Les édi­tions, Le miel des anges, s’attellent à la tâche de faire con­naître en France l’un des plus grands poètes grecs du 20e siè­cle, Yorgòs Markòpou­los dans une tra­duc­tion de Michel Volkovitch. Pour cer­tains d’entre eux, déjà présen­tés dans l’An­tholo­gie de la poésie grecque con­tem­po­raine chez Poésie/Gallimard, de Yorgòs Markòpou­los nous sont ici égale­ment pro­posées beau­coup d’inédits, aux­quels s’ajoutent des ver­sions de poèmes déjà con­nues en français, mais par­fois revues par l’au­teur ou béné­fi­ciant d’une nou­velle traduction.

 

Le recueil donne égale­ment le dernier opus du poète grec, Chas­seur caché, dans son inté­gral­ité. Pourquoi faut-il donc lire Chas­seur caché, au Miel des anges ?

Si les textes choi­sis ici pro­posent un voy­age dans l’his­toire tour­men­tée de la Grèce au 20e siè­cle, ce n’est que de loin et la manière presque effacée. Le lecteur ne trou­vera ici ni la pein­ture des années de la dic­tature, ni la souf­france des intel­lectuels, ni la mis­ère poli­tique, morale, ou aujour­d’hui économique, d’une Grèce décidé­ment par­ente bien mal­traitée de l’Eu­rope. Yorgòs Markòpou­los se poste comme “un chas­seur caché”, un obser­va­teur atten­tif de ses conci­toyens, de sa ville. On décou­vre dans ce recueil un poète qui arpente, un poète de la rue, un poète qui enreg­istre à la manière d’un appareil pho­tographique, des scènes de la vie ordi­naire. Le pre­mier poème du recueil Les Arti­ficiers (1979), nous le présente dans une scéno­gra­phie qui priv­ilégie le pas de côté, la distance :

 

Yòr­gos Markòpou­los, Chas­seur caché, Traduit
par  Michel Volkovitch, 
2016, 136 pages, 12 €.

Les pas­sants le soir pour couper

tra­versent le parc.

Nous autres les voyons.

Ou plutôt, nous voyons le point rouge de leur cig­a­rette. (les Poètes)

 

Le poème résume la démarche de l’au­teur; il en donne à voir la pos­ture. On les retrou­vera toutes deux dans l’ensem­ble du recueil. La mod­estie de Markòpou­los tient dans ce “nous” qui sem­ble effac­er la sil­hou­ette trop iden­ti­fi­able de celui qui regarde et qui par­le. Le poète est ce fan­tôme qui se fond dans les ombres, regarde de loin. Oh, non, plus de pré­ten­tion à par­ler au nom de… à étrein­dre le dra­peau, à guider le peu­ple dans la rue. Pas de prophète. Un homme pau­vre, le poète, qui ne pré­tend qu’à cette fidél­ité étroite au réel. Notons le détail de l’effort de cor­rec­tion du dernier vers. Cette exi­gence terre à terre de vérité qui fait préfér­er à un énon­cé trop lyrique ou fausse­ment juste, une vérité, même triv­iale. Les hommes, ses con­tem­po­rains? Le poète ne pré­tend les con­naître ni comme soci­o­logue, ni comme poli­tique. Moins encore comme un intel­lectuel. Non, il ne les saisit que dans leurs mou­ve­ments, leurs habi­tudes ani­males, fatigués et érein­tés qu’ils sont ces hommes, d’une vie maus­sade, sans hori­zon. La vérité du poète? La pointe rougeoy­ante d’une cig­a­rette gril­lée dans la nuit. Et le doux sourire de Markòpou­los ferme le poème. Tout se joue là: cette ten­dresse humaine, cette douceur qui ne juge pas. Ce refus d’assimiler la fatigue, la plat­i­tude ou l’amertume à une défaite. 

