Chantal Bizzini, Dioramas de l’enfance, (extraits)

Par |2021-09-06T18:44:44+02:00 6 septembre 2021|Catégories : Chantal Bizzini, Poèmes|

Enchan­tés

Et tout cela dans le silence
d’un autre monde,
au cœur d’un août profond
où l’on est transporté,
et, n’étaient ces ombres belles,
signes du temps qui passe,
qui ne se croirait là pour toujours ?

Ne sommes-nous pas déjà
dans l’au-delà,
exilés, morts,
dans les limbes, chétifs,
relégués au fond du Temps,
désor­mais vis­ités par le soleil seul,
enchan­tés par le merle,
gros pom­pon noir,
piqué de jaune,
qui se pose au coin du toit
et s’en va dans l’autre cour,
par­mi ses hautes plantes.

Bien­tôt c’est la nuit,
celle des fêtes clandestines
que l’on donne,
rires,
conjurant
on ne sait quoi,
bris de verre,
son à fond, pour voir,
si les murs explosent,
ou pour le fun
et les rec­tan­gles brillants
ne quit­tent pas les mains
des amis,
autour du barbecue,
éclairent, défor­ment, bleuissent
les visages
de leur lumière surnaturelle.

 

Magie

Nous voici
aux con­fins de la terre
et du temps,
sur ces îlots isolés, divagants,
et nous ne regar­dons plus en arrière
où n’est plus rien que de détruit,
ni au sol noir et stérile ;
au loin, des vagues grises,
aux creuse­ments verts, opalins,
— brume diffuse,
entre l’orange et le violacé,
nous nous perdons.
Et, plus haut, c’est le ciel, et tout l’espace
blanc, que l’on sait violé
— mais ça ne se voit pas.

Le futur est captif
de ce jour assombri.
La séparation,
où nous gisons sans souffrance,
est lente anesthésie.
Et peu importe,
puisque nous avançons encore,
amoin­dris, et persévérons,
lancés vers ce qui n’a plus nom
d’infini ou d’éternité.
Et quelle magie ! Nous voyons l’absence,
enten­dons le silence.

 

Présentation de l’auteur

Chantal Bizzini

Chan­tal Bizzi­ni, poète, tra­duc­trice et pho­tographe, vit à Paris où elle enseigne les let­tres dans le sec­ondaire, ain­si que comme tuteur à l’Université améri­caine de Stan­ford in Paris. Elle a pub­lié des poèmes, ain­si que des tra­duc­tions de poésie anglo-sax­onne — notam­ment d’Ezra Pound, Hart Crane, W. H. Auden, Adri­enne Rich, Denise Lev­er­tov, John Ash­bery, Clay­ton Esh­le­man, Quin­cy Troupe, Hen­ri Cole — ital­i­enne et por­tu­gaise dans plusieurs revues : Po&sie, Europe, Poésie, Action Poé­tique, Le Mâche-Lau­ri­er, Rehauts, Siè­cle 21, Fario. Elle a soutenu, en 2001, une thèse en lit­téra­ture com­parée por­tant sur les poètes Ezra Pound et Hart Crane, à l’Université Sor­bonne Nou­velle — Paris 3. Elle a traduit les œuvres poé­tiques com­plètes de Hart Crane, ain­si qu’une antholo­gie de poèmes d’Adrienne Rich. Ses poèmes sont traduits et pub­liés en anglais, en espag­nol, en ital­ien et en grec. Elle a com­posé égale­ment deux livres d’artistes, l’un avec le graveur Jacque­line Ricard, aux Édi­tions de l’émeraude, en 1992 : Nuit ocel­lée de la mémoire, l’autre avec le pein­tre Philippe Hélénon, aux édi­tions le bous­­quet-la barthe, en 2015 : Boule­vard Magen­ta. Son recueil de poèmes : Dis­en­chant­ed City/La ville désen­chan­tée, est paru dans une édi­tion bilingue (français / anglais) chez Black Wid­ow Press, en 2015.

Chan­tal Bizzi­ni tente égale­ment de saisir des yeux Paris, qu’elle par­court et pho­togra­phie ; elle a exposé ses pho­tomon­tages à la Galerie Annette Hus­ter (2009) : « Col­lages », à la Galerie IMMIX (2010) : « En atten­dant mieux », et ses pho­togra­phies à l’espace Car­go 21 (2011), à l’Institut des cul­tures d’Islam (2011) : « L’autre hiv­er », ain­si qu’à la Mai­son de la Grèce (2012) : « Alonis­sos inso­lite », ses pho­togra­phies et pho­tomon­tages à la Galerie Annette Hus­ter (2015) : « Choses délais­sées, lieux fra­cassés ». 

Adresse de son site per­son­nel : https://sites.google.com/site/chantalbizzini/

Elle a par­al­lèle­ment entamé une réflex­ion sur le livre illus­tré de pho­togra­phies, à par­tir de la pre­mière édi­tion de The Bridge de Hart Crane et de Walk­er Evans (Col­loque de Cerisy : 

« Car­refour Stieglitz », juil­let 2010), puis des œuvres de Roden­bach : Bruges-la-Morte, Bras­saï : Paris la nuit, et Walk­er Evans : Many are Called (Uni­ver­sité Paris 4 – Sor­bonne, avril 2011) et tout dernière­ment du roman de Sebald : Auster­litz (NYU in Paris, octo­bre 2012). Ces inter­ven­tions ont été pub­liées sous forme d’articles.

Une antholo­gie de poèmes d’Adrienne Rich : Paroles d’un monde dif­fi­cile. Poèmes 1988 — 2004, qu’elle a traduite et pré­facée, est parue en 2019 aux édi­tions la rumeur libre.

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