Ces poèmes ont été pub­liés en juin 2014.

∗∗∗

 

Écoute
tout ici parle
pour la douceur

La fleur se cherche un nom
sur une couleur du ciel

La source a un parfum
d’herbe neuve

Le jour peut naître
d’une parole très claire
sur la peau

Tout se tient
près du pre­mier souffle.

 

*

 

Une fleur t’appelle
dans le jardin de solitude

Tu te pench­es sur elle
et donnes tes yeux
à la couleur de l’instant

Tu la pares d’un nom
plus doux que la douceur
afin de préserv­er cet espace
entre vous

Tu te pench­es sur elle
elle avale ton ombre
et s’ouvre à ta pensée.

 

*

 

Elle voy­age
à l’intérieur d’elle-même
pour le bien d’une abeille

Nour­rie de l’autre
au seul besoin d’aimer

Elle invente un cercle
où vivre son histoire
entre repli et don de soi

Si le temps le permet
elle pour­ra se défaire
sans le moin­dre tremblement.

 

*

 

Cette fleur de l’air
devant la vitre
a le par­fum d’un autre lieu

Forte et fragile
sous le soleil trop lourd

Tu cherch­es à retenir d’elle
tout ce qui t’échappe

Sa chair col­ore tes mots
d’un bref incendie

Corolle de nuit
mangeuse d’ombre
lorsque tu fer­mes les yeux

Seule image
d’un jour trop vaste.

 

*

 

Toi qui rêves
de con­fon­dre la lumière
pense à la chair miraculeuse
des roses

A l’éclair blanc
qui tra­verse la pierre
en plein midi

Pense à l’enfance des corps
dans la joie de l’air

A tout ce qui brûle d’éclore
dans l’espace entrouvert

Un feu s’allume
au bord de ta maison

Invente un seuil
à sa mesure.

*

∗∗∗

 

Les seuils ont viré bleu
sous la fumée des orages

La terre à bout de source
nous attend

Nous tend ses lacets

Et partout sur les seuils
la san­dale sèche du désir.

in Herbes, Don­ner à voir 1995

*

La lumière voyage
de place en place

D’où venue ?

Cir­cule dans nos corps
aus­si loin que s’ouvre la vie

L’espace est si grand
entre nos yeux

S’il n’a pas de nom
nous le baptiserons
de la couleur du feu
sur l’eau.

in Grains de lumière, l’épi de sei­gle 1999.

*

Tout s’allège dans la lumière

Le ciel étire les yeux
en dou­ble récompense

Le chant se fau­file entre les ronces
comme un oiseau chercheur d’air

Il sème des graines de joie
d’une friche à l’autre

Un par­fum d’herbe sauvage
annonce sa venue
jusqu’à ce nid d’ombre
où s’arrondit l’œuf du jour.

in Grains de lumière, l’épi de sei­gle 1999.

*

Vendez-moi
des graines de silence
à faire ger­mer dans la profondeur
des chambres

Vendez ‑moi
le temps dor­mant des feuilles
et les chemins de force
où sur­pren­dre la lumière

Le pas doux du cheval
en tra­vers de la route
ses sabots de fer à même le cœur
comme une cognée

Vendez-moi
du silence par paquets
je vous paierai en mon­naie de paille
en souf­fle heureux.

in Le fil des jours, Don­ner à voir 2007.

*

La fleur a croisé
son poids de soleil et d’eau

Tout silence lié
dans les feuil­lages du jour

Le ciel lui est devenu parole
Parole sa couleur

Et la voici Rose
debout dans la clameur solaire
épelant la part de lumière
qui la crée.

in Quelques ros­es pour ton jardin, Ate­lier de Grou­tel, 2011
Tirage lim­ité sous presse typographique

*

Je la vois
à l’intérieur de sa chair
amour dont le silence
est la seule parure

La nuit l’enveloppe
sans la cerner
comme une main
le ferait d’un visage

Au matin
elle donne ce qu’elle est
sans effusion
comme on respire.

in Quelques ros­es pour ton jardin, Ate­lier de Grou­tel, 2011
Tirage lim­ité sous presse typographique

*

Tu entres
au cœur de l’espace
comme dans un nid
où tu poserais les ailes

Un duvet de rose
à tes pieds
pour te consoler
du poids de la terre

Et tou­jours
autour de toi
cette douceur de l’air
qui te dit
que toute chose
est habitable
ici-bas.

in Le temps d’ici, édi­tions Rhubarbe 2013.

*

Nous aimons tou­jours pour la pre­mière fois
l’œil plein d’un pre­mier soleil à venir

Le réel nous soulève au-dessus des herbes
là où vien­nent boire les bêtes
du cœur des sources

Une coulée d’air nous retient
entre deux visages
comme une parole en route vers la mer.

Nous aimons tou­jours pour la pre­mière fois.

in Le temps d’ici, édi­tions Rhubarbe 2013.

*

C’est un petit jour
qui rayonne
du peu qu’on lui demande

Juste assez
pour le bon­heur du dos
et l’allant de la marche

On suit la route
qui va d’elle-même
où il faut aller

Sem­blable au panier
que l’on porte

Si on lui demandait plus
où irait-on ?

 (inédit)

*

Entre rire silence et pensée
nous ne savons ce qui s’écrit

La magie se donne sans filet
dans l’afflux des vagues

Elle passe pour passer 

Nous rejoint parfois
où nous sommes.

(inédit)

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