Dip et ses dessins…

Par |2018-03-01T18:18:47+01:00 1 mars 2018|Catégories : Dip, Essais & Chroniques|Mots-clés : |

Dip vient de l’enfance. Il par­le à l’enfant en cha­cun de nous. Non pas l’enfant idéal d’un monde bleu et or, mais l’enfant égratigné, celui d’Alice qui court après le lapin et ren­con­tre le sourire du chat, l’enfant qui voit la lune ren­con­tr­er le soleil, et les morceaux épars se rassem­bler en un joyeux désordre.

Dessin, Dip

L’enfant qui entend une parole d’adulte éclaboussée de pluie et la capte pour en faire le miroir de son rêve. 
L’enfant qui veut savoir et n’en a ni le droit ni les moyens, qui se heurte au dis­cours des grands et le trans­forme pour le ren­dre accept­able entre chien et loup, entre père et mère, entre oiseau et sexe, entre plein et vide…qui cherche à décou­vrir pourquoi et com­ment. Pourquoi et com­ment la forme du bal­lon et celle du sein, pourquoi et com­ment le ven­tre des femmes et les crocs du chien, pourquoi l’impossible liai­son du sen­ti­ment et de l’image, du mot et des sen­sa­tions, pourquoi la soli­tude, et aus­si le regard ébloui qui accroche un lam­beau du temps, un débris d’histoire inter­rompue on ne sait com­ment, on ne saura jamais…

Dessin, Dip

Dip vient de l’enfance et ques­tionne en lais­sant aller sa lib­erté, dans un geste de lâch­er-prise, loin du cynisme de l’adulte revenu de tout, ou du moral­isme de celui qui a oublié qu’il vient d’un ven­tre, qu’il vient du sperme, qu’il vient d’un non-lieu de mémoire.

Les dessins de Dip vien­nent de la mémoire du corps, du geste, du réc­it. Ils vien­nent de la rencontre.

Et Dip, avec ses dessins, nous invite à la ren­con­tre d’un regard évanoui.

Son trait est une évi­dence éton­née. Lorsqu’il s’arrondit il sem­ble sourire, lorsqu’il se brise il espère qu’un bal­lon le rat­trapera. Si un nuage tra­verse la page, un corps s’absente par­tielle­ment comme s’absente la pen­sée lorsque vient l’extase, ou lorsque, soumis à l’effroi ou à l’indicible, l’enfant va puis­er dans le geste pour réu­nir les éclats d’une sit­u­a­tion ou les lam­beaux d’une rela­tion si insta­ble qu’elle en devient prodigieuse.

Dessin, Dip

C’est avec un trait qui puise à la source de l’innocence con­trar­iée que Dip sem­ble faire bord à la ques­tion de l’étrangeté du monde. Alors l’image d’un sexe peut côtoy­er la fleur, celle d’une mâchoire aux dents acérées ren­con­tr­er le regard ébloui d’un per­son­nage qui pour­tant, à une extrémité improb­a­ble, se fait dévor­er. Alors un oiseau peut appa­raitre dans le noir de l’encre qui se répand sur une feuille blanche.

Dip, avec sa lib­erté jail­lis­sante, autorise l’enfant qui, en nous, désire, exulte et tremble.

 

Pour Renaud Allirand/ Dip. Avec mon ami­tié affectueuse

Dessin, Dip
Dessin, Dip

Présentation de l’auteur

Dip

Né en France en 1970, Dip, alias Renaud Alli­rand, vit et tra­vaille à Ondre­ville sur Essonne, Loiret et à Paris. Depuis 1995, son tra­vail est exposé régulière­ment. Il a été lau­réat de nom­breux prix.

Livres et ouvrages parus : Rec­­to-Ver­­so, Paradix (texte d’Al­ice Braun­schweig), Erra­tum (texte de Lise Fauchere­au, édité par la Galerie Pro­dro­mus), Dip Love, Les Bis­cor­nus, Dar­ling au bain, Dar­ling à la mai­son, Dar­ling à la plage et « Bonne fête Maman » (textes Philippe Thémiot, pré­face Flo­rent Papin, aux édi­tions La tête à l’envers, 2016), il a par­ticipé au Coltin Grafik n° 1, 2 et 3 (édités par Sir­a­nouche, dessins d’artistes).

Dip alias Renaud Allirand

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Simone Molina

Poète et écrivain, Simone Moli­na tra­vaille avec des cinéastes, des comé­di­ens, et des plas­ti­ciens. Elle est invitée dans des Fes­ti­vals de poésie et donne des lec­tures avec des musi­ciens (S.Paz, P.Fayolle, T. Chem­la, J‑Y Abecas­sis…) et d’autres poètes (C. Sagot-Duvau­rox, J.L. Gio­van­noni, D. Sor­rente…). Elle a pub­lié des livres d’artistes (D. Limon, H. Ludo, B.G Lafab­rie…). Elle col­la­bore régulière­ment avec des revues de poésie en ligne. Elle a été invitée en 2017 au Fes­ti­val Tan­dem de Nev­ers pour son recueil Voile blanche sur fond d’écran, dont un extrait a été lu par Jacques Bon­naf­fé sur France-Cul­ture en mars 2017.

Psy­ch­an­a­lyste, elle a tra­vail­lé en pédopsy­chi­a­trie et dans les Ate­liers de Créa­tion de l’hôpital de Mont­favet. Ani­ma­trice d’atelier d’écriture, elle a été chargée de cours pour le Diplôme Uni­ver­si­taire d’animation d’atelier d’écriture de Marseille.

Elle ini­tie des man­i­fes­ta­tions en parte­nar­i­at avec des lieux cul­turels afin de pro­mou­voir des auteurs et des artistes. Elle est mem­bre de la Mai­son des Ecrivains et Prési­dente de l’association de psy­ch­analyse Le Point de Capiton.

Derniers ouvrages parus

  • Archives incan­des­centes, écrire, entre la psy­ch­analyse, l’Histoire et le poli­tique, pré­face B. Sto­ra, L’Harmattan, 2011 ;
  • Voile blanche sur fond d’écran, Ed. La tête à l’envers, 2016.

Livres collectifs

  • Rêves, dans His­toires minus­cules des révo­lu­tions arabes, sous la direc­tion de W. Tamza­li, Ed Chèvre-feuille étoilée, 2012 ;
  • La Cité de la pierre qui pleure, dans Une enfance dans la guerre, sous la direc­tion de Leïla Seb­bar, Ed Bleu autour, 2017 ;
  • Un exil intérieur dans L’école en Algérie 1930–62, sous la direc­tion de Mar­tine Job, Ed Bleu Autour, 2018.
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