Juliette Arnaudet, je porte le poids de l’oublié.e

Par |2026-03-06T11:33:33+01:00 6 mars 2026|Catégories : Juliette Arnaudet, Poèmes|

we melt into the wild
and nature melt
in us
we can still feel
the burn­ing light among
the for­got­ten trees

 ***

je me remplis
des lumières
et des ombres 

ça con­tin­ue
ça mur­mure
ça raconte
de grands mystères
nos grands corps
et nos mains
prolongements
des traces d’où l’on vient
très loin les traces gravées
dans la nature
dans ce qui ne peut pas
être violenté
je peux garder ce secret
sur nos peaux

des épines dans nos doigts
nos mem­branes gris­es usées
nos doigts
qui restent en suspens
comme nos petites épines
à l’intérieur
comme nos fragilités
racon­tées par ces craquelures
entre nos poumons

qu’on essaye d’apaiser

je me balade
dans mes forêts d’acanthes
je me cou­vre de mes fleurs redoutables

je m’ancre
je suis

dans mes os de pierre

corps têtu caché
cara­pace brute ternie
de couleurs
corps nu solide
vulnérable

fis­sures
dans ma chair
je porte un poids tout le jour
je porte le poids de la beauté et de l’absence
je porte le poids de l’oublié.e

je porte le poids de cette attente là toi aussi
tu la maintiens
entre tes poumons
c’est la trace de nos rêves con­damnés à
l’immobilité
et à la brûlure du soleil

***

cette force rugueuse
impose encore un peu
sa destruction
sur mon corps
et mes paupières aveugles

je me coule
dans le parfum
des acanthes
mes côtes
mar­ques illuminées
par la clarté
et mes jambes perdues
dans les ombres qui me pour­suiv­ent toujours

je suis tor­due et sauvage comme les herbes folles
je suis libre et sauvage
comme les fleurs

rap­pel
rap­pel que tout meurt
rap­pel que tout vit
tout respire
respire
respire

***

je tiens
l’éclat flamboyant
dans mes mains

je tiens la lumière con­tre tout
con­tre tout ce qui
l’affaiblit
je tiens le ciel et la terre
je tiens les respirations
de l’écorce
je tiens les dans­es des racines
je tiens ce qui persiste
je tiens les branch­es qui gardent
la permanence

je tiens la puis­sance des cimes
corps emmêlés
repos­er en paix

et leurs ombres sortent
de leur chair
elle s’en vont dans les champs

***

et mes ombres sor­tent de ma chair
un peu partout fragmentées

ce qui me traverse
des éclats de l’immensité
ce moment dans le secret
du paysage
que le soleil transperce
ce moment où la lumière
se répand dans le creux
de mon tronc
sans écho ça se répercute
sans écho
ça éclabousse mes courbes
que j’offre à l’éclaircie
été de fonte

ce qui me traverse
l’herbe grim­pante autour de mes cuisses
et la souche rejoint les nervures
de mes veines
sa mémoire
mange ma peau
y déverse ses mélan­col­ies sa mémoire mange
la mienne

je suis la vibration
qu’on a détachée
de nos poumons 

***

il y a un instant
où plus rien ne passe
où plus rien ne se passe
il y a un instant
où le paysage m’engloutit engloutit mon bruit

on passe
et les grands êtres
aux peaux bruissantes
mur­murent des secrets
que plus personne
ne comprend

il y a un instant
où l’arbre

l’arbre et les prairies
et les grands pins
mon­tant très haut

il y a un instant
où tout s’apaise
où plus rien ne passe
où plus rien ne se passe

sauf les petites brûlures les petites failles

entre les grandes silhouettes

arbre qui prend la place de mon corps

auréole incan­des­cente
au milieu
du calme

***

je cherche des réponses
mon corps disparu
dans le sauvage

mon coeur circule
entre les plantes l’écorce
les torsions

vivante
peut-être que je suis vivante
corps nu
solide
et vulnérable
c’est peut-être encore
ce qui compte
la lumière cap­tée dans tout

comme les arbres fleuris
comme leurs branches
se cambrent

je passe de l’absence
à l’ouverture

mes veines
et mes ter­mi­naisons nerveuses
aux qua­tre vents

***

je me remplis
des lumières
et des ombres
je me laisse
envahir
par l’indompté

je deviens dans l’été
messager
des passages
et des bruissements

est-ce que je vais le rester
est-ce que ça va rester
nos respirations
nos balancements
nos chants assourdis
notre mémoire

souf­fle
je l’ai déjà dit
ne pas oublier

lorsque la beauté transperce
nos corps 

***

our bod­ies rest
in the sharp­ened blooms
we disappear
we follow
the mysteries
we disappear
in the shift­ing leaves
growing
in our hearts

Ce poème est né d’une com­mande de la scène ouverte de poésie Haut Par­leurs ! à Stras­bourg, pour l’évène­ment “Couloir #2″ organ­isé par l’artiste Ann Lou­bert en mars 2025. 
Il a été inspiré par des pho­togra­phies de Vio­laine Chaus­son­net, pho­tographe rési­dant à Strasbourg.
Il a été per­for­mé en duo avec le musi­cien Tambourine!.

Présentation de l’auteur

Juliette Arnaudet

Juli­ette Arnaudet est née en 1998 à Stras­bourg. Sa poésie tente de racon­ter l’expérience de l’intime et du corps : ce qui relie aux autres, à soi, et ce qui se trans­forme à tra­vers les moments de vie et les voyages.

Juli­ette Arnaudet lit et per­forme régulière­ment dans des scènes ouvertes. Elle mêle sou­vent sa poésie avec la musique. Elle fait aus­si par­tie de l’association de scènes ouvertes de poésie stras­bour­geoise Haut Par­leurs ! en tant que chargée de com­mu­ni­ca­tion. Elle partage ses activ­ités sur un compte Insta­gram : @bavardages.poetiques

 

© Crédits pho­tos Teona Gore­ci

Bibliographie 

Elle a pub­lié plusieurs poèmes dans la revue étu­di­ante Au Pied De La Let­tre à l’Université de Stras­bourg : Les mots lumières (2021), Corps à corps (2022) et Nos con­so­la­tions (2023).

Elle a aus­si fait par­tie de l’Atelier de Créa­tion Poé­tique à la Fac­ulté des Let­tres de Stras­bourg, ani­mé par le pro­fesseur et poète Pas­cal Mail­lard. Elle y a co-créé des per­for­mances en collectif.

En 2024, elle par­ticipe au Grand Con­cours de Poésie organ­isé via Insta­gram par le poète parisien Hadrien. Son poème Nos guérisons — faire ami­tié est primé et pub­lié dans le recueil du con­cours réu­nis­sant les 100 voix les plus marquantes.

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