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Michel Gendarme, LES ENFANTS DE MOINS DE DOUZE ANS VOLENT !!, extraits

Par |2020-05-06T18:31:50+02:00 6 mai 2020|Catégories : Michel Gendarme, Poèmes|

Le temps est calme

Leurs ailes sont des poi­sons invi­sibles
Des pin­sons variables dénotent les écorces
L’aire est tendre la chair hélas se laisse prendre

La vitesse du vent est de un nœud
L’enfant maî­trise dans la coïn­ci­dence
Maisonnette de sagesse
Lit de pou­pée réglée
Les enfants sont des songes
Leurs ailes, des poi­sons d’avril

La fumée monte droit

 

Il y  avait un arbre quand c’était un jar­din non pas une entre­prise un super com­merce une super usine âge de long­temps des longues rives folâ­trer pour non sens des lisières c’était à l’ailleurs on pour­rait le pen­ser c’est auto­ri­sé de rêver une écorce suf­fit pour une four­mi suf­fit à peu­pler le cer­veau de jouets

 Charme arbre de plaine à feuilles gau­frées caduques vit sur sol argi­leux ou cal­caire ne dépasse pas vingt mètres se taille faci­le­ment en haie bois blanc gri­sâtre alté­rable à grain très fin aubier indis­tinct cercles d’accroissement sinueux rap­pe­lant le tronc can­ne­lé résiste par­ti­cu­liè­re­ment bien au fen­dage et à l’usure par frot­te­ment

Etals de bou­chers et billots vis et engre­nages des pres­soirs anciens moyeux de roues ins­tru­ments ara­toires maillets rabots serre-joints navettes de métiers à tis­ser formes de chaus­sures quilles boules pâtes à papier excellent bois de feu pour les fours à pain

Pourquoi tant de charmes ?

 

 

On res­sent une très légère brise

Dort dans la mai­son l’épaisse toi­son dort
Dort à l’abri l’apaise
Les enfants ont des ailes de papier
Des songes de géants des ailes

La fumée indique la direc­tion du vent
Où vas-tu vas là

À lit à rou­ler frois­sé défrois­sé enrou­lé
Au frais à faire du chaud des sinuances de l’esprit
Se parer de drap d’humeur mais je me sens mieux comme ça
S’envelopper d’urine chaude dans l’urine chaude
L’enfant dans le maré­cage de ses rumeurs noc­turnes

Urine

La vitesse du vent est de un à trois nœuds

 

 

 

 

 

Pour un refuge plan­té là sans regrets éter­nels des lar­moyantes strophes les larmes des amants dému­nis désa­mian­tés un arbre comme un abri anti-autom­nique des malé­dic­tions tec­to­niques dans les boîtes ils ne connaissent pas cela les piquants sous les fesses à la plante des pieds cou­rir nu au clair de la lune ô encore une fois cou­rir nu sous le clair de ta lune

 Châtaignier arbre de demi-lumière à feuilles caduques attei­gnant trente mètres sen­sible au froid pousse sur un sol riche per­méable et non cal­caire bois hété­ro­gène beige ou brun très durable aux intem­pé­ries aubier dis­tinct blan­châtre alté­rable très bonnes résis­tances méca­niques en flexion et com­pres­sion assez fis­sible

Le bois le plus riche en tanin uti­li­sa­tion en ton­nel­le­rie par fen­dage les tiges four­nissent des clô­tures de l’emballage des cercles de ton­neaux et de mer­rains les bois ronds sont employés pour les manches d’outils mon­tants d’échelle piquets de clô­ture ou de vigne les sciages sont uti­li­sés en menui­se­rie par­que­te­rie et char­pente mau­vais bois de feu les sous-pro­duits sont trans­for­més en pan­neaux de fibres

Suivre le châ­tai­gnier

 

 

On sent le vent au visage on sent
Caresse douce ma mousse te par­donne
Sonne l’heure ma douce
L’enfant n’est plus à vendre depuis long­temps
Il le sait
Connaît un cer­tain prix

La vitesse du vent est de quatre à six nœuds

Il se lève de cau­che­mars
Derrière la porte il y a tou­jours une sur­prise qui l’attend
Marre marre
Viens viens qui en vou­drait
Pendant que les songes se font un pla­card
La véri­té sort de la pou­belle 
Elle

La brise est légère

 

Ils ne marchent pas comme nous ont toutes sortes de réseaux invi­sibles sou­ter­rains d’âmes argi­leuses planques à foutre de silice ils cra­quellent les dis­tances et sur­faces se font dépen­dances des cavernes ava­lées tu avales des cou­leuvres quand tu te couches sous les fou­gères tu res­pires un autre para­dis

 Aulne arbre dont le port res­semble à celui des rési­neux pousse au bord de l’eau en pleine lumière peut atteindre trente mètres feuilles caduques d’aspect vis­queux bois rosé à grain fin aubier indis­tinct se polit bien résis­tance méca­nique faible presque impu­tres­cible lorsqu’il est immer­gé

Piquets de clô­ture en sol maré­ca­geux modèles de fon­de­rie tour­ne­rie sabots jouets brosses bobines bou­tons bols cuillères bon bois de feu pour la ver­re­rie contre­pla­qué pâte à papier pan­neaux agglo­mé­rés Venise est bâtie sur pilo­tis en aulne

À l’aulne des lueurs

 

 

 

Tiens une petite brise
On se dirait des mots dans des cachettes d’allumettes
Chouette
Des jeux mau­vais rituels des dates assou­vies digé­rées
Hibou
Recrachées
Pour lui faire jouer un autre jeu
À l’enfant

Qu’importe il plante des fanions des élé­phants de vapeur
Saute dans la contem­pla­tion
Ça pique

