Errance qui vide qui rend sourd où le monstre vit soudain du seul alignement des mots sur la
page de la mécanique des pas l’un devant l’autre dans une rue sans importance pour aller nulle
part où la bouche ne parle plus de moi de toi ne demande rien ne fait plus supplique sourit dans
une sorte de corps démembré qui est perdu mais sans tristesse sans la rédemption des larmes
qui avance mais comme on recule qui tourne dans les phrases en vain qui ne croit en rien ne
veut rien ne continue que pour les mots que pour le mot errance qu’on préfère au mot oubli.
L’oreille dans le cœur
Quand je ferme les yeux & trébuche
au détour de mes pensées je vois
tout ce que j’aime hors
langue
Le cœur battant d’un chien sous un pelage lisse
la dispersion véloce des loriquets
le rire crépitant d’un enfant
la musique de Ravel & son silence ravageur
la clameur de Khalo & celle de Basquiat
Chaque nuit je retourne
aux forêts pillées billabongs asséchés brumbies
traqués nuages labourés paroles de lumière
boules de feu & tempêtes aux chemins qui bifurquent à l’automne
qui s’embrase & au relent d’une toison détrempée
À chaque aube tardive le rythme est
délié
J’aime l’odeur de l’encre qui me recouvre l’effleurement du papier
Je convoite l’obscurité pour sa quiétude ses sensibles
fantômes
Même si je les connais les mots ne me connaissent pas
Les mots et moi ne partageons plus les mêmes lexiques
Lettres sauvages voyelles discordantes consonnes dures
L’alphabet est informe litière grattante
À travers l’énigmes des mots la mort se trémousse parfois ricane
mais sa grimace ne peut certes être éphémère
Je me suis autrefois trouvée dans une autre langue
À présent je me découvre hors du langage
car les mots ne conçoivent ni le corps ni l’oreille dans le cœur
Je me trouve dans les artères palpitantes de l’existence
Le langage est un bûcher
mes poumons ont soif d’air
dont ils ont été privés
J’aspire au souffle cherche à tâtons la forme endormie à mes côtés
caresse le pelage qui s’anime dans la lumière naissante
Un Cassican flûteur éclate en trilles
Le chien s’éveille tourne la tête scrute mon visage
J’inspire offre une caresse & ensemble nous nous pressons dans le vent rugissant















