> Denis Hamel, Mort d’un quiétiste et autres poèmes

Denis Hamel, Mort d’un quiétiste et autres poèmes

Par | 2017-12-29T14:00:32+00:00 1 décembre 2017|Catégories : Denis Hamel, Poèmes|Mots-clés : |

Mort d’un quiétiste

 le temps comme un point
et non comme une ligne
macé­ra­tion et codéine
soleil entou­ré de flammes

les branches de l’arbre atteignent
le centre silen­cieux de la roue
le corps assas­si­né qui ne pèse plus
le man­teau de misère posé sur l’épaule

glisse à terre comme peau de ser­pent

un autre que moi-même s’éveille ce matin
les gouttes d’eau de la douche

dis­persent des années de crasse et d’ennui

mais ce qui est dépas­sé reste
encore pré­sent dans les arrière-mondes
un pont a été construit
sur lequel nous nous rejoi­gnons

je connais bien le che­min de la néga­tion
je ne me tra­his pas en t’aimant

ma main sur ta peau
atteint une véri­té

Création du poème 

remugle dans la fiole de folie
les par­ti­cules se cognent au verre
libé­rant des forces séman­tiques

dans un brou­ha­ha tel­lu­rique (ou l’inverse)

au nord d’un hameau aban­don­né
le ciel se colore d’or lam­pa­do­phore
la vision d’un trop bel aspho­dèle
réduit le chantre au rang de peintre du dimanche.

per­due et seule dans les rues de gre­nade
écra­sant du pied nu des grappes de rai­son
une encre rouge à la com­mis­sure des lèvres

la belle rit et pro­fère maintes obs­cé­ni­tés

tan­dis que les gar­çons dési­reux de briller

sac­cagent à qui mieux mieux
la plaine aus­tère d’un réci­tal
sphère juvé­nile de can­deur

Lettre-poème à Marie-Anne

(il y a un moment où il faut
ces­ser de lais­ser tour­ner
les mots dans sa tête et prendre
le tau­reau par les cornes
c’est un peu triste parce qu’on perd
beau­coup de pos­si­bi­li­tés
et on n’en choi­sit qu’une
alors c’est l’hécatombe
tout ce que j’aurais pu écrire

et qui bas­cule dans le non-dit : quel drame)
ces dix mois depuis que je te connais
toi et tes mots tes mots trou­blants
qui dans leur évi­dence et leur sim­pli­ci­té
me laissent sou­vent

entre ravis­se­ment et inquié­tude
petit à petit j’ai appris
à les voir ces mots se déta­cher de toi
même quand sou­vent tu ne dis rien
j’aime tes mots et j’aime aus­si
ta per­sonne phy­sique et tout ton corps bien-sûr
ton visage par­fois indé­chif­frable
je sais que tu as encore beau­coup à dire
et qu’il te fau­dra tra­vailler pour cela
j’essaierai de t’aider si cela est pos­sible
et je res­pec­te­rai aus­si
ton désir de soli­tude
et tes veilles hal­lu­ci­nées

accorde-moi de m’aimer sans vio­lence
avec toute la dou­ceur dont tu es capable
nous vou­lons tous évi­ter la souf­france
et l’ennui d’un para­dis sans amour
garde toi des émo­tions trop fortes
et des enthou­siasmes trop faciles
que l’amour dure le temps néces­saire

à l’accomplissement
de ce qu’il y de meilleur en nous je t’aime
et je vou­drais que notre amour
ne res­semble à aucun autre

Profession de foi

comme si je pou­vais prendre des mots
les jeter sur le papier
et faire quelque chose de beau

les gens diraient c’est bien c’est
comme si les mots étaient vivants
et depuis des années je fais comme si

écrire à par­tir de l’espérance ou son contraire
faire fleu­rir un lotus dans la boue et l’ordure

étaient des occu­pa­tions jus­ti­fiées

pour archi­ver des per­cep­tions
je fais avec peu je me pro­tège du bruit de tout
ce qui est écrit sur la pierre repose dans le végé­tal

les convul­sions du monde ne me concernent pas
Poésie nous apporte du bien à tous
sauf si quelqu’un a d’autres motifs de s’en ser­vir

 

* * *

 

Chanson du crépuscule

je reviens d’une mala­die
de l’eau crou­pie de l’air vicié
les murs étaient deve­nus gris
c’est dif­fi­cile d’exister

quand on a pas ou peu d’espoir
alors on sur­vit, plus ou moins
les années pas­sées dans le noir
seul comme un mal­heu­reux témoin

à la croi­sée des deux sen­tiers
tu étais là qui m’attendais
j’ai pris ta main tu m’as gui­dé
je suis sor­ti de la forêt

lumière de fin de jour­née
qui des­cen­dait sur mes yeux las
et pour­tant rien n’avait chan­gé
la vie pour­suit ses entre­lacs

Présentation de l’auteur

Denis Hamel

Denis Hamel est né en 1973 ; il vit et tra­vaille à Paris et lit de la poé­sie depuis 1995. Il écrit depuis 1999  et publie (peu) en revue depuis 2002. Il n’est ni avant-gar­­diste (Charybde) ni anti-moderne (Scylla). Il cherche une clai­rière dans la forêt de l’écriture.

 

© photo Isabelle Poinloup

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