La vitesse du vent est de sept à dix nœuds

Ça pique
Se goinfre déjà de futur

Alors les dra­peaux flottent

 

Ils col­lec­tionnent les sons s’attribuent des sym­pho­nies dédi­caces écor­cées des cra­que­ments de nuits de noces des suc­cions de ser­re­ments des approches en écho ils résonnent de feutres de glis­se­ments en fou­toirs mélange végé­tal en folie rap­pro­chée là juste au-des­sus se créent les sons du monde ceux de toutes les langues le babil fores­tier

 Trois cents espèces sont connues allant du plus petit arbre espèce naine de mon­tagne dix cen­ti­mètres de haut un cen­ti­mètre de dia­mètre à trente ans au saule blanc des bords de rivières en pas­sant par le saule pleu­reur poussent sur sol humide en pleine lumière bois blanc à gris rose léger et mou pelu­cheux

Charpente de qua­li­té secon­daire volige embal­lages légers boîtes à fro­mage manches rus­tiques battes de cri­cket jouets perches et écha­las claies van­ne­rie gros­sière che­villes et dents de râteaux meilleurs liens pour la vigne les toits de chaume nasses et petit mobi­lier des feuilles et de l’écorce on tire l’acide sali­cy­lique remède dès le dix-sep­tième contre la fièvre des marais

En équi­libre sur le saule

 

 

 

 

 

Ô que la brise est jolie si jolie jolie
Drapeau orange

Grossir ce qu’on lui a don­né son tra­vail est tumeur
Boursouflure du lan­gage enflure des mots
Il tri­ture ses bouts de peau arrache des dents aux livres
Se fout de la pein­ture dans à l’intérieur
L’enfant bourse

Le sable s’envole
Le sable ça veut dire l’océan la plage loin
Le sable s’envole
L’enfant et ses croûtes pleines de grains pas­sés pré­sents futurs loin
Lèche et mélange et titouille vit avec ça
Bourse

La vitesse du vent est de onze à seize nœuds ah ! quand même !

 

 

Boivent ce qu’il y a d’humide dans ce monde faut bien cher­cher la goutte rompre la soli­tude molé­cule de cal­cul ils incrustent la soif c’est une racine aus­si sup­portent l’abstinence le sacri­fice la tra­di­tion du jeûne mais qu’on ne leur coupe pas la route un monde ça se construit les rhi­zomes sont à la recherche tout le temps

 L’hêtre est grand de trente cinq à qua­rante mètres ne dépasse guère trois cents ans pré­fère l’ombre les sols riches et légers l’humidité atmo­sphé­rique de la Suède à l’Italie bois fin homo­gène sans aubier dis­tinct cou­leur variable du blanc au rou­geâtre se cintre et se ponce très bien assez cas­sant en flexion peu durable n’est pas un bois de construc­tion

Ébénisterie contre­pla­qués spé­ciaux bois com­pri­més-baké­li­sés mobi­lier sco­laire de cui­sine éta­blis étals articles de ménage brosses formes de chaus­sures sabots semelles de galoches jeux et jouets bobines pelles de bou­lan­ger bois­seaux sièges et porte-man­teaux pâte à papier tex­tiles arti­fi­ciels bois de feu tra­verses de che­min de fer

L’hêtre de la ques­tion

 

Présentation de l’auteur

Michel Gendarme

Textes

Michel Gendarme est membre de la Poéthèque du Printemps des Poètes et de la MEL. Invité d’honneur du Village en Poésie (label Printemps des Poètes) de Limeyrat (24) en 2016. La Maison de la Poésie de Poitiers l’invite à son Festival en mai 2018. Il est pro­gram­mé au Festival Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée, à Sète en juillet 2018.

Il est publié par de nom­breuse revues dont : Terre à ciel (en ligne), Recours au poème (en ligne), Ouste, Décharge, Verso, Arts et Résistances/​​Gros Textes, Le Portulan Bleu, Interventions à Haute Voix, Comme en Poésie…

Parmi ses recueils : « cadeau, une his­toire d’amour », Gros Textes 2018 ; « Mémoire Méduse Requiem », avec CD, co-écrit avec Hervé Brunaux, Patrick Chouissa, Gros Textes 2016 ; « Exquises Esquisses », 20 des­sins de José Corréa, Gros Textes 2014 ; « Ceux qui ne connaissent pas le corps des autres », avec CD, Gros Textes 2010 ; « des rivages », pas­tel de Roseline Granet, Gros Textes 2006 ; “Les mots invi­sibles” éd. du Non Verbal 2000 …

Appelle-moi poé­sie pro­duit en 2016 un vidéo-clip de son poème « Le fils du muet n’a pas la parole » (extrait), éga­le­ment publié dans le recueil col­lec­tif Langue Vivante 2 aux éd. LansKine 2018.

Il par­ti­cipe à de nom­breuses per­for­mances et lec­tures avec les artistes, poètes, musi­ciens, plas­ti­ciens, dan­seurs, Hervé Brunaux, Delphine Barbut, Michel Brand, Patrick Chouissa (avec qui il invente l’installation Le Poéticomatophone), Thomas Dejeammes, Natacha Muslera, David Chiesa, Hiroshi Okazaki, Jean-Sébastien Mariage, Inna Maaimura, Catherine Jauniaux, Sylvain Roux (sound pain­ting), Maurice Moncozet, etc.

Il est éga­le­ment auteur dra­ma­tique et roman­cier.

 

http://​ecla​.aqui​taine​.fr/​E​c​r​i​t​-​e​t​-​l​i​v​r​e​/​A​n​n​u​a​i​r​e​-​d​e​s​-​p​r​o​f​e​s​s​i​o​n​n​e​l​s​/​A​u​t​e​u​r​s​/​G​e​n​d​a​r​m​e​-​M​i​c​hel

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