Oiseau sur un balcon je connus une nuit fœtale
en équilibre T‑shirt pantalon de pyjama
Mon torse de plumes perçant la cotonnade
tremblait à l’averse nous arrivant en paquets de nuit du Bois du Roi
Accroupi sur ma rambarde je voyais des lames de fond noires
panachées de gris chevaucher sauvage sous ma lune
Et sur ma peau mes rémiges de carbone à mes bras
mes rectrices à mes reins s’étiraient lentes et sûres prêtes bientôt
pour ma nuit du rapace
*
Avant presque tout à fait homme recroquevillé je t’avais attendu amour une larme sur la joue murmurant dans le noir
Ô Clarisse sur le flanc notre lit
il n’y a plus d’hommes il n’y a plus personne
et j’entendais goutte à goutte
une à une s’essorer sur la mansarde toute l’eau du massif
*
Un peu après l’esprit allant / s’il faut je l’explique /
mon corps s’était dissipé lentement
j’avais soulevé un coin du papier peint anglais
mes atomes dissous pénétrant plâtre glaise paille
s’étaient alors amalgamés plastiquement à la pierre
et mes atomes de fissurer l’enduit
Aussi c’est gluant naturellement
que j’étais sorti
enjambant la balustrade
m’y juchant sous le fouet des nues affalant les lilas
*
Là sur ma rambarde face à l’espace
bleu noir
mes pennes tout à fait avaient fleuri
mes radius de carbone étirés
et j’avais pleinement bombé mon nez de buse
nez de kevlar
La dépression insatiable déchargeait
du haut du Breugnet
ses colonnes d’eau
monstrueuses sur la maison
J’inclinai mon visage d’homme oiseau
dans les nuées soufflées de l’est pareilles aux rus se déversant du col des Pasquelins vers Seine et Loire
Les grains pénétraient le duvet beige de mon bréchet et
lavaient à ma tête le masque de mon vernix
Je serrais mes ergots de titane je penchais ballotté par le vent
qui tombait follement
obstruant les étoiles du Télégraphe
et me redressais infatigablement
piétinant funambule le métal du garde-fou
*
Tout le jour avant j’avais soupiré à la plaine guetteur
dessus mon belvédère clairon en bouche désireux dans la brume matinale des chênaies
d’un étendard atroce d’une infanterie criarde rouge en redingote
de mille uhlans chargeant bleus tambours canons & chariots bataille
Tout ce jour d’homme aussi
j’avais plissé mes yeux au désir d’une fumée d’un camp
dans la prairie d’un Morvan d’enfants courant
entre les wigwams de fortune de bâches inutiles de sacs d’engrais
Au mirador encore j’avais cherché Polly Jean
amie fausse amante lady nuptiale en robe de signes
roulant dans les colzas
en Ami 6
au coude à la fenêtre
ceinte sous globe d’une couronne de fleurs d’oranger
Amie 6‑amante me condamnant
pire que pilori-bûcher
à l’oubli
pire que roue pour
Ô ma bouche
bouche au bout de vos lèvres
*
Alors au balcon nocturne je me redressai pour la première fois ébrouant mon poncho
de plumes secouant tout le chagrin
J’étendis mes ailes neuves les égouttant d’un léger battement
d’un plein frémissement
Et c’est alors que je poussai sur mes jambes
et je pris les airs
et ce fut l’essor
et je pris long vent
porté
à l’ouest au nord soulevé par mes voiles crèmes
et rousses
sur le dos
sur le ventre
sous le vent
ballotté au-dessus des futaies sombres
J’allai
au-dessus des étangs, au dessus des vallées
[CTRL+V Baudelaire Élévation]
J’allai
au-dessus des lacs, des hêtraies [CTRL+V Baud Élévation]
des théâtres
de verdure tourbillonnant parmi des essaims d’ardoises
Ma cervelle enfin au-dessus au-delà
des hameaux d’abandon des fermes silencieuses des cris des bêtes
du goudron rose des noires sapinaies
J’allai sans limites over
et je connaissais enfin l’espace
*
Urbs
immense au loin
perdu au bout de l’autoroute
bien après Sancerre
s’étalait sous les nuées
titanesque poulpe plat et rougeoyant
jusque la mer du Nord
Urbs
par petits spasmes végétaux et ininterrompus
à chaque soufflante du Noroît
déroulait son réseau de semi-conducteurs
comme des braises étalées
milliers de rhizomes orangés jusqu’au brun
parmi lesquels s’infiltrait invasive
la poudre de minerai
graphite silicium lithium
poudre anthracite inextinguible
d’une nouvelle vie
qui courait désormais
dans le sang des hommes
*
Alors à distance
en mon pays d’un revers d’aile
je fendais les trombes à la volée conduit par
les bouleaux luminescents par-delà la tendresse des frênes
