Les échos de ses empreintes tracent un chemin de vie
qui renonce à ses dernières malheureuses minutes,
qui renonce à un départ sans retour,
qui renonce à la fin, à la mort.
Toi, mon jasmin, ma muse de tous les matins,
toi, mes amours confuses et mes vœux qui se tissent,
tu m’invites ce soir — et tous les soirs — sur tes terrasses blanchies à la chaux.
Elles dispersent les rayons noirs et font de mes recoins
l’abri rafraîchi par ta pluie et tes eaux.
Comme c’est beau, comme c’est giro de te voir,
de te revoir et de te sentir dans la peau et dans la chair.
Oubliée comme toujours devant tes grandes portes mi-closes,
au fond de mon âme et dans tes rares mers
aux couleurs bleues et aux élans de ton cœur.
À ta vue, mes veines se serrent et s’abritent dans tes phares,
comme le ciel qui repasse les vagues et les nuages pluriels.
Et ma vie cesse de tarir, de pétrir,
pour enfin finir dans une forme délicate,
cachée derrière tes pétales,
à l’image de la voix de ton sort inouï.
Sans toi,
toutes mes nuits sont un combat continu
contre l’insomnie, contre l’infini.
Elles sont ennuyeuses,
brumeuses,
hasardeuses
et tristement pluvieuses.
L’aurore est loin de toutes les heures,
et chaque jour est privé de son coup de cœur.
J’ai rêvé de te faire plaisir,
j’ai rêvé de te voir sourire,
j’ai rêvé de te nourrir
de mon lait,
et de te garder toujours à mes côtés.
Tes ruisseaux, tes moineaux,
tes mains sur mon dos
chantent l’hymne et la lueur
sur les lieux abandonnés par les critères.
Quand tes errances tapent à ma porte
et frappent fort mes pas et mes danses,
ta caresse seule me console
et me donne des ailes vers l’avenir et l’azur.
Tu me manques,
tu deviens mon quotidien,
ma tendance,
mère chérie,
âme guérie,
tes fleurs au cou en série,
décernées à notre nostalgie
dès le début d’un trésor de famille.
J’embrume les mains au vent de ton large,
c’est là qu’on attend nos absents et nos enfants,
les femmes aux foulards clairs et fleuris,
et les chiens qui côtoient les mots vrais
et les chansons des révolutions.
La nuit va finir,
et le ciel va nous nourrir.
Nos pleurs vont devenir nos fleurs.
Les étoiles sommeillent sur nos rêves et nos ailleurs.
Le silence des prairies s’est mêlé aux cris des vendeurs.
Chaque épine est une leçon de vie
contre vents et marées.
Mais les couleurs aiment être à la place de ta blancheur.
Ton parfum a touché un point dans mon petit cœur de marin,
pour caresser mes narines et embrasser mes paupières.
Ton jasmin nous appartient
et fait de l’absence une présence,
et d’un pays, une tendance.
Ta blessure n’est plus un malheur,
ton encre est mon bonheur,
jour et nuit,
et mon secret…
Hanen MAROUANI, Tout ira bien…, Le Lys Bleu, Paris, 2021
UN OPIUM DÉSIRÉ
À travers les cicatrices des ruelles poussiéreuses,
Rouillées et troublées par les infligés et les IN—signifiés,
Je t’ai trop aimé, mais en retour, j’étais un ange
Que tu voilais de tous ses côtés.
Dans de rebelles histoires,
Qui manquent de petites attentions, de chapeaux retirés,
Entre un amour sincère et une adoration assassinée
Par le chemin de la chimère dégagée et jamais arrêtée,
Se traversent des nuits et des jours
Dans les désirs déposés sur un siège usé
D’un abominable verger.
Dans la douceur des valeurs nues
De toute rencontre d’exploration forcée,
De convenir à une tasse de café,
J’ai regardé ici et là
Pour méditer l’incertain
Dans tes plusieurs horizons envoûtés,
Pour me permettre de mettre un point
Après une longue route qui s’est ébranlée,
Après plusieurs virgules
Qui se manifestaient sans jamais cesser de reculer.
Dans un faux espoir envahi par les rayons désirés et dorés,
Mais assez dispersés,
Je me suis retrouvée devant les quatre vérités
Retirées par tes soucis doués
— lesquels ?
— Tes soucis ?
— Lesquels ?
— Tes vrais…
Je te laisserai derrière,
Je laisserai tout derrière.
Je serai pourtant emportée
Par la perspicacité desdits clichés, des fonds maniérés.
Je serai plongée dans tes tas de pierres et de cailloux
Recueillis puis jetés en secret,
Dans l’infini trajet des larmes coulées
Devant la porte d’une chambre murée,
À travers ce vague air d’hilarité en malaise
De ces nœuds assemblés et rudement attachés,
Face au miroir des détails impressionnés
Pourtant mis à côté par une femme tant désirée.
