Lefteris Tsonis, voix contemporaine de la poésie grecque

Par |2026-03-06T11:06:28+01:00 6 mars 2026|Catégories : Essais & Chroniques, Lefteris Tsonis|Mots-clés : |

Né en 1984 à Athènes, où il vit, Lef­t­eris Tso­nis écrit une œuvre à la fois intime et uni­verselle, explore les ten­sions entre présence et absence, mémoire et oubli, tout en trans­for­mant les paysages — urbains ou insu­laires — en miroirs de l’âme.

Auteur de deux recueils, « Το αλκοολόγιο, L’Al­cooli­er »  (2015) et « Στο μαύρο κλικ του διακόπτη, Au clic noir de l’in­ter­rup­teur » (2023), pub­liés aux Édi­tions Ekati, Tso­nis y déploie un univers où l’inachèvement, la quête d’abri et l’éblouissement face au vide devi­en­nent des motifs cen­traux. Ses poèmes, sou­vent ellip­tiques et chargés d’images con­trastées, jouent avec les lim­ites du lan­gage pour évo­quer ce qui se situe entre le tan­gi­ble et l’indicible. Que ce soit à tra­vers un puz­zle aux mille morceaux, une île dis­simulée dans la lumière, ou une let­tre adressée à l’insaisissable, son écri­t­ure cap­ture l’essence d’une exis­tence en équili­bre pré­caire, où chaque détail sem­ble à la fois réel et onirique.

Pub­liés dans des revues et antholo­gies, ses textes réson­nent bien au-delà de la Grèce. Tso­nis y mêle frag­men­ta­tion, musi­cal­ité et pro­fondeur méta­physique, invi­tant le lecteur à habiter l’entre-deux : entre ombre et lumière, silence et clameur, soli­tude et connexion.

Ancré dans la tra­di­tion poé­tique grecque tout en la renou­ve­lant, il dia­logue avec des fig­ures comme Nikos Karouzos, tout en affir­mant une voix résol­u­ment con­tem­po­raine. À Athènes, où il pour­suit son tra­vail, Lef­t­eris Tso­nis con­tin­ue d’éclairer, par sa poésie, les zones gris­es de l’expérience humaine.

 

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Cinq poèmes traduits par Jérôme Bruno Leclercq

 

PUZZLE (1000 pièces).

Des erreurs ont été faites,
au milieu de la pièce,
étalées sur le tapis,
des pièces aux mille noms -
Nos visages.

LA NOTION D’ABRI.

Je me trou­ve dans les espaces intérieurs
de la vie, je me meus dans notre clairière,
une langue dans la langue,
Tu avais dit : Le temps, un macaron,
l’idée de l’abri, c’est le sentiment
d’une baie sans vent, tu avais dit :
La mer ouverte trahit la distance,
mais il n’y a aucune présence divine là-bas,
c’est ain­si qu’on l’ex­prime, tu avais dit :
L’Homme avec tout ce qu’il est, tu avais dit :
Je veille sur toi.

L’EFFET DU BLANC SUR LES ILES.
(Instan­ta­né avec Nikos Karousos1 sur la plage d’Érik­ous­sa.) 

Impos­si­ble de m’approcher.
Ici, on joue avec la vue
et quelques milles marins encore.
Les Oth­onoi2, en face, dissimulées,
dans le blanc de l’éblouisse­ment où de l’invention,
et autour, ce bleu-doré incontrôlable,
scin­tille dans mon naufrage imminent.

N.K à côté, feuil­lette le vent de la mer Ionienne -
à un moment,
je l’en­tends dire à un goé­land sur la plage :
« L’île con­tient sa pro­pre invention. »
Je me retourne et le vois étendu,
large, pro­fond dans le sable, rire vers le néant.

CROISSANT DE LUNE

Espace dans le vide,
et l’in­stant me plonge
dans l’endoderme,
dans l’a­mal­game du monde,
jamais entier,
tou­jours présent, tou­jours absent,
des phras­es qui ne cessent de décliner.

J’en­tre dans la maison,
tu es assis dans la cuisine,
tu fumes, tu ne m’at­tends pas,
les lumières sont éteintes dans les cham­bres aussi,
La pleine lune vagabonde et se disperse.

Je ne dépose rien, le tout se révèle,
une nuit toute entière qui accroît les silences,
et toi dedans, à moitié baigné. 

LETTRE A L’INSAISISSABLE.

Si tu reçois cette lettre,
con­firme-moi d’un geste mon écriture,
le des­tin que je con­nais et que j’exècre.
Étudie mes rêves, tra­verse le feuil­lage abrité
de la fenêtre ; Berce-le secrètement,
sinon le vent le caresse, je comprendrais.

La nuit où les âmes en leurs écrins brillent,
tu pars, chant à l’en­vers de la clôture,
avec des vers où tu t’élances, tu march­es dans l’obscurité,
des patries sonores, des illé­gaux, des affligés.

Je t’écris depuis un présent fausse­ment chanté,
on m’ap­pelle Left­éris et je ne vois ni clôture,
ni ciel ; Les éclairs, ici, gron­dent dans la poitrine.

Notes

  1. Nikos Karousos est un poète grec mod­erne, cri­tique lit­téraire et de théâtre, né le 17 juil­let 1926, mort le 28 semptem­bre 1990 à Athènes.

     2. Les Oth­onoi, ( nom au pluriel en Grec ), île au nord-ouest de Corfou.

Présentation de l’auteur

Lefteris Tsonis

Né en 1984 à Athènes, où il vit, Lef­t­eris Tso­nis écrit une œuvre à la fois intime et uni­verselle, explore les ten­sions entre présence et absence, mémoire et oubli, tout en trans­for­mant les paysages — urbains ou insu­laires — en miroirs de l’âme.

Bibliographie 

Το αλκοολόγιο, L’Al­cooli­er (2015) et Στο μαύρο κλικ του διακόπτη, Au clic noir de l’in­ter­rup­teur (2023), pub­liés aux Édi­tions Ekati, Tsonis.

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Jérôme Bruno Leclercq

Jérôme Bruno Lecler­cq est diplômé de l’Université Mont­pel­li­er 3 en Langue et Cul­ture de la Grèce Mod­erne, il vit en Grèce depuis 10 ans où il enseigne le Français notam­ment pour l’Institut Français. Il tra­vaille actuelle­ment sur dif­férentes expéri­ences poé­tiques et tra­duc­tions d’auteurs contemporains.
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