 

C’est donc bien, la post­face du recueil le sig­nale, comme un pho­tographe, un pho­tographe ambu­lant qu’il aime à se présen­ter et à écrire. Avec lui nous fréquen­tons les foires, les marchés, les rues étroites, les cham­bres des céli­bataires, le bord des fleuves, secs, sou­vent aban­don­nés aux détri­tus, ces espaces inter­lopes de vie, de cris. De soli­tude et de silence aus­si. Des paysages urbains donc, qui ne sont pas paysages men­taux, mais bien ce pays qui est le sien, qu’il aime, qu’il chante, qu’il célèbre dans sa pau­vreté ordi­naire, son insuff­i­sance, jusqu’à son absence de rêve. Filous, men­di­ants, pros­ti­tuées, trafi­quants, camés, marins au chô­mage, tra­vailleurs pak­istanais, c’est tout un peu­ple qui se presse sur les quais, dans les rues, dans les échoppes. “Voilà ta vie Pirée, voilà mon bien”, psalmodie le poème. On ne lira donc pas ce recueil pour retrou­ver l’ampleur marine, le bleu d’un azur brûlant, l’aridité minéral qui for­ment la scène grandiose de la célébra­tion lyrique d’un Elytis ou d’un Rit­sos. On ne retrou­vera rien du décor men­tal, partagé par les lecteurs émer­veil­lés de l’Iliade et de l’Odyssée que nous fûmes dans nos études au col­lège ou plus tard. La Grèce de Markòpou­los, ce n’est pas la Grèce des touristes, pas plus que celle des livres. Et c’est bien là ce qui donne à la lec­ture de ce recueil sa force douce-amère qui nous rejoint, à notre tour, dans nos vies d’ici, dans nos cœurs de cendre : 

 

Une voix cette nuit cri­ait dans mon sommeil : 

viens voir les lieux où tu courais, dis­ait la voix, enfant

je ne peux les voir, ces lieux, répondais-je,

mon cœur est en cendre.

(“Ma ter­ri­ble patrie” in Ne recou­vre pas la riv­ière, 1998)

 

Le choix de poèmes qui est offert ici, cou­vre un demi-siè­cle de créa­tion. Le pre­mier recueil dont sont soumis des extraits, date en effet de 1968, le dernier de 2010. C’est là aus­si ce qui fait l’intérêt de la lec­ture. On par­court à la fois une vie, celle de Markòpou­los, la mai­son jamais finie de son père, le sou­venir de la mère, des images fugi­tives d’une enfance, l’installation dans une petite ville de province, et une œuvre, dont la var­iété formelle, au regard de sa rel­a­tive mod­estie, dit le souci scrupuleux de la forme et du style. Lau­réat par deux fois, con­sécra­tion magis­trale, du plus pres­tigieux prix lit­téraire grec, Markòpou­los est un auteur majeur. Le choix établi par Michel Volkovitch rend compte de la com­plex­ité et de la var­iété des explo­rations formelles de l’auteur. On y croise des textes très courts, lap­idaires comme cette “chan­son des hommes solitaires” :

 

Le soir tu ramass­es du bois pour la cheminée.

Et le matin, ah le matin,

comme la vie est amère, avec toutes ces cendres.

 

d’autres plus amples, ani­més d’un souf­fle vision­naire, presque hal­lu­ciné, comme les trois belles “let­tres au poète Papadìt­sas” où l’on retrou­ve les grands accents d’un Gar­cia Lorca :

 

L’hiver, un tam­bourin qui lit la brume

et l’enfant de l’image devant, près du cornouiller

tan­dis que dans son livre d’images

la marche silen­cieuse, entre les branch­es, du tigre,

comme le feu qui dans les brindilles se propage

et une nuée de boucliers de bronze un peu plus loin.

 

La chan­son donc, la let­tre, le réc­it en prose, l’interview pas­tichée, ou encore l’ode, (il faut lire, pour l’admirer, “l’ode au joueur de l’AEK et de l’équipe nationale Chrìs­tos Ardì­zoglou”), d’autres formes plus dif­fi­ciles à définir comme ce très long poème en prose séquencé en grands mou­ve­ments, “pas­sage pié­tons” où l’écriture prend la forme, dans le dernier extrait pro­posé, d’un script ciné­matographique en qua­tre plans.

Le lien qui unit tous ces textes, c’est l’homme. Rien de ce qui est dit ici ne vient d’ailleurs que de sa vie, de son expéri­ence. Son tra­vail d’ingénieur, la mal­adie, le deuil des par­ents, ses lec­tures aus­si. On trou­vera avec émo­tion un très beau poème inti­t­ulé sobre­ment Sylvia Plath : 

 

 

Voix de lionne mais plainte de femme

qui se désha­bille dans l’autre pièce

après l’annulation d’une sor­tie très désirée.