Fatiguée par un demi-tour
Qui se veut toujours en retour
Vers un été stupéfait et questionné
Par son propre univers —
Libre comme un changement d’hier —
Libre comme une bouffée d’air pendant l’hiver —
Aimée subitement
En cas d’un coup de foudre ou par un coup de cœur.
Hanen MAROUANI, Tout ira bien…, Le Lys Bleu, Paris, 2021
LES VOYAGEURS DORMEURS
Il y a ce moment où l’on cesse d’attendre les voyageurs,
Partis vivre à l’européenne,
Partis vivre loin de leurs terres,
Partis sans pouvoir crier, un jour, leur vrai dilemme.
Assez attendus pour qu’ils reviennent
De leur aventure ou de leur voyage passionnel,
Assez attendus pour pouvoir leur dire ce petit mot :
« Je t’aime » !
Un mot qui éclate la vie,
Un mot qui renverse les âmes et les esprits,
Qui fait entendre des cris… des cris sans bruit.
Mais hélas ! maintenant, leur demain n’existe plus,
On ne les perçoit plus,
Que des corps flottés ou fondus,
Comme des rubriques ou des points suspendus…
Tellement ils étaient trop petits,
Agressés par les lois et victimes desdits droits.
Comment peut-on les empêcher de tenter leur chance,
Même une seule fois ?
Comment peut-on les empêcher d’aller voir
Le bout du tunnel et ses renvois ?
Et pourtant, leur matin ne revient plus comme autrefois,
Disparus au fond d’une mer
Qu’on ose appeler aujourd’hui :
La mer cimetière.
Hanen MAROUANI, Le sourire mouillé de pleurs, L’Harmattan, Paris, 2020
JE NE SUIS PAS NÉE FORTE
Je ne suis pas née forte,
je me suis construite,
à la sueur des silences,
dans les interstices des cris
J’ai avancé sans carte,
je me suis forgée
à l’enclume des jours
et des nuits sans miroir
Aubes lugubres,
censures pleines de sens,
chaînes aux poignets de l’âme,
héritages noués
aux constellations familiales
Emportée
par les vents tranchants
de ton oubli
Je ne veux plus compter les heures,
ni suivre les chiffres
qu’on m’impose
Pas de force majeure,
pas de visibilité,
juste des fonds cassés,
des appuis qui cèdent
Je ne suis pas née forte
J’ai travaillé jusqu’à m’oublier,
j’ai répondu à l’appel
quand il m’épuisait,
j’ai arrêté
pour demander, enfin :
Où suis-je,
quand je ne suis plus utile ?
Qui m’écoute,
quand je ne donne plus ?
Et pourtant,
me voici, debout,
pas née forte
mais libre
JE SUIS DIFFÉRENTE ?
Je suis différente ?
Oui. Différente à en pleurer,
Des perles et des pluies
Venues des pays où il ne pleut pas.
Je ne sais rien du sens de la différence,
Bien que mes attentes soient sans limites
Et ma curiosité de tout se soit perdue
Dans les replis de l’étendue,
Des sites archéologiques et des mythes.
Le ciel, comme le toit de plusieurs chambres,
A tant de fois troublé ma vision,
A changé mes idées stagnées à travers le temps.
Je porte l’espoir de l’autre et ma petite robe noire
Dans une valise,
Et sur les vitres des églises
Je peins les yeux du monde
Sur les murs étrangers des années.
Et j’ai appris que l’humour, comme l’amour,
Réveille les cœurs endormis.
Ils effacent la tristesse fainéante
Par des gestes braves, sans objectifs sages.
Ils parlent au vent et aux rivages.
Sur un lit clandestin de médisance,
Je dis ce que je pense.
J’écris sans chercher trop le sens.
J’apprends, petit à petit, à définir ce qu’est la vie.
J’apprends à ne jamais abandonner ma propre danse.
Je me lève tôt, avant qu’ils partent,
Pour me donner cette chance
D’être caressée par le soleil,
D’être chuchotée par la musique des pas de l’altérité,
Celle qui a pris un autre chemin vers l’aurore.
Je suis différente.
J’ai arrêté de chercher les cases cochées,
Les fonds hérités,
Les réponses à toutes les questions posées.
— Ça a l’air d’être un peu partout ?
— Je ne sais pas pourquoi !
— Je ne réponds pas. C’est mieux ?
Ne pas répondre est largement assez, mais…
Je crois en toutes les couleurs.
Je crois que demain est meilleur.
Une seule chose compte :
Rêver de l’humain venant de tous les côtés.
Réveil en cours…
Merci de patienter.















