La brise de Christian Bobin
il Murmure
un souffle de lumière finale
depuis son lit d’hôpital
à bas bruit
je suis resté arrimé à la première page
suspendu tout le trajet du RER
Je suis resté rêveur
ailleurs tout le trajet du RER
Il a fait de ce trajet un voyage
de ma lassitude un souffle
contemplation vagabonde
par-dessus le monde
la première balle de ce sniper douceur
a mis dans le mille
dès la première page
et il y a aussi Schubert entre nous
et il y a Bach au-dessus de nous
une seule page de cette lueur
qui s’éteint
est plus large que la vie elle ouvre
le baiser de l’hélice (ADN)
il n’a pas uniquement
la beauté inerte
des algues serpentines
endormies
enroulées sur la plage
et roulées
re-roulées
par le ressac
il est aussi message
il est code
dans l’espace
et dans le temps
son message
algorithme universel
chorégraphie orchestre
des milliers de
musiciens-danseurs-réactions-physico-chimiques
qui sont nous-en-un
tel que l’on est
aujourd’hui
tel que l’on a été avant
un peu
tel que l’on sera dans le futur
un peu
peut-être
à travers le temps
à travers le passé
à travers le futur
dans l’arc tendu du temps
de la nuit infinie du passé
à la nuit intranquille du futur
Dehors la nuit
la nuit s’appuie à ma fenêtre
elle n’est pas pure
pas nette
un peu trouée de lueurs
et elle est chargée
de tout ce que l’on ne voit pas
ma nuit noire est blanche
parce que je suis noir
négatif inversé
dans le bleu de la nuit
elle n’est pas l’obscurité
la lumière y brille dix-mille carats
mais moi je rêverais tant de boire
une dernière gorgée de nuit absolue
Café
dans ce bar
à l’éclairage réaliste
entre lumières et lumières
le café fort et amer
réussi pourtant à adoucir
le fond de ma gorge sèche et rêche
Il est bon aussi
et Il réchauffe mon amertume
de ces fêtes de fin d’année
la saint Cola
la saint Conso aussi
et leurs lumières à paillètes vulgaires
cela ne me console pas
ce n’est pas la bonne saison pour me consoler
Les enfants sont grands maintenant
c’est eux qui scintillaient
portaient la vigueur et la lumière
avec le café
Le Gars fait aller
RER du soir
sur les fenêtres écrans noirs
du train du soir
ne brille que la lueur éparpillée
d’éclairages urbains
comme une lune de glace
fragmentée
en un bouquet
de bulles
de lumière triste















