> Max Alhau, Marie Alloy, En cours de route

Max Alhau, Marie Alloy, En cours de route

Par |2018-06-05T07:27:50+00:00 3 juin 2018|Catégories : Essais & Chroniques, Marie Alloy, Max Alhau|

Tu es mon­té plus haut
que la cime des arbres :
ce n’était pas le ciel
mais un espace sans nom
qui te ren­voyait
vers des visages enfouis
au creux de leur absence.

Prélude sans aucun doute
à quelque orage en germe
et qui met­trait le feu
à une tra­ver­sée
aus­si brève qu’illusoire.

Max Alhau, En cours de route, Peinture de Marie Alloy, L’herbe qui tremble 2018, 120 pages 14 €

 

Avec des mots simples que ne cherchent ni la rime ni l’espoir, l’homme Max Alhau pose son regard de l’autre côté. Le théâtre est désert. Les cou­leurs, formes et pers­pec­tives du rêve éveillé s’effacent. Les images s’éparpillent.

Ce qu’il reste, un mot lais­sé en blanc qui n’attend plus rien après.

Même l’avenir devient légende. 

Porté par l’intelligence d’une vie, celle des années lumière, Max Alhau nous offre là de belles pages blanches. Celles d’une  éter­ni­té qui com­mence à la source, avec le vent, avec ton visage, qui se pour­suit avec le silence qui te nomme. Une éter­ni­té que tu habites, parait-il,  qui pour­rait s’achever, éclair dis­per­sé dans le ciel.

Pour res­sen­tir ce qui se cache der­rière l’absence (thème cher au poète), nous tra­ver­sons des pay­sages, de vie et de papier, espaces sans nom, pré­mices de terres incon­nues, admi­ra­ble­ment repré­sen­tés par Marie Alloy. Nous voi­là hap­pés par cette réso­nance entre la peintre et le poète. Nous sommes prêts pour la dis­pa­ri­tion des mondes.

Pour que l’écho aus­si rede­vienne parole, pour qu’avant l’arc-en-ciel la pluie devance la lumière
Pour que toi aux confins du cos­mos tu ne perdes jamais le goût de l’éternité.
Pour que tu sois, invi­sible, celle qui donne à l’aube le droit d’écarter à jamais la nuit.

Ce recueil est  celui d’un veilleur. Il sculpte nos inter­ro­ga­tions et ses jeux d’ombre et de lumière éclairent l’exilé en nous, pas­sa­gers absents de ce voyage. 

Quand les choses 
et les visages s’éloignent
il n’y a que les mots
pour bar­rer la route
à l’absence, à l’oubli
pour ouvrir la voie
à des terres fabu­leuses
où les choses, visages
confondent la dou­leur

Pris par le mou­ve­ment de l’en-cours, che­min fai­sant sur les hau­teurs de l’être, loin de nous la danse flam­boyante des éphé­mères, si proche le vent et la lumière, les racines de la mémoire… nous appro­chons du réel.

Les forêts, les ruis­seaux, les val­lées, tout ce qui se nomme réa­li­té, tout cela n’est plus qu’image tra­ver­sant le regard inté­rieur, mirage appro­ché de trop près.

C’est un autre pay­sage /​ qui s’impose trans­pa­rent /​ comme à l’écart.

En cours de route fait vivre en nous l’enfant du silence. Il nous encou­rage à récol­ter l’invisible. l’auteur des­cend, grave, dans les pro­fon­deurs de la parole, sans jamais quit­ter les hori­zons. Ainsi nait une autre his­toire. Celle qui se voile pour que l’autre se dise, joyeuse et libre, par la grâce solaire de la pré­sence.

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Brigitte Maillard

auteur/​poète inter­prète. Après des études de lettres une vie de comé­dienne, puis de tra­vailleur social en pro­tec­tion de l’enfance, elle s’oriente dés 2004 vers la poé­sie et la chan­son. Un acci­dent de vie rela­té dans son auto­bio­gra­phie poé­tique parue en 2015  A l’éveil du jour  fait de la poé­sie un che­min d’éveil. Après le site Monde en poé­sie «  Pour que vivent la poé­sie, le monde et les mots pour le dire », elle crée Monde en poé­sie édi­tions [édi­tion 2017 de « Toiles bre­tagnes » Christian Saint-Paul, «  Le Cercle de l’Aurore »   Sylvie Méheut » et René Le Corre « Une trace de rosée »]. La simple évi­dence de la beau­té, Soleil vivant soleil – pré­face Michel Cazenave -, A l’éveil du jour sont ses pre­miers livres : « De la beau­té vers l’amour, le soleil retrou­vé, jusqu’à la nais­sance du jour, notre mer­veilleux. La parole est un lieu de renais­sance. » Parait en juillet 2017 « L’au-delà du monde » aux édi­tions librai­rie Galerie Racine, Prix de Poésie 2017 Les Gourmets de lettres sous l’égide de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse.

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