Ariane Dreyfus, Sophie ou La Vie élastique

Par |2021-10-06T18:02:36+02:00 6 octobre 2021|Catégories : Ariane Dreyfus, Critiques|

Ari­ane Drey­fus cite les vers de Denise Lev­er­tov à la fin de son recueil : « Me com­prenez-vous bien ? / C’est de vivre que je par­le, / de se mou­voir d’un instant / dans un autre instant, et dans celui / qui le suiv­ra, de respir­er, / la mort dans l’air du print­emps ». Cette cita­tion sem­ble résumer le sens du recueil inti­t­ulé Sophie ou La Vie élas­tique, com­posé d’une série de petits tableaux de vie.

Ces poèmes se lisent comme des instan­ta­nés, nar­rant des épisodes de l’enfance de Sophie, héroïne emprun­tée au fameux roman de la Comtesse de Ségur. Ce recueil s’inspire libre­ment des aven­tures et des mésaven­tures du per­son­nage éponyme des Mal­heurs de Sophie. Le car­ac­tère de l’héroïne est préservé dans la mesure où le recueil est scan­dé par ses bêtis­es et les puni­tions qui lui sont infligées. 

Une vie élas­tique, c’est une vie dans laque­lle le temps s’étire, par la présence joyeuse à l’instant.  « Je sais ce que j’ai vécu / et que je vivrai encore » : tels sont les deux derniers vers du recueil, met­tant en lumière la néces­sité de cul­tiv­er un esprit enfan­tin. La fraîcheur du regard de l’enfant amène en effet le lecteur à percevoir le monde d’une façon spon­tanée, à tra­vers la lorgnette d’un œil ébloui par les tré­sors de la vie, comme dans le poème inti­t­ulé La Peur vient après : « Sophie aime pren­dre / Bril­lants, dorés, elle les détache du velours rouge / De tout l’intérieur de la boîte à ouvrage / Per­son­ne d’autre n’est là / Pour l’instant c’est pour elle / Les ciseaux, les bobines, la verte, / La blanche écartée de la noire, le dé / Les très jolies choses admirables / Qu’elle pose lente­ment sur le lit ». 

 

Ari­ane Drey­fus, Sophie ou La Vie élas­tique, Le Cas­tor Astral, juil­let 2020, 107 pages, 12€.

Ces instants de vie sont égale­ment entre­coupés de plusieurs poèmes évo­quant la mort, sans pour autant bas­culer dans le mélo­drame. L’ultime vers du poème Ceris­es avant de par­tir sug­gère la mort de la mère de Sophie d’une façon très douce, grâce à la métaphore et au jeu d’homophones : « La mère s’est per­due dans la mer ». De même, la poupée de la petite fille appa­raît comme un véri­ta­ble leit­mo­tiv, sym­bol­ique d’une vie mal­menant les êtres humains. Cette poupée offerte à Sophie dès le deux­ième poème du recueil est décrite comme « une presque per­son­ne », avec « de vrais cheveux ». Elle se voit ensuite enter­rée par Sophie et ses cousins Paul et Camille au milieu du recueil, dans le poème La Belle déci­sion. Même le réc­it de l’enterrement de la poupée est représen­té avec tout l’enjouement de l’enfance, faisant l’objet d’un jeu émer­veil­lé : « Sans pieds et sans cheveux / Elle est morte, la poupée ! / Sophie la soulève et sourit la pre­mière, / Oui, morte ! / Vite / Tous les qua­tre hurlent leur joie / De décider tout ! / Courir en file indi­enne / Jusque dans les herbes et jusqu’à là-bas / Et danser / Le bel enter­re­ment qu’ils lui feront ».

Présentation de l’auteur

Ariane Dreyfus

Ari­ane Drey­fus naît le 6 octo­bre 1958 au Rain­cy. Elle enseigne les let­tres mod­ernes en région parisienne.

Bibliographie

L’Amour 1, Ed. De, 1993 (édi­tion mod­i­fiée et défini­tive in Matthieu Gosz­to­la, Ari­ane Drey­fus, Édi­tions des Van­neaux, 2012).

Un vis­age effacé, dessins de Jean Fléa­ca, Tara­buste édi­teur, col­lec­tion « Doute B. a. t. », .

Les Miettes de décem­bre, dessin de Julie Thiébaut, Le Dé bleu, col­lec­tion « la belle Dérangère », .

La Durée des plantes, éd. Tara­buste, col­lec­tion « Doute B. a. t. », 1998, 2007 pour l’édition revue et corrigée.

Une his­toire passera ici, dessin de Marie-Lin­­da Orte­ga, Flam­mar­i­on, col­lec­tion « Poésie/Flammarion », .

Quelques branch­es vivantes, dessin de Béa­trice Caza­ubon, Flam­mar­i­on, col­lec­tion « Poésie/Flammarion », .

Les Com­pag­nies silen­cieuses, dessin de Béa­trice Caza­ubon, Flam­mar­i­on, col­lec­tion « Poésie/Flammarion », .

La Belle Vitesse, en col­lab­o­ra­tion avec Valérie Lin­der, éd. Le Dé bleu, col­lec­tion « le far­fadet bleu », 2002.

La Bouche de quelqu’un, Tara­buste, col­lec­tion « Doute B. a. t. », .

L’Inhabitable, dessin de Valérie Lin­der, Flam­mar­i­on, col­lec­tion « Poésie/Flammarion », .

Iris, c’est votre bleu, dessin de Valérie Lin­der, Le Cas­tor Astral, .

La Terre voudrait recom­mencer, dessin de Valérie Lin­der, Flam­mar­i­on, col­lec­tion « Poésie/Flammarion », .

Nous nous atten­dons, Recon­nais­sance à Gérard Schloss­er, Le Cas­tor Astral, .

La Lampe allumée si sou­vent dans l’om­bre, José Cor­ti, .

Le Dernier Livre des enfants, Flam­mar­i­on, col­lec­tion « Poésie/Flammarion », .

Sophie ou la vie élas­tique, Le Cas­tor Astral, juil­let 2020.

Poèmes choi­sis

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Claire Cursoux

Claire Cur­soux est poète. Elle col­la­bore aux revues Lichen, Écrits du Nord, Nou­veaux Dél­its, Or-nata et Cabaret et à des antholo­gies pub­liées chez Flammes vives, La Chou­ette Imprévue et Les Dossiers d’Aquitaine. Son pre­mier recueil est à paraître prochaine­ment. Issue d’une for­ma­tion lit­téraire, Claire est d’abord pro­fesseure de let­tres. Elle explore égale­ment une voie de con­nais­sance de soi grâce à l’astrologie, au Tarot et à la médi­ta­tion. Elle inter­vient enfin dans des lieux d’art et de spir­i­tu­al­ité avec son Hand­pan, instru­ment de musique en aci­er au son apaisant. Décou­vrez son site web per­son­nel : http://www.leclaireusedesmots.fr/
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