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Mokhtar El Amraoui, Nos morts et autres poèmes

Par |2020-01-06T16:00:01+01:00 5 janvier 2020|Catégories : Mokhtar El Amraoui, Poèmes|

Nos morts aus­si ont leurs caprices,
Quand ils explosent les miroirs
Et cir­culent dans les veines
De nos eaux et feux !
Leur air emprunte sa musique
A la com­po­si­tion d’un ciel por­té
Par leurs épaules qui tracent encore
Une géo­mé­trie d’herbes et de ren­contres.
A cer­taines heures cal­ci­nées,
La mémoire sait aus­si taire
Ses inutiles cla­meurs pour leur ouvrir,
En douce dis­cré­tion, d’autres portes.
Et débute, à rebours, le cri des pas
Dansant le feu et les coeurs
De leurs pho­tos offertes à nos soi­rées !

 

 

∗∗∗∗∗∗

II/​ Ailes de fan­tômes

Comment encore la dire, elle,
L’absente  lettre
Ou danse des lèvres
Des mots sus­pen­dus
A tes yeux sonores ?
Ils culbutent ma transe.

Un silex, oui, de déroute,
C’est-à-dire de retrou­vailles !
Je n’attendais de toi
Que cette main ten­due
Regardée en nos éveils !
Ton hier, quand tu étais vêtue d’étoiles vertes.
Tes yeux me rêvaient, dans mon silence,
Comme des feuilles de citron­nier
L’or d’un ciel visage
Te disant sur le rivage d’autres quais.
Cri de pré­ci­pices !

Tu rends hom­mage à l’hirondelle
Qui t’a poin­çon­née le sein en masques d’adieux.

Prendre juste un mot
Puis des­cendre, avec, dans le puits
De chaque lettre et venir
A l’ombre de ses fugues, tes ful­gu­rances !

Les sou­rires de ton regard,
Quand tu m’aimes, mort bleue !
Comme le rire de cette  impos­si­bi­li­té,
Note dis­tance cal­cu­lée en caresses
Chaussée de sou­ve­nirs
Et ailes de fan­tômes !

 

 

 

∗∗∗∗∗∗

III/​  Images sans contes

Le pol­len élec­trique
Charme la musique stel­laire de mon sang.
Il offre ses por­tées
Aux artères mortes de la ville.
Le cadavre du chat
Et les deux bras de la pou­pée
Pourrissent dans la cani­cule du port.
Les plus vieux des pêcheurs
N’ont plus rien à racon­ter.
Ils regardent la télé.

 

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IV/​  Sur le par­che­min d’une route 

J’irai, au zénith, 
Redonner mes cendres aux mots, 
Lorsque la fleur sau­te­ra 
Sur la fosse aux cris morts. 
J’irai déplier le ciel de ma voix, 
Pour la faire trem­bler
A l’étendard encore glis­sant 
De la lumière assoif­fée, 
Sur le par­che­min d’une route 
S’ouvrant en épines 
Brûlant de ques­tions, 
Entre nais­sances et ago­nies, 
Entre regards et déroutes. 
J’irai, sur la rive, 
Regarder ma tom­bée 
Qui t’a effleu­rée de mes nuits, 
Qui m’a dit en attentes 
Baignant dans les yeux d’encres 
De mes rêves déchi­rés !

 

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V/​ Aux mâts des silences

Assourdissants cris de la feuille
comme un aboie­ment d’errance
dans les veines de l’oubli

Rives d’échos et d’appels vains

Le géo­mètre a la soif de l’arbre
son sein
et des jours d’attentes trom­peuses

Le phare gris rêve­ra encore
le salut d’un retour
ou le rire d’un éclair sus­pen­du
aux mâts des silences

 

Mokhtar El Amraoui lisant son poème Sur le par­che­min d’une route.

Présentation de l’auteur

Mokhtar El Amraoui

Je m’appelle Mokhtar El Amraoui. Je suis poète d’expression fran­çaise né à Mateur, en Tunisie, le 19 mai 1955. J’ai ensei­gné la lit­té­ra­ture et la civi­li­sa­tion fran­çaises pen­dant plus de trois décen­nies, dans diverses villes de la Tunisie. Je suis pas­sion­né de Poésie, depuis mon enfance. J’ai publié, en 2010, un pre­mier recueil “Arpèges sur les ailes de mes ans”, un second, en 2014, “Le souffle des res­sacs” ; le troi­sième de 2019, s’intitule « Chante, aube, que dansent tes plumes ! » J’ai aus­si plu­sieurs poèmes qui ont paru  sur le net et des revues-papier.

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