 

Le monde de Markòpou­los est un monde dont on ne peut sor­tir que par le bas. L’hôpital, le cimetière sont les lieux de soli­tude qui revi­en­nent régulière­ment dans l’anthologie. L’alternance sans fin des saisons, résumée dans le vers “brouil­lard de cimetière, novem­bre, soleil, décem­bre, d’asile” rythme le recueil qui observe le temps qui passe et efface: guère d’illusions ou de con­so­la­tions faciles chez notre poète. Mais c’est que la poésie n’a pas à con­sol­er d’être vivant et en vérité si peu dans la vie. Sen­si­ble à la fuite du temps, à la dis­pari­tion des vis­ages, à la fugac­ité des rares moments d’amour, de pléni­tude, Markòpou­los ne fait de la poésie ni un salut, ni une prière. Une voix, sim­ple­ment, qui essaie de dire avec justesse que la douceur et la ten­dresse d’un regard humain peu­vent aider à sup­port­er l’amertume et la déso­la­tion du réel :

 

Jusque là homme du peu­ple au marché, dans ses affaires,

lorsqu’il a décou­vert soudain la poésie.

Dès lors il a pris l’eau par tous les bouts.

Sa femme l’a quit­té un soir.

Regardez-le main­tenant dormir.

Au dessus de sa tombe volent des oiseaux.

 

 

∗∗∗∗∗∗

 

Ce jour d’hui comme hier et demain, Andrèas Embirìkos, Le miel des anges, 2016

Poèmes traduits par Myr­to Gondi­cas et Michel Volkovitch

 

 

 

Sous un cerisi­er un poète aveu­gle chante la gloire du désir

 

Ce vers tiré du poème inti­t­ulé « vision des heures mati­nales » rend compte de manière assez exacte du con­tenu et de la démarche de ce recueil Ce jour d’hui comme hier et demain, d’An­drèas Embirìkos . Dans ce vers cha­cun des mots en effet fait sens et pour­rait pro­pos­er à un lecteur qui décou­vre cette œuvre, une porte d’en­trée finale­ment assez juste. 

 

Sous…

 

La pré­po­si­tion sous d’abord, témoigne de la manière dont cette poésie est une poésie du jail­lisse­ment, du débor­de­ment. Ce qui vient vient de loin, des pro­fondeurs, celles de l’in­con­scient, du rêve, des fan­tasmes, du désir. C’est cela, en con­tinu, dans les images sur­réal­istes, la vio­lence d’un lyrisme par­fois cru, le chant exalté du corps et des sèves, c’est bien cela qui jail­lit et débor­de. Oui, dessous, der­rière ce qui masque, cache, ou étouffe, c’est là que la parole du poème se glisse, dénude, désha­bille, pénètre. Sous les vête­ments,  sous les con­traintes sociales,  sous les inter­dits,  Embirìkos va chercher la force vitale, l’én­ergie prim­i­tive qui le fasci­nent. La vio­lence rad­i­cale et légendaire qui nous lie à la beauté du monde et à celle plus sin­gulière­ment de la femme, voici ce qu’il chante, cherche, capte, les yeux grand ouverts devant la beauté sen­suelle, sex­uelle, éro­tique du réel. Le recueil rap­pelle ain­si à la page 90 que la poésie 

 

sera sper­ma­tique / absol­u­ment éro­tique / ou ne sera pas.

 

On aura recon­nu au pas­sage l’influence des sur­réal­istes français… Ce poème par ailleurs est suivi presque immé­di­ate­ment d’un très court texte, inti­t­ulé « Les Trois du tri­umvi­rat, » qui rend hom­mage aux trois maîtres de notre poète, j’ai nom­mé, Léon Tol­stoï, Sig­mund Freud et André Bre­ton. L’horizon s’éclaire pour le lecteur français qui igno­rait, comme moi ce poète que Michel Volkovitch nous présente comme une fig­ure essen­tielle de la poésie grecque contemporaine. 

Triple lumière, celle du retour à une morale naturelle, celle de l’acquiescement aux forces pro­fondes et infor­mulées de notre être, celle enfin de la folie et de la vio­lence des images et des asso­ci­a­tions d’idées : triple lumière pour un seul recueil, un regard, une voix très singulière.

