Jorge Vargas, 6 poèmes tirés de SUEÑO LA NOCHEJE RÊVE À LA NUIT

Par |2021-03-07T10:14:27+01:00 5 mars 2021|Catégories : Jorge Vargas, Poèmes|

6 poèmes tirés de SUEÑO LA NOCHE — JE RÊVE À LA NUIT

 

I

 

Soy el payaso

De un ser invis­i­ble y despiadado

Miro al cielo

Abro la boca

Qué más da si cae lluvia

Vien­to sangre

O golon­dri­nas.

 

 

Je suis le clown

D’un être invis­i­ble, impitoyable

Je regarde le ciel

Ouvre la bouche

Peu me chaut que tombe de la pluie

Du vent du sang

Ou des hirondelles.

 

VI

 

Todo pasó muy despacio,

Sabore­amos la juventud

Como se saborea un man­go en verano

Sin saber que esa sería nues­tra derrota.

Nos robaron el sueño

Apri­sio­n­an­do la noche con lobos.

Nos quitaron todo.

Saque­aron las palabras

Has­ta que patria fue sinón­i­mo de injusticia

Mar tem­pes­tu­oso

Niño jugan­do a esconderse

En el cal­abo­zo del verdugo.

 

Opta­mos por cri­ar hijos en medio de casas en llamas

Con bocas suc­cio­nan­do des­de las ventanas

Mien­tras creíamos estúpidamente

Pagan­do a tiem­pos nue­stros impuestos

Que las balas jamás nos tocarían

Y no adver­ti­mos cuan­tas per­foraron nue­stros cuerpos.

 

 

 

Tout s’est passé très lentement,

Nous avons savouré la jeunesse

Comme on savoure une mangue en été

Sans savoir que ce serait notre défaite.

On nous a volé le sommeil

En enfer­mant la nuit avec des loups.

On nous a tout enlevé.

On a pil­lé les mots

Jusqu’à ce que patrie soit syn­onyme d’injustice

Mer tem­pétueuse

Garçon jouant à cache-cache

Dans la geôle du bourreau.

 

Nous avons choisi d’élever des enfants au milieu de maisons en flammes

Des bouch­es dévoreuses plaquées con­tre les vitres

Tan­dis que nous pen­sions stupidement

En payant nos impôts dans les délais

Que les balles ne nous atteindraient jamais

Et nous ignorons com­bi­en ont per­foré nos corps.

 

VII

 

Esta no es una elegía

Es mi can­to fuerte

Tal­adros pen­e­tran­do mi entraña

Mi can­to

Via­jan­do por mis arterias

Como un tor­rente, un cau­daloso río.

No soy más que un pescador

La pun­ta del anzuelo

El gan­cho de la grúa.

 

 

 

Ceci n’est pas une élégie

C’est mon chant obstiné

Perceuses péné­trant mes entrailles

Mon chant

Cir­cu­lant dans mes artères

Comme un tor­rent, un fleuve en crue.

Je ne suis rien qu’un pêcheur

La pointe du hameçon

Le cro­chet du palan.

 

VIII

 

El cuer­po ten­di­do entregán­dose al abismo

Sostenido por la tier­ra que lo vio crescer

La cabeza ladea­da hacia los ojos de sus padres

Lucía viejo, aterrado

Cuer­po hin­cha­do y asom­brosa­mente joven.

Hue­co el crá­neo deja­ba ver la san­gre seca que retenía los órganos

Como un cor­dial gesto de la muerte

Los per­ros tam­bién se acercaron

Pero el hedor los alejó

A ellos que son capaces de sub­li­mar de lo amargo

El afa­ble vapor de la belleza.

Los padres abraza­dos se balanceaban

Sobre sus pies

Al rit­ma del viento

Y de la brisa del mar.

 

 

 

Le corps ten­du se livrant à l’abîme

Soutenu par la terre qui l’avait vu grandir

La tête sur le côté fix­ait les yeux de ses parents

Il lui­sait vieux, terrorisé

Corps gon­flé, éton­nam­ment jeune

Évidé le crâne lais­sait voir le sang séché qui rete­nait les organes

Comme un geste cor­dial de la mort

Les chiens eux aus­si s’approchèrent

Mais la pesti­lence les éloigna

Eux qui sont capa­bles de sub­limer l’amer

En avenante vapeur de beauté.

