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Louis Adran, Cinq lèvres couchées noires

Par |2021-01-22T09:30:10+01:00 21 janvier 2021|Catégories : Critiques, Louis Adran|

Le recueil de Louis Adran narre le périple de cinq sol­dats regrou­pés comme un trou­peau de « bétail » sous la forme du pro­nom « nous ». Les lieux dans les­quels évo­luent les sol­dats demeurent imprécis. 

Grâce à une écri­ture sug­ges­tive, les poèmes appa­raissent comme des tableaux aux effets de clair-obs­cur peints par le poète : « J’ai tôt peint la lumière où pas­se­rait le der­nier d’entre nous lais­sé noir au visage […] celui-là, le der­nier d’entre nous, aux che­villes racées pour rien sous les branches, à la lèvre rete­nue, esquis­sée seule­ment au fil des fou­lards fémi­nins déni­chés Dieu sait où /​ j’ai peint puis caché la lumière sous les arbres. » 

Les corps des sol­dats se fondent dans le pay­sage : « Nous por­teurs d’une aube comme neige et tête nue désor­mais, des herbes hautes reve­nant gibier, bétail sans mot ni rature au ciné­ma cuivre des fon­drières ». Progressivement les corps dis­pa­raissent, au pro­fit de la cou­leur « noire » : « On nous trou­va cou­chés noirs /​ au che­vet des herbes rousses /​ près des taillis en feu ». 

Ne semblent fina­le­ment demeu­rer que les « lèvres », sym­bo­li­sant peut-être la réduc­tion des corps à une parole poé­tique capable de trans­mettre la mémoire dans un pro­ces­sus alchi­mique : « Avec cette lèvre aban­don­née dans mes sou­ve­nirs nous ferons des den­rées rares des métaux précieux ».

Louis Adran, Cinq lèvres couchées 
noires
, Cheyne, col­lec­tion « Grands 
fonds », 2020, 80 pages, 17€. 

La parole poé­tique est poi­gnante et sai­sit des impres­sions sur le vif, accen­tuées par des effets de jux­ta­po­si­tion dans la prose poé­tique. Elle trans­porte le lec­teur dans un rythme à la fois hale­tant et pour­tant impré­gné d’une attente trou­blante : « Nous soli­taires crâ­nant dans les branches pauvres et les squares, comp­tant sous nos pas chaque jour les cou­leurs du bitume et le beau taillis d’attendre ». Cette atmo­sphère n’est pas sans rap­pe­ler celle du Désert des Tartares de Dino Buzzati et du Rivage des Syrtes de Julien Gracq cité en exergue du recueil. Les poèmes sont por­teurs d’une ten­sion pal­pable, d’une impres­sion de silence et d’un sen­ti­ment d’étrangeté : « nous n’avions pour toute langue que ces gestes fur­tifs, dans l’obscurité rien que ces rou­lis de bras ces levées de pouces pour dire « tout déraille », « ça va », « le type se pointe », « enfin » /​ puis l’homme est venu, les hommes, d’allure macabre cha­cun et ser­rant sous les gabar­dines d’un vert fauve le brillant d’une arme sans doute, un cro­chet de bou­cher ou peut-être le revol­ver à six coups du livre d’enquêtes aux coins cor­nés que je cachais sous une armoire. » 

Présentation de l’auteur

Louis Adran

Louis Adran est né à Beyrouth, en 1984. Il vit actuel­le­ment en Belgique. Cinq lèvres cou­chées noires est son pre­mier ouvrage publié.

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Claire Cursoux

Claire Cursoux est poète. Elle col­la­bore aux revues Lichen, Écrits du Nord, Nouveaux Délits, Or-nata et Cabaret et à des antho­lo­gies publiées chez Flammes vives, La Chouette Imprévue et Les Dossiers d’Aquitaine. Son pre­mier recueil est à paraître pro­chai­ne­ment. Issue d’une for­ma­tion lit­té­raire, Claire est d’abord pro­fes­seure de lettres. Elle explore éga­le­ment une voie de connais­sance de soi grâce à l’astrologie, au Tarot et à la médi­ta­tion. Elle inter­vient enfin dans des lieux d’art et de spi­ri­tua­li­té avec son Handpan, ins­tru­ment de musique en acier au son apai­sant. Découvrez son site web per­son­nel : http://​www​.leclai​reu​se​des​mots​.fr/
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