> Kenny Ozier La Fontaine, Nèg, inédits

Kenny Ozier La Fontaine, Nèg, inédits

Par | 2018-07-12T20:47:27+00:00 5 juillet 2018|Catégories : Kenny Ozier La Fontaine, Poèmes|

QUAND JE SERAI POLICIER 

quand je serai poli­cier
quand je serai poli­cier avec mon pote Thomas
on aura de jolies voi­tures
avec des sirènes Playmobil
avec des roues géantes
et de gros pots de voi­tures de course
quand je serai poli­cier
je ferai la guerre aux bâtards
” un 45 contre l’estomac “
on por­te­ra des robes roses
et des couettes de putes
des robes de prin­cesses éden­tées
et des pan­ta­lons mili­taires déchi­rés
et on fou­tra en taule les idiots
et on por­te­ra des Ray-Ban
même la nuit
sur­tout la nuit
et on dira au diable
viens 
viens
mec
n’aie pas peur !
et on lui fera des mau­vaises blagues …
on dira au diable
tiens mange ça
et on met­tra de la haris­sa bien piquante
dans ses bur­gers
on lui fera pas­ser le goût des flammes à celui là
il fera moins le fier
il deman­de­ra par­don
on fera des feux d’artifices dans le com­mis­sa­riat
dans les bureaux
on fera cra­mer le pla­fond
on pren­dra notre pied
c’est nous qu’on com­man­de­ra
même à dieu …
les ani­maux obéi­ront
ou on leur met­tra des coups d’pied
des coups d’savates
on met­tra de la mayo sur les bouches des juges
et du den­ti­frice dans le rouge à lèvre des reines anglaises
on maquille­ra tous les maquillés
à notre manière
les prêtres seront en culotte le dimanche
l’office ça sera pour rigo­ler
il y aura plus de loi
on fera la loi
et les pigeons et les idiots
auront qu’à bien se tenir
oui ils seront récom­pen­sés en baffes dans la tronche
rien à foutre
tout l’monde à terre !
ou je tire !
on col­le­ra des images por­no­gra­phiques 
par­tout dans les WC publics
pour foutre la trique aux gens
on atta­che­ra des cas­se­roles à tous les chats
à leur queue pour que ça chante dans les rues
à tous les ani­maux à poil
et qui miaulent grognent reniflent etc.
on inven­te­ra une danse cos­mique
une danse 
non
un bal­let 
la danse du tutu rose
une danse bien méchante
et sexuelle et vio­lente
danse des grosses mous­taches
des queues de comètes
que tout le monde devra dan­ser
quand on sera poli­cier 
avec mon pote Thomas
ça va plus rigo­ler
du tout

