais pas mentir
je te parle d’un lieu où j’aurais tant voulu
une île















