Didier Gambert, Méditations sur les Espaces, extraits

Par |2020-09-07T17:32:40+02:00 6 septembre 2020|Catégories : Didier Gambert, Poèmes|

Le vent rabattait…
Temps ralenti
L’odeur puis­sante et fraîche…
Au jardin à midi…
Et moi…
C’est l’heure crépusculaire…
La vieille lune au ciel…

 

 

 

Le vent rabat­tait cette après-dînée comme
Odeur de très ancien village
Puisée où donc

De ses paumes glacées

 

***

Temps ralen­ti à l’infini
Ivresse des glycines guindées et des lupins
Aux fureurs poivrées de loups végétaux
Face au sud
Et
La riv­ière en bas

La cen­trale élec­trique aux fanons d’acier
Y fil­tre depuis quand les eaux brunes
De la mémoire

Sou­vent tout ce qui reste ce sont
Quelques images cruelles
D’un jardin d’enfance à odeur
De puits
de buis
et d’eaux amères

 

 

***

 

L’odeur puis­sante et fraîche des pommes habitait seule
La mai­son posée sur le socle oblique des rochers s’égouttant vers la rivière
      Qui coulait vers l’ouest

      Quand elle s’ouvrait

L’enfant célébrait le mys­tère de l’arbre
Tant les rameaux figés des colombages
Tendaient encore leurs bourgeons
Vers la chaude promesse

     De l’abeille
                                   du soleil
                                                               du vent

 

 

***

 

Au jardin à midi
Un duo de papillons
Tourbillonne
à hau­teur de tête d’homme

*

 

Est-ce
Ombres de la sœur
Papillonnant
Hors les cham­bres du deuil

 

***

 

 

Et moi seigneur rég­nant d’un jardin de lumière fraîche et verte

Pay­er mes sujets en mon­naie de pape
Frap­pée au bord du chemin
Rég­nant seigneur d’une bam­bouseraie ten­due à l’occident
D’un domaine clos
Où l’orage par­fois fai­sait rouler des barriques
Dans ses gre­niers à ciel
Qu’étiez-vous jeune fille d’orient qui cherchiez
Tré­sors dans la terre brune
Pas de dis­cord alors âge muet des déluges obscurs et bleus
Murets de pierre sèche était-ce
Chicots de maisons ou clô­ture de jardins à orties
Chéli­doines et pen­sées sauvages face à la mai­son des morts
À tous les vents offerte
Où n’entrer qu’en tremblant
Car y dormaient
Calèch­es et car­ross­es funéraires

Mai­son de la mort et des com­mence­ments sans porte ni fenêtre
Habitée par des vivants quel étonnement

Morts masqués

 

***

C’est l’heure crépusculaire

Les murs libèrent la chaude haleine
Qu’on sent par tout le corps
On est sur­pris par la fraicheur des sables
Ils envelop­pent les pieds
D’un remous
Froid comme l’eau
Dev­enue poussière

L’enfant aimerait que de nouveau
Face à l’obstacle

Sur­gisse l’instant bleu

 

***

 

La vieille lune au ciel ce soir

Dans son embrouil­lami­ni de nuées
Veille
Comme un cancer

Que de pâles radi­ogra­phies rangées dans
Une armoire
Ont livré à des yeux enfants
Scru­tant la nébu­losité pâle et trou­ble des organes

Lisant dans le passé l’antique des­tin de ce
Pili­er de famille
Effrité peu à peu

 

Présentation de l’auteur

Didier Gambert

Didi­er Gam­bert, né en 1963. A lu et pra­tiqué la poésie avant de s’en détourn­er pen­dant de nom­breuses années. Spé­cial­iste de lit­téra­ture du 18e siè­cle, en par­ti­c­uli­er de l’œuvre lib­er­taire de Hen­ri-Joseph Dulau­rens (1719–1793), auteur du Com­père Math­ieu ou les Bigar­rures de l’esprit humain (1766), son œuvre la plus con­nue, ain­si que de L’Arretin (1763). Ces deux ouvrages ont été pub­liés chez Cham­pi­on et Her­mann. Revenu à la poésie, il y a quelques années, grâce à la lec­ture d’un poète récem­ment dis­paru. Textes pub­liés dans Lichen, ain­si que dans les antholo­gies Ailleurs et Un Rêve des édi­tions de l’Aigrette.

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