 

…sous un cerisi­er… 

 

Le cerisi­er, un arbre qui revient plusieurs fois et occupe une place cen­trale dans la flo­re et la faune de cet Eden rêvé par l’au­teur. Le cerisi­er est l’ar­bre dont l’om­bre cache mal la lumière écla­tante du soleil et de la beauté;  il porte sur ses branch­es les fruits rouges cou­plés, gon­flés de sève et de sucre dans lesquels le poète célèbre et chante la sen­su­al­ité de son rap­port au monde. 

Le cerisi­er encore, c’est l’ar­bre dans ce jardin der­rière la bar­rière, caché aux yeux du pas­sant, au pied duquel il fera la ren­con­tre, enfant, d’une jeune beauté nue et occupée à son plaisir à l’abri, croit-elle fal­lac­i­euse­ment, des regards. La scène est chan­tée dans un lyrisme échevelé, vio­lent et cru, sans pré­cau­tion ora­toire. Véri­ta­ble scène pri­mor­diale, prim­i­tive dont on ne sait si elle est réelle ou sim­ple­ment rêvée, elle exprime ce que le poète voit dans le plaisir et la sex­u­al­ité: l’extase matérielle, l’union avec le végé­tal, la créa­tion, la force dyon­isi­aque qui porte à la Joie. On com­prend donc que le poème ici ne fait pas de la nature, de l’arbre un sim­ple sym­bole des­tiné à exprimer pudique­ment la rad­i­cal­ité du désir humain. Non. Ce désir, la nature l’ac­com­pa­gne et le per­met,  l’au­torise, l’appelle.

 

Andrèas Embirìkos, Ce jour d’hui comme hier 
et demain
, traduit du grec par Myr­to Gondicas 
& Michel Volkovitch, L
e Miel des anges, 2016.

 

…un poète aveugle…

 

La poésie pour Embirìkos est un chant de libéra­tion. Ce recueil écrit à la fin des années 60, alors que les mil­i­taires avaient pris le pou­voir en Grèce, croit à l’affirmation de la lib­erté et de la joie d’être, dont la ren­con­tre amoureuse est aux yeux du poète l’achève­ment et le point cul­mi­nant. Les mères les prêtres, les bour­geois, les sol­dats qui défi­lent dans la rue, les colonels, toute la vio­lence grise et sale d’un monde sem­blent inter­dire, de poèmes en poèmes, la con­quête du plaisir d’ex­is­ter, aux enfants, au femmes, aux hommes portés naturelle­ment les uns vers les autres, désireux pour­tant de s’aimer de s’ad­mir­er, gon­flés tous, femmes, hommes et enfants du désir brûlant de parachev­er leur human­ité. Ce monde réel d’entraves, de règles et de soumis­sions n’est pas occulté dans le recueil. Il est bien présent,à la page 104 par exem­ple, der­rière la fenêtre ouverte, dans la rue où passent les chars bruyam­ment, accom­pa­g­nés de la fan­fare mil­i­taire. Mais ce que le poème chante, c’est pré­cisé­ment la cham­bre, où sur les draps blancs, dans la lumière du matin, un cou­ple fait l’amour.

Aveu­gle donc le poète, mais aveu­gle volon­taire­ment, fort de vouloir ignor­er le laid du monde actuel pour chanter un monde nou­veau à venir. Embirìkos s’at­tache mal­gré tout, mal­gré tous (il choisira de ne pas pub­li­er son recueil) à con­tre-courant, à chanter sa foi dans la grandeur de ce que les autres con­sid­èrent comme bas et vil. C’est bien à un ren­verse­ment des valeurs que nous invite le recueil; mais le lecteur français aurait tort de me voir que des poèmes com­plaisam­ment éro­tiques. Il s’ag­it de bien d’autres choses encore.

