> Carolyne Cannella – poèmes présentés par Georges de Rivas

Carolyne Cannella – poèmes présentés par Georges de Rivas

Par |2019-02-12T18:04:20+00:00 3 février 2019|Catégories : Carolyne Cannella, Essais & Chroniques|

Carolyne Cannella, poète, réci­tante, tra­duc­trice, concer­tiste – luth renais­sance et gui­tare clas­sique- et pro­fes­seur d’enseignement artis­tique, a col­la­bo­ré à plu­sieurs revues et antho­lo­gies poé­tiques. Dans son art poé­tique, la mélo­die des mots – telles les notes d’une par­ti­tion – relève selon elle d’un tra­vail d’élévation et  d’harmonisation pour atteindre à cette qua­li­té lyrique de la langue. A l’aune de sa pas­sion – la musique, expres­sion sen­suelle de ce qu’elle consi­dère comme un sen­ti­ment mys­tique – son écri­ture l’amène, avec peu de mots, à voya­ger immo­bile dans les ter­ri­toires pro­fonds de l’être, là où les silences prennent une dimen­sion expres­sive.

Elle s’exprime sous des formes de poèmes, prose, frag­ments et apho­rismes, avec une pré­di­lec­tion pour les formes brèves.

Carolyne Cannella comète appa­rue dans le ciel tou­jours impré­vi­sible de la poé­sie incarne  la parole de Saint John Perse : « Poète, celui-là (Celle)  qui rompt pour nous l’accoutumance ».

Evangile de la brève lumière, bré­viaire de la foudre et de l’éclair, sa poé­sie est don d’amour pour des temps dif­fi­ciles, un via­tique de lumière pour sub­su­mer en pure beau­té des heures tra­giques  Elle est pré­sence vigile et , signe de haute poé­sie, sis­mo­graphe du trem­ble­ment de l’être, des choses et du monde. Concision, ful­gu­rance et irra­diance, sont trois som­mets d’où émanent son sens de l’ellipse, l’éclat de sa vision, la puis­sance et la pro­fon­deur har­mo­nique de son phra­sé. Carolyne Cannella est de nais­sance musi­cienne et porte en elle rémi­nis­cence de  cette « essence de ciel « dont son âme est impré­gnée.  Sa lyre chante et se sou­vient des temps où musique et poé­sie furent unies sur l’autel de la parole ori­gi­nelle ; elle donne à voir le mys­tère des sons et rend audible la vibra­tion de la lumière au-delà de la nuit des sens. Son œuvre est ain­si mar­quée du sceau orphique et le dia­mant de son verbe brille sur son ver­sant mys­tique. De là son affi­ni­té avec Novalis ; elle sait que « le che­min va vers l’intérieur » et le révèle dans son poème : « le Royaume en Toi » dédiée à sa « Fontaine d’élèves » ( extrait de son œuvre « Immuable Surgi » aux édi­tions Galerie Racine.

Son œuvre inti­tu­lée INSTANTS – : Tercets – Hommage au Japon publiée en octobre 2018 chez l’Harmattan, dit la quin­tes­sence alchi­mique sai­sie à tra­vers la moder­ni­té de sa parole  et ces ful­gu­rances dignes du pur esprit du haï­ku. Elle révèle le mys­tère de l’âme éter­nelle au cœur de l’instant et élève au des­sus du néant le chant d’un lyrisme ful­gu­rant : Jaillir/​et habi­ter l’éclair/au cœur de l’instant-lumière.  En hom­mage aux morts de Fukushima elle écrit : « Le chant de l’oiseau jaillit/​ flamboyant/​dans l’espace affran­chi » – « La vie tres­saille encore/​et joue avec la mort un tour­noi de lumière ». Carolyne Cannella est la fer­vente d’un Absolu réver­bé­ré jusque dans les fibres les plus secrètes de son être … Passion du supra-sen­sible révé­lé dans ce saut dans l’inconnu  : « Et la porte de se refermer/​pour que nous puis­sions entrer/​dans cet ailleurs. »

Notre poète désal­tère sa soif d’absolu aux sources de l’altérité radi­cale. Sa parole jaillit des gorges nou­mé­nales où elle se meut avec l’aisance et la grâce des grands vision­naires. Au-delà des mirages du Nada, elle entre­voit la pré­sence de naïades talis­ma­niques qui, dans les eaux-vives de son poème,  pré­sagent le renou­veau de l’immémorial chant orphique.

« Caresse velou­tée /​elle nous enlace et nous délie/​la Grâce ». Carolyne Canella l’affirme :

Reste l’empreinte de l’amour/indélébile à jamais.

