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Les veuvages des dogmes

Par | 2018-05-28T05:38:44+00:00 20 janvier 2017|Catégories : Essais & Chroniques|

 

 

Simuler, comme on le fait de nos jours, une recon­cep­tion des ères dog­ma­tiques consé­cu­tives de l’histoire de l’homme au fil de pen­sées spi­rales, boi­teuses, c’est à mon sens sim­ple­ment octroyer à la céci­té men­tale et morale une mesure « spi­ri­tuelle » doc­tri­nale naïve, parce qu’idéaliste quelle que soit sa ten­dance. Ou c’est peut-être plu­tôt mys­ti­fier l’âme de la doc­trine, qui se trouve dans nos socié­tés modernes prise en otage, voire en « gage » ; c’est étran­gler ce qui fait la viva­ci­té intan­gible d’un dogme. Nous par­lons ici des concep­tions modernes tant des car­té­siens, des chré­tiens, des ortho­doxes, des juifs rab­bi­niques, des juifs karaïtes, ou tout sim­ple­ment des juifs refor­més, que des musul­mans et des « ration­nels » – peu importe.

La polé­mique n’est pas la ques­tion de savoir quel dogme choi­sir – cette ques­tion, je la nie for­mel­le­ment, comme je peux faire abs­trac­tion de son contexte contem­po­rain. Je peux aller même plus loin : igno­rer l’éventuelle véra­ci­té de cha­cun de ces dogmes expo­sés, et minimiserl’importance de ces que­relles au fil des ères. Je ferais alors cela soit par convic­tion, soit par com­plai­sance, ou à défaut par refus de ces fausses inter­pré­ta­tions qui pré­sentent des débats ques­tion­nant la com­plé­men­ta­ri­té morale, spi­ri­tuelle ou autre du dogme défen­du. Car toute pen­sée est fina­le­ment un art dog­ma­tique, spi­ri­tuel à mon avis ; sans remettre  en cause l’appartenance de ces cou­rants sus-cités aux champs spi­ri­tuels, il me semble que la manœuvre dog­ma­tique éta­blie par cer­tains cou­rants de pen­sée reste dans la plu­part des cas aber​rante​.Car en effet, au-delà du phé­no­mène de croyance ou d’incroyance qui se pose en fili­grane der­rière ce débat, il m’apparaît que le radi­ca­lisme dans ses dif­fé­rentes branches idéo­lo­giques tente tou­jours de cou­per – et il cou­pe­ra sans doute tou­jours – toute engeance péda­go­gique, cou­rant ain­si le risque de ne pas pou­voir répondre aux besoins d’un esprit per­du, d’une âme tor­tueuse, faute de pou­voir ensei­gner la créa­ti­vi­té posi­tive de ces sys­tèmes de croyance. Hélas, nous vivons actuel­le­ment ce que j’appellerais un veu­vage dog­ma­tique.

Devant ce fait que je juge tra­gique, il me semble que nous sommes appe­lés au silence – bien que l’appartenance à une cer­taine patrie demeure en cha­cun de nous vivace, il est nous est de plus en plus fré­quent de nous obli­ger à par­ler à basse voix pour que nos com­pa­triotes ne puissent pas nous entendre ; les choses de la vie sont trop éphé­mères.

Il me semble pour­tant qu’un cœur vivant, au sen­ti­ment par­fu­mé, amer ou salé – peu importe – pro­cure une bien plus grande quié­tude, et pré­dis­pose à un bon­heur mani­feste qui sait s’écrire à son rythme, lan­cé dans une valse par­ta­gée par tous les sys­tèmes de croyance que nous avons cités. Que cha­cun ait sa part de galette ; et que cha­cun danse à sa manière !

Propager les fon­de­ments d’un bon­heur construc­tif demeure notre sou­hait ; je pense que c’est même notre devoir, comme un dû que nous aurions à rendre à un père que nous serions prêt à adop­ter tous, col­lec­ti­ve­ment. Mais nous ne sommes aujourd’hui éle­vés, hélas, que par une doc­trine veuve et sté­rile.

Allaitons, nour­ris­sons ensemble notre bon­heur par­ta­gé ; c’est la seule manière pos­sible d’accéder à une vie meilleure dans une pla­nète géné­reuse, admi­rable. Je ne suis ni prêtre dans un Temple, ni chef d’orchestre, maître d’une valse ou d’un chœur ; je ne suis qu’un simple et modeste « trou­ba­dour » sol­li­ci­tant une paix et une tolé­rance qui se sont éga­rées dans ce monde
cruel.

 

cet article a fait l’objet d’une pré­cé­dente publi­ca­tion sur la revue en ligne “Le Capital des Mots”

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