SI J’ÉTAIS LE DIABLE

si j’étais le diable
j’expliquerais aux méde­cins 
aux phar­ma­ciens
et aux chi­rur­giens plas­tiques
ce que c’est
vrai­ment
le com­merce des âmes
je leur dirais “asseyez vous les gars, faut qu’on cause”
je leur dirais ” en fait vous pigez rien “
je leur dirais ” les gars, je vous ai appor­té des clous, des cafards “
si j’étais le diable 
je ven­drais des armes mys­tiques
aux enfant qui s’ennuient
aux enfants qui n’aiment per­sonne
ni les chats ni rien
et qui disent
c’est pos­sible d’étouffer un père Noël avec sa propre barbe
faut lui faire croire 
en lui brouillant sa cer­velle
que c’est de la crème chan­tilly qui lui pends au bec
t’as des oiseaux trop cons 
tu vois
qui avancent à pied
( je sais je sais … sont com­plet débiles ! )
si j’étais le diable
il me fau­drait leurs coudre les ailes avec du gros fil noir
leurs coudre les ailes par-des­sus leurs pau­pières d’oiseaux malades
et les clouer pour de bon
si j’étais le diable
je n’écouterais que les prières adres­sées à dieu
aux anges
aucune autre !
alors je ne regar­de­rais plus jamais la TV
alors je ne lirai plus de lit­té­ra­ture éro­tique
si j’étais le diable
je n’aurais jamais envie de pleu­rer
je lèche­rais pas­sion­né­ment 
des bosses de vieilles femmes
des cour­bées comme des C
et je dirais très sérieu­se­ment 
aux inno­cents assoif­fés
” tenez ! elle sont là, vos glaces au citron 
celles là que vous avez tou­jours rêvé
goû­tez goû­tez ! avec la langue les gars”
oui si j’étais le diable
moi aus­si j’enverrais des gen­tils et des moins gen­tils
au para­dis
si j’étais le diable j’allumerais des radios 
au beau milieu de la nuit
quand tu serais déjà endor­mi
volume max
et je t’enverrais des signaux brouillés
des : frrrss­shhhh …. frrrss­shhhh ….. frrrss­shhhh ….. crous­tillants
de la grosse fri­ture sata­nique
le genre tu vois
qui sépare sur les ondes
les voix d’homme du chant des mouches
des prières quoi …
tu com­prends ?
des prières qui tâchent les che­mi­siers, les pan­ta­lons, 
si j’étais le diable je ferais croire aux jolies filles
celles avec de jolies hanches de jolis yeux
que les ani­maux écra­sés, pri­son­nier des roues de voi­ture
agra­fés aux pneus, scel­lés au caou­tchouc
sont des méca­nos très expé­ri­men­tés
capables d’effectuer des répa­ra­tions très com­plexes
sur des voi­tures en mou­ve­ment
si j’étais le diable je ferais chan­ter la pluie d’une voix drôle
et genre une chan­son qu’on com­pren­drait tous
je la ferai chan­ter cette conne
mais d’une voix drôle
cette fois
d’une voix
de pré­sident peut être
celle de Giscard 
ou De Gaulle si je veux
si j’étais le diable je dirais que le diable n’existe pas
je dirais
aux idiots age­nouillés à l’endroit 
et à ceux age­nouillés 
à l’envers ( les retour­neurs de croix, les qui croient que la nuit
c’est l’heure pour faire des bêtises en toute quié­tude et d’insulter 
les ombres les miroirs)
je leur dirais aux idiots
vous êtes des idiots

© Kenny Ozier-Lafontaine (Paul Poule) et Vincent Lefèbvre

LAPLI MOFWAZéc1

” an pa vlé, an pa enmé
an byen vlé, men èvè on ti gou sikré
on ti gou si a dou man­man
évè bay koko pou savon
an vé pa, pa enmé-y
lanmò lasa,
maké-y évè tan-li pi mové ankò
an tou­jou ba la ri chenn
an mof­wa­zé évè sòsyé adan glas an mwen
tou­jou bobi an kat chi­men
padav­wa an tou­jou kon­nèt kay téka bouyi an 
kan­na­ri an mwen,

ki dyab lafi­mé san difé
dyab fwo­ma­jé ki pati­ni dow­lis
an tan di kon­sa bòd lan­mè pa lwen,
bod lan­mè pa lwen,
an byen tan ! ( pa fè wòl man­ti )
jòd la sé bèl­té dèmen sé HAK !
la pli épi HAK !
on jou, bon­dyé mèsi, kon bag é dwèt,
HA’AK épi ayen

*  *  *

la tra­duc­tion est de  Liana Ozier-Lafontaine . ce texte est enre­gis­tré
les textes parai­tront en avril aux édi­tions du Dernier Cri, en col­la­bo­ra­tion avec Evelyne Postic

PLUIE NOIRE

” je veux pas, j’aime pas, 
je veux bien, mais avec
des si et des si il vous plaît 
et des si seule­ment et des si jamais,
je veux pas n’aime pas
mou­rir,
pas l’écrire, l’entendre
dire,
j’ai bien trop l’habitude des miroirs, des rues pié­tonnes,
des couettes et des regards,
des pas­sages vers moi-même, oui …
j’aime pas … découdre l’os du gibier,
l’ombre de mon pas, 

… on entend dire, ci et là
qu’un jour vien­dra,
j’ai bien enten­du ( faut pas men­tir )
qu’un jour et puis s’en va
de pluie ,
jour et puis tant pis,
jour, oui, sans miroir
et sans moi …
jour des vierges NOIRES “

*  *  *

X