> Dominique Sorrente, Les gens comme ça va

Dominique Sorrente, Les gens comme ça va

Par | 2018-01-26T09:49:32+00:00 26 janvier 2018|Catégories : Critiques, Dominique Sorrente|

 

A l’adresse de mes « frères humains » (François Villon)
« Des gens comme ça va » si étranges par­fois qu’il me, qu’ils nous res­semblent.
« Ainsi aller au cœur, en suite de poèmes, au plus près de la part secrète,
dans cette com­mu­nau­té de des­tin mal­me­née qui nous relie »

 

Ils sont les gens, les autres. On dit ça va. Un par­mi. Écoutez le cœur. Et il y a pour eux. Le ciel pour cette joie.

Un mou­ve­ment en 7  cha­pitres pour peut-être dire où l’on va, seul avec les autres. Ce livre est né, nous dit l’auteur, au len­de­main des atten­tats du 7 jan­vier 2015 à Paris.

Le poème sera la main ten­due au bord du gouffre. Hymne fervent, Les gens comme ça va nous regardent. Le récit est riche, et si notre huma­ni­té nous échappe, lais­sons-nous entre­prendre par ce voyage. Une pre­mière ques­tion, essen­tielle :

Dominique Sorrente, Les gens comme ça va, Cheyne, 2017, 87 pages, 17 €.

Dominique Sorrente, Les gens comme ça va, Cheyne, 2017, 87 pages, 17 €.

A quoi peut-on res­sem­bler
sur l’autre ver­sant des corps ?
Demandent les gens obs­ti­né­ment
à l’eau du fleuve. 

C’est le point de départ de cette marche où, sin­gu­lier, nous allons nous côtoyer, nous devi­ner frères.

Parfois ils se recon­naissent,
par­fois ils s’ignorent
peut-être se sont-ils trop long­temps per­dus de vue (…)

Parfois, ils ont l’air ailleurs, dans un recoin du jour,
ils ont tro­qué
l’agitation sor­dide contre le silence des herbes,
ça fait toute une occu­pa­tion.

Comme l’art de fixer sur le dos de la main
un bref ins­tant de coc­ci­nelle. 

La ronde serait-elle enfan­tine, tant l’évocation de nos atti­tudes sonnent et tré­buchent : jusqu’au ciel. Tel un mou­ve­ment, cir­cu­laire, encore un que l’ennemi n’aura pas, qui se retourne sur lui-même en un éclat de joie ?

Mais il y a pour eux : La neige aus­si. Elle donne le droit /​ de tra­ver­ser le champ, /​ parce qu’elle a recou­vert /​ les ter­ri­toires et les limites /​ et qu’on marche d’un pas appli­qué /​ sans bles­ser les pousses.

Il y en a de toutes les cou­leurs, des gens comme ça va, un peu balourds, un peu fluets /​ tan­tôt sûr de leurs coups, tan­tôt /​ débous­so­lés. Chacun entre­ra dans la danse, construi­ra son puzzle, fera tom­ber le masque et l’inattendu sur­gi­ra.

Le poète, un par­mi les gens comme ça va veille : Mi-février conver­sa­tion  de près avec le mimo­sa …

Ici les gens deviennent plus proches. Espace de ren­contre, le livre (si intense) nous relie. Le poète Dominique Sorrente espère avec nous. Ce matin c’est à toi que je parle. /​ Rien qu’à toi.

Ils ont trou­vé sur une éta­gère du cou­loir
un livre que plus per­sonne ne lit,
dans ce livre entre deux pages, une vieille image pliée 
où sont écrits ces mots en rouge et gris,
per­dus dans une flamme : 
elle ne sait plus qu’aimer.

Ils en sont quittes pour un bai­ser durable.

Ils rient : encore un 
que l’ennemi n’aura pas.

Le ciel pour cette joie fait une roue dans l’eau.

Ils sont les gens comme ça va.

Ce recueil est envou­tant, pré­cis. Il écoute le cœur des gens. Avec  lui, nous avan­çons jusqu’au bord, léger de tout cet incon­nu qui penche et nous appelle.

 

mm

Brigitte Maillard

auteur/​poète inter­prète. Après des études de lettres une vie de comé­dienne, puis de tra­vailleur social en pro­tec­tion de l’enfance, elle s’oriente dés 2004 vers la poé­sie et la chan­son. Un acci­dent de vie rela­té dans son auto­bio­gra­phie poé­tique parue en 2015  A l’éveil du jour  fait de la poé­sie un che­min d’éveil. Après le site Monde en poé­sie «  Pour que vivent la poé­sie, le monde et les mots pour le dire », elle crée Monde en poé­sie édi­tions [édi­tion 2017 de « Toiles bre­tagnes » Christian Saint-Paul, «  Le Cercle de l’Aurore »   Sylvie Méheut » et René Le Corre « Une trace de rosée »]. La simple évi­dence de la beau­té, Soleil vivant soleil – pré­face Michel Cazenave -, A l’éveil du jour sont ses pre­miers livres : « De la beau­té vers l’amour, le soleil retrou­vé, jusqu’à la nais­sance du jour, notre mer­veilleux. La parole est un lieu de renais­sance. » Parait en juillet 2017 « L’au-delà du monde » aux édi­tions librai­rie Galerie Racine, Prix de Poésie 2017 Les Gourmets de lettres sous l’égide de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse.

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