Ses par­ents s’étreignaient en se balançant

Sur leurs jambes

Au rythme du vent

Et des effluves de la mer.

 

XIII

 

Soy de la generación 

de los estragos.

La que fin­ge perder los estribos.

 

Aunque cien­tos

bil­lones de cientos

de ros­tros desorbitados

engrasan sus destinos.

 

¿por qué el hom­bre es el úni­co ser vivo

capaz de contemplar

el hor­i­zonte,

raí­do púr­pu­ra, oxi­da­da penumbra?

 

Soy de la generación 

Que como otras tantas

per­di­das,

Secas, ári­das,

des­fi­lan cabeza erguida,

pero con la dig­nidad blanda,

hun­di­da en el cam­po de batalla.

 

 

 

Je suis de la génération

des désas­tres.

Celle qui feint d’être sor­tie du cadastre.

 

Bien que des centaines

des mil­lions de centaines

de vis­ages exorbités

lubri­fient leurs pro­pres destinées.

 

Pourquoi l’homme est-il le seul être vivant

capa­ble de contempler

l’horizon,

pour­pre délavé, pénom­bre rouillée ?

 

Je suis de la génération

Qui comme tant d’autres

per­dues,

Asséchées, arides,

défi­lent tête dressée,

mais dig­nité chétive,

engloutie dans le champ de bataille.

Présentation de l’auteur

Jorge Vargas

Jorge Var­gas est né en 1990 à Armería, État de Col­i­ma (Mex­ique). Pueblo qui­eto (Pais­i­ble vil­lage), pub­lié au Édi­tions Wal­lâ­da en 2019 (avec le recueil La San­gre y las Cenizas (Sang et cen­dres) de son com­pa­tri­ote César Anguiano), dans l’ouvrage inti­t­ulé Can­cionero des temps obscurs, est sa pre­mière œuvre poé­tique. Son sec­ond recueil, Sueño la noche (Je rêve à la nuit), est en instance de publication. 
For­mé en jour­nal­isme, Jorge Var­gas est aus­si l’auteur d’un court-métrage, Esto­col­mo (Stock­holm), docu-fic­­tion sur la sit­u­a­tion de vio­lence au Mex­ique. Un court-métrage doc­u­men­taire est en pré­pa­ra­tion, qui recueille les témoignages des familles endeuil­lées par les dis­pari­tions. Deux scé­nar­ios de longs-métrages sont en attente d’une production. 
Comme pho­tographe, il a exposé au Mex­ique dans des expo­si­tions col­lec­tives, et en France pour une expo­si­tion dédiée itinérante en 2019, suc­ces­sive­ment au Château de Sol­liès-Pont (à l’invitation de Georges de Rivas), aux librairies de L’autre livre et de La lucarne à Paris, et à la Bib­lio­thèque uni­ver­si­taire Hen­ri Bosco du Cam­pus de la Fac­ulté des Let­tres à Nice. 
Il a été invité à lire ses poèmes au Mex­ique et en France, notam­ment au fes­ti­val de Poésie sauvage de La Sal­ve­­tat-sur-Agout, au fes­ti­val Voix vives de Sète (invité par son éditrice française, Françoise Min­­got-Tau­ran), aux journées Poët-Poët à La Gaude (invité par Sabine Venaruz­zo et le Poët Bureau), aux Ren­con­tres de paroles d’Aiglun (06). Il a été invité en févri­er 2020, avec son tra­duc­teur Patrick Quil­li­er, à par­ticiper aux ren­con­tres Eras­mus Mundus de philoso­phie réal­isées à l’Université de Coim­bra, afin d’exposer sa con­cep­tion et sa pra­tique d’une créa­tion étroite­ment reliée à l’histoire con­tem­po­raine. Un poème de lui sera exposé sur les murs de Tour­rettes-sur-Loup au print­emps 2021.

Bib­li­ogra­phie (sup­primer si inutile)

Autres lec­tures

JORGE VARGAS, LE REGARD QUI PORTE

Le poète, pho­tographe et appren­ti-cinéaste mex­i­cain Jorge Var­gas, né en 1990, appar­tient à une généra­tion con­fron­tée depuis le plus jeune âge aux vio­lences endémiques qui rav­agent son pays. Sous […]

Aller en haut