Dominique Hecq, Hors-lieu et autres poèmes

Par |2026-05-06T11:03:13+02:00 6 mai 2026|Catégories : Dominique Hecq, Poèmes|

Errance qui vide qui rend sourd où le mon­stre vit soudain du seul aligne­ment des mots sur la 
page de la mécanique des pas l’un devant l’autre dans une rue sans impor­tance pour aller nulle 
part où la bouche ne par­le plus de moi de toi ne demande rien ne fait plus sup­plique sourit dans 
une sorte de corps démem­bré qui est per­du mais sans tristesse sans la rédemp­tion des larmes 
qui avance mais comme on recule qui tourne dans les phras­es en vain qui ne croit en rien ne 
veut rien ne con­tin­ue que pour les mots que pour le mot errance qu’on préfère au mot oubli.

 

L’oreille dans le cœur

Quand je ferme les yeux & trébuche
au détour de mes pen­sées      je vois 
tout ce que j’aime hors 
                              langue 

Le cœur bat­tant d’un chien sous un pelage lisse
la dis­per­sion véloce des loriquets 
le rire crépi­tant d’un enfant 
la musique de Rav­el & son silence ravageur 
la clameur de Kha­lo & celle de Basquiat 

Chaque nuit je retourne 
aux forêts pil­lées      bill­abongs asséchés      brumbies
traqués      nuages labourés      paroles de lumière 
boules de feu & tem­pêtes      aux chemins qui bifurquent      à l’automne 
qui s’embrase & au relent d’une toi­son détrem­pée 

À chaque aube tar­dive      le rythme est 
                                         délié 

J’aime l’odeur de l’encre qui me recou­vre      l’effleurement du papi­er 

Je con­voite l’obscurité pour sa quié­tude      ses sen­si­bles
fan­tômes  

Même si je les con­nais      les mots ne me con­nais­sent pas 

Les mots et moi ne parta­geons plus les mêmes lex­iques 

Let­tres sauvages      voyelles dis­cor­dantes      con­sonnes dures 

L’alphabet est      informe       litière      grat­tante

À tra­vers l’énigmes des mots      la mort se tré­mousse       par­fois ricane 
mais sa gri­mace ne peut certes être éphémère 

Je me suis autre­fois trou­vée dans une autre langue 

À présent je me décou­vre hors du lan­gage     
car les mots ne conçoivent ni le corps ni l’oreille dans le cœur 

Je me trou­ve dans les artères pal­pi­tantes de l’existence 

Le lan­gage est un bûch­er 
                            mes poumons ont soif d’air 
                                                         dont ils ont été privés

J’aspire au souf­fle      cherche à tâtons la forme endormie à mes côtés 
caresse le pelage qui s’anime dans la lumière nais­sante 

Un Cas­si­can flû­teur éclate en trilles 

Le chien s’éveille      tourne la tête      scrute mon vis­age 

J’inspire      offre une caresse      & ensem­ble nous nous pres­sons      dans le vent rugissant

Présentation de l’auteur

Dominique Hecq

Née en Bel­gique, Dominique Hecq est roman­cière, poète, nou­vel­liste, essay­iste et tra­duc­trice. Après des études de Philolo­gie Ger­manique, elle est par­tie à Mel­bourne pour rédi­ger un doc­tor­at sur l’exil dans la lit­téra­ture aus­trali­enne. Hecq écrit en anglais et en français sur la terre du peu­ple Wurundjeri.

Bibliographie 

Son œuvre com­prend un roman, six recueils de nou­velles et dix-neuf ouvrages de poésie, dont Pistes de rêve, qui parut en ver­sion bilingue chez Tran­signum en 2024. Errances vient de sor­tir en ver­sion trilingue chez Recent Work Press.

Par­mi de nom­breuses dis­tinc­tions, Dominique Hecq a obtenu le Mel­bourne Fringe Fes­ti­val Award d’écriture, le Woo­ril­la Prize pour la nou­velle, le New Eng­land Review Prize de poésie, la Martha Richard­son Medal de poésie et le prix AALITRA pour la tra­duc­tion lit­téraire (espag­nol-anglais). Elle a égale­ment reçu le prix inter­na­tion­al des meilleurs poètes admin­istré par le Cen­tre Inter­na­tion­al de Recherche et de Tra­duc­tion en col­lab­o­ra­tion avec l’A­cadémie Inter­na­tionale des Arts et Let­tres et, plus récem­ment, le prix James Tate pour la poésie. 

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