Certes, je savais qu’il était un des pre­miers poètes et romanciers de langue française en Haïti : l’ul­time lec­ture ent­hou­si­aste de Mal­raux, sur son lit de mort, avait été  « Au pirip­ite chan­tant », son pre­mier recueil dont l’am­ple parole bous­cu­lait une poésie hexag­o­nale asphyx­iée à l’époque par ses pré­ten­tieux lab­o­ra­toires. Certes, depuis 2005, il assis­tait aux déje­uners parisiens du Jour­nal des Poètes.

Mal­gré tout cela, Jean Metel­lus restait une fig­ure  respec­tée mais loin­taine. Jusqu’au moment où, en 2009, au Comité des Bien­nales de poésie, nous pen­sâmes à une dou­ble prési­dence sym­bol­ique : un poète qui aurait représen­té le pays le plus riche du monde et un autre qui aurait été l’emblème du plus pau­vre de la planète. D’un côté, Jim­my Carter ; de l’autre, Jean Metel­lus. On aurait ain­si mon­tré que la poésie apparte­nait à tous, qu’elle était à la fois la force et la fragilité de l’homme. Souf­frant à l’époque et éloigné dans l’e­space, Carter, très gen­ti­ment, renonça à nous rejoin­dre. Jean, qui vivait depuis longtemps à Paris, accep­ta tout de suite.

Ce qui, durant sa prési­dence, frap­pa cha­cun fut une dou­ble et rare qual­ité : une humil­ité dis­crète con­fi­nant à la timid­ité et une extra­or­di­naire atten­tion à tous, pénétrée de la con­science du rôle à jouer. Metel­lus assis­tait à toutes les man­i­fes­ta­tions. Qua­si vingt-qua­tre heures sur vingt-qua­tre. Sa haute sil­hou­ette de grand mam­mifère farouche, son regard ultra-atten­tif, sa bien­veil­lance, la sûreté et l’é­conomie de ses pro­pos, tout cela en fit un prési­dent idéal,  hum­ble devant la poésie. Homme de con­tact mais  d’une grande réserve pudique et dont même les silences parlaient.

A par­tir de là, nous partageâmes une ami­tié solide et fidèle. Il m’en­voya ses travaux, jusqu’à son dernier livre, « Empreintes » dans lequel cet homme de la terre et des élé­ments chante l’ivresse vitale, faisant une dernière nique à une mort que, sans doute, il sen­tait venir. Tel Néru­da, le poète vieil­lis­sant évo­quait dans la jubi­la­tion ces « Odes élé­men­taires » qui, tou­jours, dans un lan­gage bien à lui, le nour­ris­saient de leur sève.

Fin juin 2013, il fit l’effort de par­ticiper avec la fidèle Anne-Marie au déje­uner parisien du Jour­nal des Poètes. Ses yeux fiévreux, son amaigrisse­ment inquié­tant en fai­saient une manière de long papil­lon de nuit qu’on aurait sur­pris en allumant bru­tale­ment une ampoule dans le gre­nier où il rêvait .

 

Mémo­r­i­al, par Josué Azor.

Jean n’est plus. A son pro­pos, on pour­rait évo­quer ce qu’An­drée Ché­did, autre grande  et belle fig­ure des Bien­nales, dis­ait de Guille­vic : «  Chez lui, on aime et admire autant l’homme que l’œuvre ».

Il n’est pas fréquent, dans un monde poé­tique qui se refroid­it, de crois­er un tel por­teur de feu. Et le cha­grin de l’avoir per­du ne sera pas mince, car tout, chez ce grand poète, était intense et vrai.

 

Jean-Luc Wauthier

Jean-Luc Wau­thi­er, né à Charleroi en 1950, est revenu, en 2008, vivre au pays du Père, l’En­tre-Sam­bre-et-Meuse de Wal­lonie (Bel­gique). Prési­dent de la Mai­son inter­na­tionale de la Poésie‑A Haulot de Brux­elles et Rédac­teur en chef du Jour­nal des Poètes, il a pub­lié quelque vingt-cinq livres.