 

Īle secrète

 

 

elle s’empourpre

à l’heure ves­pé­rale

sa voix à celle du feuillage sus­pen­due

île secrète

aux impré­vi­sibles orages

elle repose en son alcôve humide

ses yeux d’outre-ciel

sous le par­fum des aman­diers

 

 

*

 

 

Abyssale lumière

 

 

Elle attend
que s’ouvre enfin la voie

Elle recueille les heures dila­tées
la nuit sans fin, la vaine attente
et puis
l’aurore vacillante

Elle per­çoit
en gouttes givrées
les pré­misses de la source radiante
der­rière l’âpreté d’un désert de brumes

Elle sait
tous les che­mins, les inter­stices
déserts de son errance
vers le sen­tier unique au but incan­des­cent

Elle plonge
dans l’antre même des ténèbres
et accueille
l’abyssale lumière

 

 

*

 

 

Écho

 

 

Sans autre sou­cis que d’aller
je vais
cha­vi­rée de silence
de faim
d’absence

Ma soif sus­pend tous les ins­tants

Je cherche encore la source
sous les sables mou­vants
énigme en plein midi
d’une terre non brû­lée
dont l’écho me pro­longe

J’existe l’instant d’une illu­sion

L’écho passe et se perd
dilué
dans la nuit qui se perd
englou­tie
par toutes les autres nuits

 

*

 

 

Libre

 

 

Ciel lim­pide

L’enfant tour­billonne

Dans l’air immo­bile

 

De ses bras frêles

Il sou­lève le monde

 

Il tourne

Il titube

Enivré de son dia­logue avec le vent

 

Les nuages au ciel s’amoncellent

Et che­vauchent l’horizon

 

Le rêve de l’enfant demeure

 

Joyeux

Il voit une lumière nou­velle

Aspiré par un nou­veau ciel 

Où il entre 

Sous la caresse de la brise

 

*

 

 

 

Oublier toutes choses
Jusqu’à son propre corps
Et contem­pler le vide
Pour tuer le vide
Grâce au vide

Alors….
Dans le vide de l’esprit
Apparaissent les choses
Dans leur évi­dente clar­té

 

Extrait du recueil « Immuable sur­gi »

 

*

 

*

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Georges de Rivas

Georges de Rivas est né dans une famille d’origine anda­louse. Ses deux langues mater­nelles sont l’espagnol et le fran­çais. Son œuvre s’inscrit dans le sillage du lyrisme épique habi­té par  le thème de l’exil et le sou­ci d’une poé­sie de l’élévation voire de la révé­la­tion.

Il a publié : «  La Rose cir­cum­po­laire » « Jubilé de l’Exil » «  Ce que la Colombe dit à la Rose » « Orphée au rivage d’Evros » aux édi­tions du petit Véhicule en 2017- 173 pages. qui fait l’objet d’un pro­jet d’Opéra. Chez le même édi­teur il a expri­mé sa vision de la poé­sie dans la  Revue Chiendents n° 72 .

Un Essai sur la poé­sie : «  La Poésie au péril de l’Oubli » a été publié en 2014 aux édi­tions de L’Harmattan. Le sous-titre de l’Essai est le sui­vant : « Neuf poètes levés dans la pous­sière d’or de la Nuit » . Le poète évoque dans cet Essai les grandes figures de la poé­sie uni­ver­selle Hölderlin, Novalis, Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé, Saint-John Perse, René Char et Salah Stétié.

Invité spé­cial au Festival de poé­sie «  Letras en La Mar » Puerto-Vllarta ( Mexique) en 2017 il a reçu la plus haute dis­tinc­tion de l’ évé­ne­ment -El Caracol de Plata – L’escargot d’Argent-  Le mys­tère orphique est sa source d’inspiration et sa Conférence inau­gu­rale était inti­tu­lée :

« Orphée au rivage de l’Hèbre ou le mys­tère de l’échophanie »

Invité par l’Université de Saint-Denis de la Réunion pour le Bicentenaire de la nais­sance du poète Leconte de Lisle, il a don­né ce 9 février une Conférence inti­tu­lée :« Leconte de Lisle dans son rap­port à Orphée »

Sous-titre   « Le chant qui n’étant pas est tou­jours enten­du ». ( extrait du poème Khiron de Leconte de Lisle.

Il est aus­si l’initiateur du Printemps des poètes -Festival inter­na­tio­nal Poésie-Monde qui se déroule chaque année au Château de Solliès-Pont dans Le Var.

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