Domi BERGOUGNOUX, Dans la tempe du jour

Par |2021-05-06T07:37:46+02:00 6 mai 2021|Catégories : Critiques, Dominique Bergougnoux|

Avec son titre évo­ca­teur à sus­citer la pen­sée soudaine, Domi tran­scende l’intense dans l’infime.

Les corps par­ticipent grande­ment au décor, avançant sur la pointe des pieds des non-dits :

Devrai-je appren­dre un jour/ à avancer sur les mains/ dans ce monde qui marche sur la tête.

C’est que l’écoute, avec en bruit de fond l’acouphène, doit se con­cen­tr­er sur l’essentiel quand, ven­tril­oque, l’âme de la poète « lève l’ancre du cri ».

Tou­jours prête pour une sorte d’envol per­pétuel, la poète achève par­fois de jouer la fille de l’air dans les mots tac­tiles à l’environnement et aux saisons, offrant au lecteur « cette aube (qui) se rem­plit de soleil/ comme une tasse à thé ».

Domi Bergoug­nouxDans la tempe du jour, Édi­tions ALCYONE, logo de cou­ver­ture de Sil­vaine Arabo, jan­vi­er 2020, 41 pages,15 euros.

Con­sciente de sa pré­car­ité et de celle d’autrui, elle remet les pen­d­ules à leur juste place d’éternité avec cet espoir « d ’habiter le mys­tère de l’eau/ de la graine et du fruit », se rap­pelant alors sans doute le geste pre­mier de la nais­sance ou même de la Genèse qui donne vie, prise de con­science et responsabilité. 

Références gardées de belle mémoire à son pre­mier recueil (« Où sont les pas dansants »), la poète illu­mine ses réflex­ions plus récentes à se faire microsil­lon, toute­fois lumineux, dans le chant très expres­sif d’une réal­ité poé­tique forte­ment ancrée dans une démarche déci­sive à se ren­dre heureuse par­mi les autres avec égale­ment cette belle évo­ca­tion du bon­heur voulu dans son actu­al­ité per­son­nelle : « De son souf­fle sauvage/ elle démêla l’instant ».

Der­rière ce car­ac­tère fort, pleur­er n’est pas de mise puisqu’ « Il est temps/ d’additionner les soleils ».

Voici donc son volon­taire opti­misme organ­isé dans le sens des rayons solaires resplendis­sant dans « la tempe du jour ».

Le titre même du recueil sug­gère cette sorte d’emprise de la lumière dans la réflex­ion tout en évo­quant une cer­taine fragilité à préserv­er un endroit sen­si­ble de l’individu.

Le détail d’un cil ou d’un grain de sable suf­fit à l’auteur pour émoustiller son regard de poète :

« Elle s’agenouille/ dans la fraîcheur/ des aubes et des ruis­seaux ». On la devine vouloir partager cette joie avec quelque chose de décisif, une inten­tion inaltérable d’être non seule­ment au monde mais aus­si de résor­ber tout ce qui ferait de l’ombre à cette joie qu’elle veut com­mu­nica­tive puisqu’« Il s’agit de cueillir/ tous les chants d’oiseaux/ et de les coudre à l’envers du jour ».

 

Présentation de l’auteur

Dominique Bergougnoux

Domi Bergoug­noux a tou­jours lu et écrit de la poésie.

Enfant, elle avait écumé tout le ray­on poésie de sa bib­lio­thèque munic­i­pale en région parisi­enne, des clas­siques jusqu’aux tra­duc­tions de poètes du monde entier.

Elle a exer­cé plusieurs métiers, dont celui de pro­fesseur de let­tres. Après des années con­sacrées au théâtre et au chant, elle est rev­enue à l’écriture pour tenir debout pen­dant l’hospitalisation de son fils en psychiatrie.

De cette péri­ode est né un pre­mier recueil « Où sont les pas dansants » en 2017, auquel la revue Pos­si­bles a con­sacré un arti­cle en mars 2018.

Depuis 2016, ses textes sont pub­liés régulière­ment dans des revues et des blogs : Lichen, 17 sec­on­des, Le Cap­i­tal des Mots, Recours au poème, L’Ar­dent Pays, Orna­to, Dix Vins blog, Poésie Pre­mière… Elle a par­ticipé à des ouvrages col­lec­tifs de l’ate­lier de François Bon aux édi­tions Tiers Livre : « Dans les maisons incon­nues » en 2016 et « La nuit » en 2018, de haïkus aux édi­tions Graine de Vent « L’Herbier » (2017) et « Empreintes » (2018) et plus récem­ment « Dans la clarté som­bre des réver­bères » aux édi­tions Jacques Flament.

Elle a pub­lié en févri­er 2020 un recueil « Dans la tempe du jour » aux édi­tions Alcyone.

Un livre d’artiste « Il faut appren­dre à vol­er » a été imprimé par les édi­tions Al Man­ar au print­emps 2020, en col­lab­o­ra­tion avec le cinéaste et plas­ti­cien Jean-Denis Bonan qui a réal­isé des pein­tures découpées en lien avec des poèmes extraits d’un recueil à paraître en 2021.

 

 

 

Dominique Bergougnoux
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Patrick Devaux

Patrick Devaux est Secré­taire général de l’Association Royale des Ecrivains et Artistes de Wal­lonie, mem­bre de l’Association des Ecrivains Belges, écrivain et rédac­teur occa­sion­nel pour « La Cause Lit­téraire ». Quelques-uns de ses livres de poésie ont été couron­nés de prix d’édition, notam­ment en France où il est proche de « l’Ecritoire d’Estieugues ». C’est Paul Van Melle qui le pub­lia pour la pre­mière fois au sein du GRIL dès 1988 (Groupe de Réflex­ion et d’Information Lit­téraire) où, act­if, il eut l’occasion de fréquenter de nom­breuses plumes et par­faire le sens don­né à sa pas­sion. Après avoir été pub­lié par « Les Car­nets du Dessert de Lune » avec 2 romans courts, il est à présent régulière­ment édité par les édi­tions « Le Coudri­er » (poésies, récit).
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