> Jacques richard, six poèmes extraits de Sur rien mes lèvres

Jacques richard, six poèmes extraits de Sur rien mes lèvres

2018-10-06T12:41:10+00:00

De moi à moi
appel d’un lieu
d’où nul ne parle
lieu-dit sans nom
non-lieu

je n’entends pas
ce que je dis
j’entrave pas
ce que je parle
c’est que ma langue
m’est entrave
qui trop me lie
au dire

ma bouche s’ouvre
sur rien mes lèvres
c’est à ce là
que je dis moi 
c’est à ce lui
ce moi que je
suis sourd

silence
sus­pens
avant tout
d’après moi
main­te­nant qui
n’a pas de lieu

 

***

 

Étreint que tu es de nau­frages
incon­nus dans les océans
de nulle part le pas-fini
où tu reviens si tard déjà
mar­quant le pas au bord de la
der­nière des pre­mières fois

étreint que tu es de nau­frages
sans appel dans le sans après
où tu reviens de ce que tu
appe­lais loin le sans ici
qui t’absorbe comme si tu
n’en étais pas encor venu

 

***

 

Sous la sur­face lisse                        
au revers de la plaine                          
obs­cure et sans des­sin                      
que l’étole du jour                                  
efface de ton rêve
et vole à tes remords

tu t’enfonces
t’en vas
tu es là où tu
n’es pas

pas là
tu es absence
de toi
absence autour
de toi

pas là
pas de mains
à tendre
dans l’absence d’autres
à prendre

pas là

pas d’absent autre
d’absence
que ton absence
à toi

pas là

de toi à toi
sans fin
l’absence
et seul

pas là

que l’étoffe du jour
efface du des­sin
de tes rêves la plaine
obs­cure et sans limite
la sur­face trop lisse
qu’attendent tes remords

 

***

 

Être pierre
sur la terre
pierre par­mi les pierres
dans les arêtes raides
et le rugueux des regs

être pierre
au soleil
écra­sée de lumière
écla­tée dans le soir
au milieu des étoiles

être pierre
au désert
être aveugle être sourd
se mou­voir seule­ment
du mou­ve­ment des pierres

être pierre
sur la terre
n’avoir d’avoir de nom
n’avoir de sens à être
et que cela soit être

 

***

 

Cela
ouvert dans la lumière
arri­vé à celui
cet enfant débar­qué dans le temps du soleil
et qui pro­nonce moi
et qui déjà se sait
seul
pos­sible de cela

cours au long du désert la tar­tine à la main
narine emplie de vent
mal au ventre
musique

seul moi
seul ici et seul temps
où rien n’est là en vrai que par ce moi d’où sortent
deux mains presque deux bras
deux pieds presque deux jambes
et seul
à qui cela arrive

cours au long du désert la tar­tine à la main
narine emplie de vent
tête ventre
de bruits

ce sac
de déjà plein d’un mal
et qu’aucun autre n’a
et qu’aucun autre n’est
rien n’est moi comme moi irrem­pla­çable enfant
et tout
qui n’est plus là s’il part

cours au long du désert la tar­tine à la main
narine emplie de vent
mal au ventre
musique

 

***

 

Cendre que tu es cendre
dans le gazon fon­du
tu es cendre fon­due
ton sou­rire tes yeux
qui pleu­vaient jour à jour

qui répé­taient le ciel
l’herbe plus verte ici
et réci­taient là-bas
où c’était oh c’était

cendre que tu es cendre
tu coules en rigoles
entre les pieds des gens
goutte-à-goutte pas­sant

théo­rie grave et grise
et blonde et rose et brune
éti­rée moi à moi
qui pleuvent jour à jour

musique noire musique
moire du temps échu
mélan­gée nuit à nuit
à ta cendre fon­due
ton sou­rire tes yeux

 

 

 

 

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