Gérard Bayo, Et si mal regardée

Par |2019-05-04T20:32:13+02:00 4 mai 2019|Catégories : Critiques, Gérard Bayo|

Urgence (III)

En arc
de cer­cle au-dessus de nos tètes, le coucou
sous le ciel bleu.

Der­rière la crête
le village

désert, éparpil­lé jusqu’au ciel. De tous
les vis­ages essuyant les larmes.

L’é­ter­nité n’est pas
de demain, est silence de la naissance
recommencée.

 

(Mar­ișel, Roumanie)

 

 Force est de sourire face à l’heureuse coïn­ci­dence qui a fait paraître le dernier recueil de Gérard Bayo aux édi­tions L’herbe qui trem­ble car c’est pré­cisé­ment dans le trem­blant inter­stice entre deux brins d’herbe que l’écri­t­ure du poète sem­ble pren­dre chair – dans ce minus­cule inter­valle entre deux brins d’herbe, mais aus­si dans le vide ver­tig­ineux qui sépare la vie et la mort, la présence et l’ab­sence, la lumière et l’ob­scu­rité, le bruisse­ment de la parole et le poids du silence.

 “La mort s’au­todétru­it pour naître encore” (p. 25) écrit le poète, et ce que ques­tionne le recueil est le mode opéra­toire de cette renais­sance : la mort étant actée, où trou­ver la vie ? “La permission/de vivre, nous l’avons” (p. 29), il faut désor­mais en chercher le moyen. Et c’est au poète que revient la tâche de “répar­er le monde” (p. 39) pour en faire un lieu vivable.

“Tu habit­eras le silence” (p. 68) pro­pose le poète, mais cet espace d’où le verbe est absent – et qui va jusqu’à s’in­car­n­er dans la matière du poème par la typogra­phie lacu­naire (p. 79) – n’est en réal­ité pas si vide que cela. Curieuse­ment, “on dirait que les mots/du poème sont depuis tou­jours écrits” (p. 92) : même le silence se dit par le verbe. La poésie est par essence verbe. 

 

Gérard Bayo, Et si mal regardée, 
L’herbe Qui Trem­ble, 2018, 156
pages, 14€.

 Chez Gérard Bayo, ce verbe est habité de deux manières : par le Verbe lui-même (c’est-à-dire par le principe religieux de la parole divine) et, surtout, par le lex­ique incon­scient qui est à l’oeu­vre chez cha­cun d’en­tre nous, c’est-à-dire par ce “dictionnaire/oublié par coeur” (p. 33), dic­tio­n­naire à la fois de noms com­muns (la langue de Bayo est assez sim­ple et délim­itée dans son éten­due lex­i­cale) et de noms pro­pres, comme en témoigne à la fin du recueil la liste des lieux et per­son­nes qui par­courent les poèmes et sur lesquels le poète s’ap­puie pour (re)construire le monde.

Au lecteur de juger si ce monde tient debout.

Présentation de l’auteur

Gérard Bayo

Gérard Bayo, né le 20 juil­let 1936 à Bor­deaux, est un écrivain, poète, essay­iste et tra­duc­teur français.

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Stéphane Lambion

Stéphane Lam­bion, né en 1997, vit à Paris. Écrivain de poésie autant que de prose, il vient de pub­li­er Bleue et je te veux bleue (L’Échap­pée belle, 2018). Il a égale­ment traduit de la poésie con­tem­po­raine (roumaine, ital­i­enne) et l’é­tudie (il est nor­malien et agrégé de let­tres). En par­al­lèle de son activ­ité lit­téraire, il fait de la mise en scène pour le théâtre.

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