Ève Nuzzo fait vibrer une parole tragique et comique sur de nombreuses scènes. Assumant ce donné théâtral, elle creuse les expressions familières sur lesquelles nous nous construisons sans le savoir, excavant, dénudant le langage sur un chemin de lucidité (E.P.)
Mes conditions de création me demandez-vous.
Je ne m’étais jamais penchée sur la question auparavant, mais, animant pour la première fois un atelier mensuel d’écriture, j’ai du m’y coller.
Donc, les « conditions de création » c’est à la fois le pourquoi et comment.
Le comment, le moins intéressant, à vrai dire on s’en fout probablement, c’est un peu la partie people des « conditions » :
Pour écrire j’ai besoin : d’un carnet et d’un stylo, d’une cheminée et d’un tapis, d’une théière et d’une bougie, d’une angoisse ou d’un tourment.
De moins en moins d’une joie.
La joie je me la garde à vivre.
Et puis le pourquoi :
J’écris pour ne pas tout déballer au premier venu, pour tout dire en une seule fois, pour trouver d’efficientes réponses à de réelles questions, pour avouer ce que je ne peux décemment pas avouer, pour me souvenir parce que j’ai si mauvaise mémoire, j’écris et ça me concentre et j’existe comme il faut.
J’écris pour prendre un peu d’avance sur la réalisation de mes désirs, et surtout, pour transformer mes échecs en matière à rire.
Et comme c’est pour dire sur une scène, il faut que ça parle, il faut que ce soit rythmé et construit pour que ça parle.
L’écriture est une séduction.














