Ours Hardy, La Brise de Christian Bobin et autres poèmes

Par |2026-05-06T10:51:07+02:00 6 mai 2026|Catégories : Ours Hardy, Poèmes|

La brise de Chris­t­ian Bobin

il Mur­mure
                        un souf­fle de lumière finale
                        depuis son lit d’hôpi­tal          
à bas bruit

je suis resté arrimé à la pre­mière page
sus­pendu         tout le tra­jet du RER

Je suis resté rêveur
ailleurs            tout le tra­jet du RER

Il a fait de ce tra­jet     un voy­age
de ma las­si­tude           un souffle 
                                   con­tem­pla­tion vagabonde
                        par-dessus le monde

la pre­mière balle de ce sniper douceur
a mis dans le mille
dès la pre­mière page

et il y a aus­si Schu­bert entre nous
et il y a Bach au-dessus de nous

une seule page de cette lueur
                                               qui s’éteint

est plus large que la vie          elle ouvre

 

le bais­er de l’hélice (ADN)

 il n’a pas uniquement
la beauté inerte
des algues serpentines
endormies
enroulées sur la plage
et roulées
re-roulées
par le ressac

il est aus­si message
il est code
            dans l’e­space
            et dans le temps

son mes­sage
algo­rithme universel
choré­gra­phie orchestre
des mil­liers de
musiciens-danseurs-réactions-physico-chimiques
qui sont nous-en-un   
tel que l’on est
                        aujour­d’hui
tel que l’on a été         avant
                                  un peu
tel que l’on sera          dans le futur
                                   un peu
                                   peut-être
à tra­vers le temps
à tra­vers le passé
à tra­vers le futur
dans l’arc ten­du du temps
de la nuit infinie du passé
à la nuit intran­quille du futur

                                   

Dehors la nuit 

la nuit s’ap­puie à ma fenêtre

elle n’est pas pure
                     pas nette
un peu trouée de lueurs

et elle est chargée
                     de tout ce que l’on ne voit pas

ma nuit noire est blanche

parce que je suis noir
                                 négatif inver­sé

dans le bleu de la nuit

elle n’est pas l’obscurité
                                la lumière y brille dix-mille carats

mais moi je rêverais tant de boire
                                 une dernière gorgée de nuit absolue

 

Café

dans ce bar
à l’éclairage réaliste
entre lumières et lumières
le café fort et amer
réus­si pour­tant à adoucir
le fond de ma gorge sèche et rêche
Il est bon aussi
et Il réchauffe mon amertume
de ces fêtes de fin d’année
la saint Cola
la saint Con­so aussi
et leurs lumières à pail­lètes vulgaires
cela ne me con­sole pas
ce n’est pas la bonne sai­son pour me consoler
Les enfants sont grands maintenant
c’est eux qui scintillaient
por­taient la vigueur et la lumière
avec le café
Le Gars fait aller

 

RER du soir

sur les fenêtres écrans noirs
du train du soir
ne brille que la lueur éparpillée
d’éclairages urbains
            comme une lune de glace
            frag­men­tée
                        en un bouquet
                                               de bulles
                                                           de lumière triste

Présentation de l’auteur

Ours Hardy

Ours Hardy est chercheur au CNRS (géné­tique molécu­laire) et dans ce cadre il pub­lie régulière­ment dans des jour­naux spé­cial­isés sci­en­tifiques. En miroir, il est fasciné par la pos­si­bil­ité de sépar­er le rationnel de la logique, qu’il aime explor­er dans un envi­ron­nement absurde ou irra­tionnel ou poé­tique. Sous l’in­flu­ence d’Apol­li­naire, des dadaïstes, d’Hen­ri Michaux, du groupe de l’Oulipo mais aus­si de Chris­t­ian Bobin et de la poésie con­tem­po­raine, il écrit depuis peu des textes soit sous con­traintes (Oulip­i­en) soit de poésie con­tem­po­raine urbaine (comme c’est le cas ici).

Bibliographie 

Depuis env­i­ron deux ans, Ours Hardy s’est lancé dans l’écriture de textes “poé­tiques” sur Insta­gram (#ours.hardy), dans des revues (HELAS, OUPOLI, La Page Blanche, 1PPECQ, L’Éponge, Cour­ri­er Indésir­able), sur le site des édi­tions Frac­ture, ain­si que dans un recueil col­lec­tif, “TRAM-ES” (poésie dans la ville) aux édi­tions du BUNKER (09/04/2026). Enfin, 2 recueils de poésies (un Oulip­i­en et un de poésie con­tem­po­raine) sont en cours d’édi­tion dans deux maisons d’édi­tion indépendantes.

Autres lec­tures

[print-me]

Sommaires

Aller en haut