Vincent Puymoyen, La Mare dans l’homme

Par |2026-05-06T10:58:35+02:00 6 mai 2026|Catégories : Poèmes, Vincent Puymoyen|

Qui a vu
la nuit
la mare dans l’homme
et la lune posée
sur le bord

La cat­a­stro­phe surgit
l’abîme s’ouvre
comme gueule de fauve
tu con­stru­is des passerelles
de brindilles inflammables
dont le tres­sage est sûr
crois-tu ?
allumette
gen­tille allumette

Décharg­er le temps
de sa pous­sière de plomb
pour qu’au vent de l’esprit
il claque pavillon

 

LA LAITUE

Feuille à feuille
très lentement
en quête de quelque rampante
limace elle égrène
une laitue sablier
presque arrêtée
sur le bord très aigu du temps
dans ces vertes pages souples
qui se souviennent
comme des oreilles d’éléphant
elle relit sa vie
à l’écoute
des nervures subtiles
son œil explore
le fil­igrane tendre
qui lui raconte
toutes ses années
les années belles
et les années froissées
La laitue est un livre
dont chaque page est suspendue
au bout de ses doigts
la laitue est une mémoire
main­tenant dépliée
ramassée
en un petit îlot qui roussit
comme chêne sur une pente adoucie
d’un coin de Bretagne
araignée d’amer
cœur ou cerveau disséqué
anatomie bavarde étoilée
sur les carreaux
de la toile cirée

 

LES MORTS DE SIESTE

 A la cam­pagne, là où l’herbe est tassée, on voit la trace des sar­cophages lais­sés par les morts de 
sieste, langés de rêves, invis­i­bles à ceux dont les yeux s’étonnent devant la trace foulée de leur 
som­meil. Ce sont des morts rapi­des et acci­den­telles, des morts heureuses, comme le souffle 
print­anier qui dis­perse le pis­senlit. Ces promeneurs dis­parus habitent le par­adis ver­doy­ant et fleuri 
où sont allées buis­son­ner leurs âmes paresseuses et libres. Le poète aimerait habiter un de ces 
sar­cophages, mais ils ne pro­tè­gent désor­mais ni de la pluie, ni de tout jet de hallebardes.
Cherchez  si vous voulez les morts de sieste, vous les retrou­verez peut-être sur les hautes branches.

 

 

Par­fois ma peau se retire comme une mer
chargée d’effluves et de parfums
et de mousseuse bière
elle emmène dans son salut
des armées oubliées sur un tapis
et décou­vrant la nue dévas­ta­tion du temps
elle chante comme l’écume
avec triste fanfare
et refoule­ment sourd de tambour

ANATOMIE REBELLE

Ce matin mes organes, lassés d’accomplir leur office quo­ti­di­en, ont décidé d’abandonner la 
machine qu’ils ser­vaient depuis plusieurs décen­nies. L’estomac est le pre­mier à s’émanciper, il va 
désor­mais vivre sa vie, heureux d’errer par les routes, en engloutis­sant au pas­sage les plantes et les 
ani­maux qui lui sont néces­saires, ou bien quelques pas­sants égarés ; et s’il a encore faim, il digérera 
les grands immeubles de la ville. Je vois mes poumons s’envoler dans le vent, et mon cerveau, 
méduse pous­sive, faire de petits bonds sur le pavé. Mes oreilles se col­lent aux parois, toujours 
curieuses. Sur le chemin, mes intestins déroulent leur réc­it interminable.
Mais mon cœur, où es-tu mon cœur ? Je te retrou­ve saig­nant encore sur la grande place vide, 
ven­tricules pal­pi­tants, tou­jours généreux de ta per­son­ne et encore à la recherche d’un emploi stable.

Présentation de l’auteur

Vincent Puymoyen

Vin­cent Puy­moyen  est né en 1970 à La Rochelle et enseigne actuelle­ment à Brest. Son entrée tar­dive en poésie n’est pas étrangère à son réen­racin­e­ment dans l’ouest, dans le Fin­istère. La décou­verte des Sur­réal­istes lors de ses années d’études a été déter­mi­nante, mais la poésie de Mal­lar­mé est sans doute pour lui l’expérience la plus forte, non pas comme enfer­me­ment dans une forme sépul­crale, mais comme fécon­dité spirituelle.

Il a égale­ment écrit un cycle de qua­tre romans noirs pub­liés aux édi­tions Ova­dia, met­tant en scène un enquê­teur mené moins par sa rigueur pro­fes­sion­nelle que les limbes de son incon­scient. A paraître, chez le même édi­teur, une romance som­bre inti­t­ulée Veron­i­ca.

Bibliographie 

Poésie

Anatomies bur­lesques, dans la Revue lit­téraire, édi­tions Léo Scheer, numéro 76, jan­vi­er 2019

« Con­ju­gale embardée », Le recours au poème, n°204, sep­tem­bre 2020

Flaques océaniques, Encres blanch­es n°807, Encres vives, jan­vi­er 2021

« Effrac­tion du print­emps » dans la revue Poésie pre­mière, n°80, sep­tem­bre 2021

Hautes fréquences, Encres blanch­es, Encres vives, décem­bre 2022.

Frag­iles agilités sur un monde éboulé, Spered Gouez, octo­bre 2024

Trois anatomies, Oupoli, févri­er 2025

Cré­pus­cules déglin­gués, Oupoli, octo­bre 2025

Roman

Cycle de romans policier/réalisme mag­ique « les enquêtes de Gonzo »,  aux édi­tions Ovadia

  1. Le car­ré par­fait, édi­tions Ova­dia, avril 2023
  2. Le manoir, édi­tions Ova­dia, avril 2023
  3. Con­stance ou le ver­tige, édi­tions Ova­dia, novem­bre 2023
  4. La ligue du bol fumant, édi­tions Ova­dia, novem­bre 2024

A paraître :

Veron­i­ca, édi­tions Ova­dia, juin 2026

Sites de référence

page face­book : https://www.facebook.com/vincent.puymoyen

page auteur des édi­tions Ova­dia : http://www.leseditionsovadia.com/auteurs/850-vincent-puymoyen.html

émis­sion radio­phonique pour RCF, « Voy­ages en réc­its »  : https://youtu.be/a3LhEBLK-yc

Revue en ligne Le recours au poème, Flaques océaniques : https://www.recoursaupoeme.fr/vincent-puymoyen-flaques-oceaniques/

Revue en ligne OUPOLI, Trois anatomies : https://oupoli.fr/2025/02/vincent-puymoyen-trois-anatomies/

et https://oupoli.fr/2025/10/vincent-puymoyen-crepuscules-deglingues/

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