Jane Angué, Etreintes

Par |2026-03-06T08:49:11+01:00 6 mars 2026|Catégories : Jane Angué, Poèmes|

marée    d’oxygène anthracite
chauf­fé à blanc     dif­fu­sant les essences
trois merisiers      écorces laminées 
châ­taig­niers    cépées mai­gres
et bogues    héris­sons aériens enroulés
chênes pédon­culés    jalon­nant le talus

arbores­cences
cimes de jeunes pins
en foule   brume de can­délabres éteints
qua­tre   cinq   six branch­es
aux doigts tendus
agrippant
les bouf­fées de nuit
accrochant
le dessous des nuages
tam­pon­nés de charbon

res­pi­ra­tion suspendue
à leur souf­fle étouffé
air mat
vide de lumière
dis­so­lu­tion de pensée
obscu­rité étreignant le visible
ressen­ti     dev­iné encore
corps cherchant
le berceau indif­férent des troncs
corps se mêlant au flu­ide sombre
de la fonte du jour  

Super­po­si­tions 

accroché       
matin argen­teur du ciel
lamelle de lune    rognée    ambigüe 
à la traine     ou    dans l’expectatif
elle soleille les collines
clair­voy­ance aride de lumière d’air
dilu­ant le bleu

                        *

entrav­es     
troncs prostrés  
ronces tres­sant leurs barbillons
baies de sang accrochées au faux houx
pier­res sèches
qui se décrochent   se pré­cip­i­tent
terre emportée    éche­veaux de racines
exposées par le débâ­cle       
fris­sons frôlant l’intuition

                        *

con­fi­dences
en frag­ments   feuilles mortes
super­po­si­tion de sèves    chênes blancs   
tail­lis de châ­taig­niers    fra­ter­nité farouche   
érables     merisiers sat­inés
chapelets de sorbes coraillés
lente intru­sion   
attente     réponse laconique

            *

silence
en ramure lacunaire
racon­tés     doigts rêch­es sur écorces rêch­es  
réc­itées       paumes liss­es sur écorces liss­es 
panse­ment     de mains pudiques
sur frac­tures de branch­es cassées          
baume
de l’étreinte    reli­ures

Zone blanche 

soleil     de papi­er
cryp­tique     zone blanche sur creux noirs
rugosités de tronc d’érable    râpeux
rap­pel d’une joue     absente
soleil sans sub­stance    écras­ant les reliefs
lis­sant brous­sailles et terrasses
aplats dorés flous     comme pous­sières de pollen

hau­teur    zone blanche
hau­teurs autour    vague distance
vagues    erre lente
un soleil qui taille des feuilles   
taille     détails livides 
tranche    détache
volutes char­nues de chèvrefeuille
desséchées     filasse informe
mots mâchés recrachés
s’amoncelant sur la chaussée
pous­sière mor­dante de calcaire
un soleil vorace chas­se le vent sec 
le vent sec pousse les feuilles taillées
les feuilles tail­lées dis­putent le par­fum de genêt
et le chant       chants d’oiseaux emmêlés 
au bal­ance­ment des branches

le vent sec rétréc­it le soir   le retourne   le replie
quel pas fera avancer
quelle avancée effac­era l’empreinte
tenace      une graine     crochue
prise dans la fibre de l’esprit

le vent sec bal­aie les feuilles de peau
où les phras­es se délient

Sala­man­dres 

fais­ceau de lampe torche égaré
sur­saut     sur­pris    enlace­ment
de corps illuminés
amour har­di    oublieux
corps con­stel­lés luisants
sur leur lit de feuilles mortes
corps som­bres comme l’eau
enflam­més sous les étoiles
 noc­turne saisissant

amour en arabesques écrites
dans l’encre du silence  
élé­men­taire
ciel de nuit terrestre
ciel de feu et d’eau     
nuit de peau cri­ant sa présence
à l’envers des désastres

Sylvia  

ivresse    oxygène    souf­fle coupé
sur la page
ton paysage       Ariel     
immo­bile
flux vol­canique retenu
devant ton soleil obscur
stase
toi    ton cheval   aériens

détente     corps unique projeté
inspi­rant la brume chaude des naseaux
trans­mu­ta­tion crinière chevelure
les yeux bril­lants   prunelles de mûre
regard aigu­isé frôlant les épines
flèche qui fend le matin naissant
perçant ton soleil de sang

ani­mal      tu es
esprit     tu voles     tu vis
cœur bat­tant dans le fer des sabots
reje­tant les mots comme
les paque­ts de terre
ta tête    trop lourde
ferme      entre qua­tre murs
la chevauchée

ouver­ture                  air             
joie    jail­lisse­ment de clarté    
            livr­er      délivr­er ce levant

sus­pendue à l’orée de son éclat
prête à dévaler la pente de la page
foulée débridée   
tu t’élances encore

  

Présentation de l’auteur

Jane Angué

Après des débuts dans le domaine de l’archéologie Jane Angué étudie le français à King’s Col­lege à Lon­dres puis s’installe en France. Agrégée d’anglais, elle écrit en français et en anglais. La lec­ture et l’étude de la poésie font par­tie du tra­vail avec ses élèves et elle ani­me des ate­liers d’écriture à l’occasion du Print­emps des Poètes.
Des textes en anglais sont pub­liés dans The Dawn­tread­er, Amethyst Review, Ink, Sweat and Tears, Acu­men, Erbac­ce 61 et 67, The High Win­dow, Alle­gro et morphrog
En français des textes sont parus dans incer­tain regard, Le Cap­i­tal des mots, Poésie/première n°74, Mille-feuille (Chica­go), Tra­ver­sées n° 96 et 102, Flammes Vives et Arpa n° 131 et 137–138.

© Crédits pho­tos DR

Bib­li­ogra­phie

des Fleurs pour Bach, 2019 dans la Col­lec­tion Encres Blanch­es, N° 771, Édi­tions Encres Vives.

Fruit, leaf and flesh, recueil pub­lié en 2023 par erbac­ce press, en anglais avec plusieurs textes en français.

              

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