 

…un poète aveu­gle chante…

 

«Un poète aveu­gle chante»,  écrit-il. Ce chant est dionysi­aque, incan­des­cent, brûlant, on l’au­ra com­pris. Il ani­me tout un monde. Une Créa­tion, où la faune et la flo­re la plus ordi­naire accueil­lent Archanges, Nymphes, Cen­tau­res. Le réel, oui, mais enchan­té, habité de présences et de puis­sances. Mieux encore: Ce jour d’hui comme hier et demain réalise la promesse de son titre. Il s’ouvre à des temps, à des épo­ques et à des espaces qui dépassent très large­ment la Grèce de la moitié du 20e siè­cle. Le monde aztèque de Mon­tezu­ma, les bor­ds du Jour­dain, Paris, la Russie éter­nelle de Tol­stoï, c’est tout un univers à la fois livresque, légendaire, men­tal, rêvé que pro­jette le recueil, pour attein­dre à l’universel. De grandes pro­ces­sions prim­i­tives d’hommes et de femmes joyeux « couron­nés de lierre et solen­nel » avan­cent vers ce que l’au­teur appelle de ses voeux, “ le Nou­v­el Âge”. De grandes pro­ces­sions syn­cré­tiques dans lesquelles la vision du poète asso­cie les dif­férents âges de l’humanité :

 

Du Christ-Ado­nis éro­tique et humain 
Sève de la terre Ranga-Paranga
Anti­dote à toute mélancolie
Bat­te­ment blanc velouté d’aile d’ange
atter­ris­sant devant nous qui apporte
Non pas l’épée de l’E­den mais pour les affamés
Du lait sucré Nestlé en boîte avec la manne céleste
Ran­ga- Paranga-Ranga! 

 

Le rêve porté lyrique­ment par Embirìkos ? Voir l’homme s’ou­vrir « pour le cœur et les sens/à ce monde-ci/de tré­sor plus viv­i­fi­ant plus riche”. 

Quelle langue alors pour­rait dire l’ex­tase d’être que vise les poèmes? La langue d’Embirìkos chante en emprun­tant sans ver­gogne aux grands gen­res lit­téraires anciens, mais aus­si à la prose la plus plate et triv­iale d’au­jour­d’hui, aux prières et for­mules rit­uelles con­sacrées du chris­tian­isme enfin :

 

Sur terre aus­si Gloire tout de suite 
Et en même temps pour eux le mot Ourma­hal veut dire
nous nous accom­plis­sons dans le plaisir
comme dans les cieux sur terre main­tenant et toujours 
À tout moment dis­ant au lieu d’insultes 
« Ourma­hal ! » ― un « Ourma­hal ! » pour tous les siècles. 

…la gloire du Désir 

 

Sans doute voilà la for­mule qui explique le sens du titre de ce recueil pub­lié à titre posthume, que pour­tant l’au­teur avait achevé avant de dis­paraître. Il y a, le mot « gloire » nous le rap­pelle régulière­ment, une reli­gion du désir chez Embirìkos. Il faut enten­dre par là, d’abord un sens renou­velé du sacré :  les yeux qui dévorent la beauté du monde, s’extasient de celle de la femme, comme le désir et le plaisir sex­uel, tous sont sacrés. Ils relèvent tous trois de ce que l’homme a de plus grand, au regard du poète. Mais le mot « reli­gion », enten­dons-le aus­si dans son sens de lien, de rela­tion. Ce qui fait le fil directeur du recueil d’An­drèas Embirìkos c’est la manière dont lorsqu’il est libre, accep­té, vécu sans honte, en réciproc­ité, le désir lie l’homme et la femme, mais aus­si l’homme et l’an­i­mal, l’homme et la créa­tion tout entière. Il est un lan­gage enfin vrai et transparent :

 

Quel dom­mage que si sou­vent les paroles soient conventionnelles 
Et ne dis­ent pas tou­jours la vérité des choses
Ni celle des sen­sa­tions ni celle des sentiments
Et tout comme les vête­ments de tant de modes ris­i­bles
 
Cachent elles aus­si la grâce des âmes et des corps. 

 

Pascal Meiplat

Pas­cal Meiplat est né en 1968. Il vit et tra­vaille en région parisi­enne. A ses yeux la poésie a à voir avec la joie, le vrai, l’in­sur­rec­tion du désir ou des refus farouch­es. Résol­u­ment con­crète, et inscrite dans le quo­ti­di­en, elle vise à for­muler « com­ment les biens de ce temps se nom­ment ». Sa tâche urgente est de nous inviter à retrou­ver le haut sens et une plus haute vie, comme le dit Hölder­lin. Il est pub­lié aux édi­tions de l’At­lan­tique (Le Fil humain , 2012), et en revues (ARPA, Saraswati).