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Passage en revue : Mange Monde

Par |2018-10-23T20:29:40+00:00 2 septembre 2013|Catégories : Revue des revues|

 

Les édi­tions Rafael de Surtis publient depuis plus de quinze ans de beaux livres cou­sus et pliés main, à l’image de la revue Mange Monde. Paul Sanda, poète et ani­ma­teur des édi­tions a tou­jours aimé et déve­lop­pé des revues, que l’on pense à Pris de Peur autre­fois et à son acti­vi­té de redé­cou­verte du sur­réa­lisme contem­po­rain et/​ou sou­ter­rain, en proxi­mi­té de la revue Supérieur Inconnu de feu Sarane Alexandrian. Ces aven­tures font par­tie, si l’on veut, du « monde de la poé­sie », par néces­si­té ou acci­dent sans doute, mais elles s’inscrivent aus­si dans une autre his­toire, celle d’un regard dévoi­lé sur le réel, et de cela la poé­sie est un des moyens ou bien l’un des modes opé­ra­toires. Il en est d’autres, et ils ne sont pas for­cé­ment incom­pa­tibles. Paul Sanda ne s’est sans doute pas ins­tal­lé à Cordes sur Ciel, en plein pays cathare, sous l’égide de Saint Michel, pour rien. La poé­sie, ici, est plus que de la poé­sie, elle touche au plus de réel autre­fois reven­di­qué par le sur­réa­lisme, un sur­réa­lisme que l’un des cor­res­pon­dants habi­tuels de Mange Monde, Patrick Lepetit, a récem­ment rat­ta­ché aux cou­rants sou­ter­rains de l’ésotérisme occi­den­tal, en un essai fort convain­cant.

L’un des membres fon­da­teurs de Recours au Poème a publié ses pre­miers livres chez Rafael de Surtis, contri­bué à Pris de Peur, ani­mé une petite col­lec­tion dédiée à la fic­tion et coor­don­né, en com­pa­gnie de Paul Sanda, une belle Anthologie de l’imaginaire, en dix volumes. C’était entre 1997 et 2000, Rafael de Surtis pre­mière époque en somme. Ce n’est donc peut-être pas entiè­re­ment un hasard si Recours au Poème croise cer­tains de ses amis, anciens ou actuels, proches ou éloi­gnés, dans la « liste » des ani­ma­teurs et des cor­res­pon­dants de Mange Monde : Marc Petit, Paul Sanda, Jean-Philippe Gonot, Jacques Basse, Nicolas Brard, Christophe Dauphin, Pierre Grouix…

Ce cin­quième opus s’ouvre sur un texte de Marc Petit, « Aube, à jamais », que l’on voit avec plai­sir fidèle à son ami­tié avec Paul Sanda. On recon­naît sa plume acé­rée et sans conces­sion avec Das System : « D’habiles Sollers exercent leur magis­tère auto­pro­cla­mé dans l’indifférence géné­rale, à com­men­cer par celle des lec­teurs. Houellebecq est dési­gné comme un nou­veau Shakespeare, le déba­gou­lage de Christine Angot com­pa­ré à un solo de vio­lon­celle. Profitant de l’ignorance et de la cré­du­li­té des nababs, une cama­rilla de singes savants réus­sit à faire prendre Jeff Koons, Damien Hirst ou Maurizio Cattelan pour des artistes ». Le reste à l’avenant. Et sur­tout : « Voilà qui nous ramène à l’aube d’été. A l’aube de tout. A cet ado­les­cent rêveur sur­pris un jour par l’étrange beau­té de quelques mots, trou­blé par eux comme par le frois­se­ment d’une robe de soie dans l’escalier. Car cela seul, cette émo­tion, suf­fo­ca­tion, est poé­sie, et tout le reste n’est que (mau­vaise), lit­té­ra­ture, n’en déplaise aux cuistres. Vous n’avez pas chan­gé, Marc Petit. Les pages de Recours au Poème vous sont ouvertes, sachez le. 

La parole est ensuite à Paul Sanda, en sa « chro­nique des temps poé­tiques actuels » en laquelle il pour­suit son com­bat jus­ti­fié, c’est le moins que l’on puisse dire, contre ce qu’il appelle « la poé­sie de patro­nage ». Il suf­fit d’avoir « lu » une fois une revue comme Décharge, pour peu que ce soit une revue, pour sai­sir ce que Sanda veut dire. On est ému aus­si à l’évocation de l’ami poète Alain-Pierre Pillet.

Le som­maire pro­pose ensuite de très belles choses, à com­men­cer par un entre­tien revi­go­rant avec Julien Blaine. Les revues des édi­tions Rafael de Surtis ont tou­jours fait la part belle à de longs entre­tiens per­met­tant de ren­con­trer véri­ta­ble­ment des poètes de « l’underground ». Vient ensuite un ensemble inti­tu­lé « Regard sur… les poètes à Voix haute », l’expression nous plaît. La hau­teur de la voix est une élé­va­tion de l’âme ou du temple, quelque chose de la troi­sième dimen­sion sans laquelle on ne per­çoit guère le réel. On lira dans ces pages des textes de Sandra Moussempès, Yves Gaudin, Dominique Massaut, Edith Azam, Benoît Bastide dit Zob, Franck Doyen et Sandrine Gironde, Pierre Soletti. Un second entre­tien pointe ensuite son nez, comme il est d’usage dans Mange Monde, cette fois avec Jean-François Bourdic, un des créa­teurs des édi­tions Les fon­deurs de briques, à Toulouse. La der­nière par­tie, « Créations actuelles », donne la parole à Frédéric Vitiello, Pierre Mironer, Eric Barbier, Almosnino, Irène Gayraud, Julien Grassen Barbe, Jean-Jacques Dorio, Alain Raguet et Michel Carqué.

Tout cela forme un ensemble de grande force, affir­mant une iden­ti­té claire et sans dis­cus­sion, avec laquelle tout un cha­cun ne sera pas en accord, on s’en fiche, le propre d’une revue est d’être… une revue. Le lec­teur ferme ces pages en se disant qu’il lira le pro­chain Mange Monde avec gour­man­dise.

 

revue Mange Monde n° 5/​juin 2013
Directeurs de publi­ca­tion : Paul Sanda et Serge Torri
Rédacteur en chef : Vincent Calvet
Editions Rafael de Surtis. 7, rue Saint Michel. 81170 Cordes-sur-Ciel.

      Le numé­ro : 15 euros.

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