> La lettre-mail “Vous prendrez bien un poème ?”

La lettre-mail “Vous prendrez bien un poème ?”

Par |2019-02-03T17:03:03+00:00 3 février 2019|Catégories : Françoise Vignet, Revue des revues|

Comme une revue en minia­ture  (pas plus d’une page – et d’un poème – à la fois ), la “lettre” heb­do­ma­daire de Françoise Vignet, joli­ment inti­tu­lée “Vous pren­drez bien un poème ? ” et illus­trée de la jolie pho­to du pont du Jardin Japonais de Toulouse,  fait cir­cu­ler la poé­sie contem­po­raine de façon moderne, via mail, à son réseau d’abonnés,  en toute sim­pli­ci­té :

nous lui don­nons la parole.

Vous pren­drez bien un poème?”,
feuille
 heb­do­ma­daire gra­tuite
par abon­ne­ment à  
framboise.​bergelle@​gmail.​com

 

 Vous pren­drez bien un poème ?  est né d’un désir inache­vé, il y a huit ans. Fraîchement ins­tal­lée à l’écart du monde, je dis­po­sais de temps libre : il m’est appa­ru natu­rel de par­ta­ger les poètes que j’aime, ceux qui m’ont for­mée – par­ta­ger et décou­vrir- puisque la poé­sie n’a jamais ces­sé de m’accompagner, plu­tôt en secret. Aussi ai-je com­men­cé en jan­vier 2011 avec les amis anciens, les amis voi­sins, les amis fami­liaux, les com­pa­gnons de voyage – peu nom­breux mais divers. Là où je vis, des lec­teurs se sont ensuite pré­sen­tés. Et la Toile m’a per­mis de joindre tout le monde, sans frais ni retard.

Très vite, pour sus­pendre le temps…

La for­mule ini­tiale, toute simple, n’a pas varié. Un titre sans façon. Une totale gra­tui­té, qui me laisse ma liber­té. Une démarche à l’inverse de celle du blog,  puisque le poème vient se glis­ser dans la boîte aux Lettres du lec­teur : inti­mi­té assu­rée. Un poème adres­sé « au visage » et non en dos­sier joint : pré­sence immé­diate. Une fré­quence heb­do­ma­daire, qui donne à la Poésie sa place au fil des jours. Un for­mat réduit, qui faci­lite la lec­ture : le « mor­ceau choi­si » ne dépasse pas une page, en prin­cipe, mais un même auteur est dif­fu­sé à tout le moins pen­dant deux semaines consé­cu­tives : ain­si peut-on goû­ter (mise en bouche) davan­tage son écri­ture. Un sou­ci de rigueur, puisque seuls sont dif­fu­sés des poèmes publiés en revue ou édi­tés à compte d’éditeur, bien tan­gibles en leurs feuillets, assor­tis de leurs réfé­rences. Une exi­gence de qua­li­té, qui pri­vi­lé­gie le plus sou­vent la poé­sie contem­po­raine d’expression fran­çaise … sans exclure bien des pas de côté (côté cœur), dans l’espace et dans le temps.

Quant au choix, autant dire que c’est le poème qui me choi­sit. Le « hasard » a sa part, l’heureux hasard, avec/​malgré son « coup de dés »… J’agis par « plai­sir », celui « du texte ». Ce qui n’est pas futile (et quand bien même ! …). Un lec­teur a sug­gé­ré, il y a quelques années, de par­ti­ci­per aux choix : ain­si est née la  Feuille Volante, ouverte à tous, qui, le 15 de chaque mois, accueille un poème aimé par un lec­teur.

En février 2011, après seule­ment trois « envois » (deux poèmes de Judith Chavanne et des haï­kus pour le Nouvel An lunaire), les lec­teurs ont réagi si géné­reu­se­ment que j’ai ras­sem­blé leurs pro­pos dans un Courrier des lec­teurs N°1,  Courrier  qui per­dure à ce jour. Leurs retours – réac­tions aux poèmes, infor­ma­tions poé­tiques ou artis­tiques, envois de textes – ajoutent à cette cir­cu­la­tion de la parole du poème une épais­seur humaine, une réso­nance sin­gu­lière, récon­for­tantes. Ce sont des êtres qui ont « de l’amitié envers la poé­sie », selon l’expression de Gaston Puel, qui se pen­cha avec bien­veillance sur le ber­ceau de Vous pren­drez bien un poème ?

En effet, assez vite, à l’occasion d’abonnements à des revues ou d’achats de recueils, des revuistes, des édi­teurs, qui sou­vent sont aus­si poètes, ont mani­fes­té de l’intérêt pour cette ini­tia­tive. Le cercle s’est alors agran­di & enri­chi. Les édi­tions Multiples et celles de L’Arrière-Pays, notam­ment, ont ame­né nombre de lec­teurs. C’est dire que le lec­to­rat de Vous pren­drez bien un poème ? (une cen­taine envi­ron, répar­tie dans l’hexagone et quelque peu au-delà), est varié – ce qui est tout à fait pré­cieux, parce que cela lui confère une éner­gie et une saveur par­ti­cu­lières.

En mai 2012, une Anthologie per­ma­nente, dont les accès sont pri­va­tifs, a vu le jour. Ainsi chaque lec­teur, quelle que soit la date à laquelle il s’est abon­né, peut-il décou­vrir ou relire tous les textes, à son gré.

Lors du pre­mier anni­ver­saire, le 6 février 2012, ces mots me sont venus :

« En ces temps de disette et de gali­ma­tias, ce que j’aurais à dire tien­drait en peu de

mots : JOIE à décou­vrir le poème, JOIE à le par­ta­ger. (…) ».

Huit ans après, ils sonnent tou­jours juste.

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Françoise Vignet

Née en 1949, Françoise Vignet, pro­fes­seur de lettres, fut tôt éprise de voyages (Europe et Asie) comme de poé­sie (mémoire de maî­trise sur Le Poème pul­vé­ri­sé, de René Char), dont elle pra­ti­qua l’écriture de façon confi­den­tielle.

Retirée à l’écart du monde, elle fonde en 2011 Vous pren­drez bien un poème ?, feuille heb­do­ma­daire gra­tuite qui dif­fuse de la poé­sie contem­po­raine (édi­tée en revue ou à compte d’éditeur) à près d’une cen­taine de lec­teurs, pour­sui­vant ain­si le par­tage. Elle col­la­bore aux Cahiers de la rue Ventura, de Claude Cailleau, de 2014 à 2017, par­ti­cipe à un livre d’artistes Voyage autour d’un col­lage, de Ghislaine Lejard ain­si qu’à une Riche Enveloppe, et voit avec joie ses poèmes & articles accueillis en revue : Arpa, La Grappe, Les Cahiers de la rue Ventura (Propos pour un amour & Silences), Décharge, Friches, Interventions à Haute Voix, Poésie/​première, Verso (Carnet de l’aimante). Un recueil  Journal de mon talus (dont le manus­crit, sous une forme sen­si­ble­ment dif­fé­rente, fut nomi­né lors du prix Troubadours/​Trobadors de la revue Friches Jean-Pierre Thuillat en 2014) paraît aux édi­tions Alcyone en mai 2017 avec, en fron­tis­pice, une aqua­relle de Claudine Goux, qui conçut un livre d’artistes (des aqua­relles) à par­tir de douze de ses poèmes.

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