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Vincent Puymoyen, Flaques océaniques

Par |2020-09-07T10:12:21+02:00 6 septembre 2020|Catégories : Poèmes, Vincent Puymoyen|

 

CONJUGALE EMBARDÉE

A grandes enjam­bées
Par orages et trouées
Flaques océa­niques
Et conti­nents de boues
Ton noir trans­at­lan­tique
Ignora le récif
Et la masse cri­tique.

Tu te réveilles tard
Sur un triste billot
Tu palpes la nuit noire
Adieu la reli­gion
Et les sourdes antiennes
Ta lente expi­ra­tion
Raclait le sol pier­reux
Amolli autre­fois
Par des galets vicieux
D’une couche nup­tiale.
Vois ton amour dévot
Tomber sous les étoiles.

Tu te réveilles enfin
Tu ras­sembles tes os
Tu sai­sis le falot
Vive la déri­sion
Des cimes assas­sines !
Et ta lente ascen­sion
Éloigne le des­tin,
Adoucie quel­que­fois
Par le bal­let joyeux
De fleurs lui­santes et vagues.
Vois ton amour nou­veau
Glisser sur les étoiles !

 

 

 

NOCES

Noces
N’ose
N’os
La chair de la mariée
Sonne mol­le­ment

 

 

DANS LE BLEU

Dans le bleu se cachent
Les auréoles de jeu­nesse
La jambe agile se lâche
Afin qu’aujourd’hui naisse
La gaze halée de ta face
Sur un par­che­min tiède
Et doux, que se défasse
L’étau de ta cuisse laide
D’avoir refu­sé l’ardeur
De ma vie brû­lante
Prise dans ta froi­deur

 

 

 

ET SI

Et si cette vie
Éviscérée
Cette vie serait
La balle arron­die
Et rebon­dis­sante
De ta rêve­rie
Bulle
D’un môle où brille le phare
De ton aller simple

Par marée mon­tante
La mer en allée
Bave sur les rochers
Et donne une claque
Au phare avan­cé

 

 

EAU CRITIQUE

Mon œil à la dérive
chien cre­vé gueule ouverte
Sur la pente du crois­sant lunaire
Rassemble quelques images
Volées à la vie tiède
En un bou­quet déca­dent.

C’est la plainte inau­dible
Des hori­zons trans­lu­cides
Où se perd l’enfant morne.

Piquées dans le fruit mûr de ta tris­tesse
Quelques fleurs renaissent et explosent
Comme des astres qu’oppresse
Le vide où elles sont encloses.

Ma fête et ses flon­flons
S’anime en petit comi­té
De bes­tioles iro­niques
Qui trinquent dans l’ombre
D’un grand clown sans espoir

 

 

PIRATERIE

La toile déli­cate qu’inconséquemment –  c’est toi
tu tisses jour et nuit pour attra­per la note rare

                                   vient d’être cre­vée

par un bou­let véloce tiré par un pirate
ce n’est pas pitre­rie hélas il ne rit pas bien
ce bou­let railleur comme le crâne d’Holbein
Ambassadeur pres­sé du nou­veau monde !
Météorite tom­bé dans mon jar­din
tu pèses sur les oignons – les miens –
prêts à éclore du pota­ger
Il n’y aura pas de fleurs !
Le poète se dit alors
que c’était bien la peine d’œuvrer pour le sub­til
                                                              au milieu des bombes
Tu peux tra­vailler autant que tu le peux l’élasticité du poème il ne sera jamais jamais et non jamais
                                                                                                    éti­ré
comme la fronde du pos­tier qui rend le pro­jec­tile à l’envoyeur
ni hamac assez solide pour repo­ser au-des­sus des décombres sous la main du vent
Non tu ne seras pas ven­gé
injuste retour des choses
Entre bou­let et toile d’araignée
il n’y a pas d’équité

Alors il fau­dra tro­quer la soie fra­gile
contre le rêche fil de chanvre
Relancer la cor­de­rie
hisse hisse haut mate­lot et fort il est l’heure
d’installer la nou­velle enca­blure
qui sou­tient le grée­ment com­pli­qué
de tes rêves impos­sibles

 

 

Présentation de l’auteur

Vincent Puymoyen

Vincent Puymoyen est né en 1970 à La Rochelle et enseigne actuel­le­ment à Brest, sa ville d’adoption. Il écrit depuis long­temps des poèmes d’inspiration variée. Si la poé­sie est une chose sérieuse, il sait qu’elle est avant tout expé­rience et liber­té. Expérience car elle est une trace de vie, acci­den­telle par­fois. Liberté car elle se rit, comme le vou­lait Verlaine, de l’éloquence et de la pose. Araignée déso­rien­tée mais néan­moins patiente, elle cherche à tis­ser une archi­tec­ture invi­sible et secrète à tra­vers les mots et les évé­ne­ments.

Vincent Puymoyen a publié quelques poèmes, sous le titre Anatomies bur­lesques, dans La Revue lit­té­raire (édi­tions Léo Scheer), n°76,  jan­vier 2019.

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