On ne tra­verse pas en courant Ancrés, nou­veau recueil de Mar­il­yse Ler­oux. On ne peut non plus seule­ment le sur­v­ol­er ! Il faut se résoudre à s’y baign­er tout entier, voire à nag­er longue­ment sous sa surface.

Chaîne ou champ de pen­sées, de médi­ta­tions, de con­stats sans appel, sous le ciel du Mor­bi­han, aux­quels on a assigné habile­ment la forme de poèmes, allant de quelques mots à des suites de vers, il demande qu’on s’y attarde.

Il y a de la sagesse qui flotte dans l’air de ces pages, une sagesse forte­ment iodée, des éclats de lumière qui font ciller les yeux.

Et chaque con­cré­tion de mots, chaque flot­tai­son dans la baie ouverte du livre, mérite une sta­tion dans l’immobile – sta­tion de res­pi­ra­tion pleine­ment con­sciente de son rôle, de notre immuable des­tinée de pas­sant − mérite le temps néces­saire à la prise de pos­ses­sion de l’espace où les mots s’inscrivent, le temps du jour et de la nuit, dans un écoule­ment sou­vent mystique.

Ce sont là des paroles pour pren­dre chair, comme pour recon­naître la mort et la saluer avant de lui tourn­er l’épaule.

On lit Ancrés comme un poème philosophique, une éphéméride soumise au mou­ve­ment per­pétuel des marées, pour assumer le temps de vivre.

Marilyse LEROUX, Ancrés, éditions Rhubarbe, décembre 2016, 84 pages, 10 euros.

Mar­il­yse LEROUX, Ancrés, édi­tions Rhubarbe, décem­bre 2016, 84 pages, 10 euros.

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Gérard Cléry

Gérard Cléry est né à Paris en 1938. Poète, écrivain, tra­duc­teur, jour­nal­iste et pho­tographe, il pub­lie ses pre­miers textes dans la revue Action poétique.