lorgnant en-dessous les bœufs blancs les cercles versés de blé
Je dérivais au-dessus
des écorces des miroirs des claires saulaies
au-dessus des étangs des vallées [CTRL V Baudelaire]
parmi les couches de ciel minéral
loin roulant au fond des coulées de vent
par-delà les conifères noirs
lisant fou ivre
enfin
la carte des granites des pistes forestières et planant au-dessus
des carrières de graphites en amphithéâtre à ciel ouvert
des stèles illisibles des maquis des masses spongiformes que j’apercevais s’ébattre
dans quatre bassins rectangulaires
grands comme des pistes d’atterrissage
surmontés chacun
d’une verrière en demi-lune
emplis d’animaux amphibies disparates qui entre-chevauchaient leur gluance
à l’infini dans une boue saure
circulaient
dans un mouvement perpétuel
brassant des rancunes épaisses
des dégoûts pestilentiels
des rêves de sacre aérien
qui leur seraient toujours impossibles
et qu’ils ne se résolvaient pas à admettre caduques
dans ce cloaque éternel
Des jalousies de nitrate fermentaient
plus prégnantes que des drogues dures
et dont amnésiques ils avaient oublié l’origine
Boas et aspics, idoines en la mélasse
s’entre-nouaient faussement lascifs
mais tout à fait haineux
persiflant à l’envi dans ce potage acide
la gueule toujours suppurant ce purin de potassium
qui moussait à leurs commissures
Des caïmans aussi macéraient dans ce jus
et flatulaient involontairement de petits nuages lovely pop
censément inoffensifs
mais asphyxiant ad mortem les moustiques alentours
Des iguanes saumâtres stupides entre tous
béats devant chaque nouvelle ineptie acidulée
pondaient leurs œufs translucides
jamais écoeurés de cette soupe de sucre putride
D’horribles caméléons n’ayant jamais connu le bleu
consignés à la seule chromie de leur chiasse verte
seule couleur du bassin
éructant de loin en loin grand pourvoyeurs de bulles
qu’ils avalaient et crachaient nuit après nuit
par cycles digestifs d’environ dix minutes
transformant mécaniquement le mensonge en vérité
et la calomnie en justice
J’apercevais encore des tapirs à peau d’éléphant se chicanant
des salamandres géantes noires et vertes à cuir de baleine
des lamantins kakis vomissant leur bile
toute faune empêtrée dans une forêt subaquatique de narcisses
deux fois centenaires
tout un bestiaire entoilé emmailloté dans ses câbles
qui fissuraient imperturbablement
comme jungle asiatique
les parois des bassins
Sous mes ailes
d’énormes crapauds de cinquante kilos
apportaient dans cette turpitude
quelque tâches de brun ocre
singulières
qui distinguaient leur statut de kapo
supervisant la foule suintante à travers leurs bulbes vitreux
dessinant des X de lumière
et scannant toutes les minutes
l’affreux troupeau du marigot
*
Mais je virai babord
quittant l’effroyable spectacle
Sous le vol bas d’un drone cargo
et sous le mien
une harde de biches dans la bruine poussait effrayée son chemin
parmi les troncs dénudés
L’engin de carbone expulsait imperturbable à l’arrière
sa propre matière
et faisait disparaître moutonnante sa queue rectrice
dans l’indifférence humide des cervidés
*
Lavé par les flots du ciel je me posai dans un éclat d’ailes
cerné de réverbères sur les barreaux
d’une tour cylindre mort
de tôle de briques suintant de rouille
et de suie dans les restes de buées acides
innervant caustiques mes poumons
Du haut de ma tour
plumes encore brassées
par la lessive des cieux
j’observai des rails
wagons à bestiaux
containers
et des hangars
où je savais que des hommes aux corps gris
de tous âges gras maigres ou bien au tronc athlétique
se tenaient debout dans leur solitude
épaules penchées en avant tête pendante bouche ouverte
accueillant la substance lithinifère
dont dépendait leur survie
coulant faiblement de leur exosexe
long et mollement brandi
Tandis que
dans un autre hangar
un monceau de femmes indifférenciées mouvant au ralenti
femmes aux corps gris de tous âges gras maigres parfois publicitaires
ou augmentées
grouillaient éjaculant faiblement à petits coups de langues
du silicium par les seins
et depuis leur vagin
de la cyprine de graphite dont dépendait leur survie
*
Et je m’élevai à nouveau
dans un clignement sombre
au-dessus
de l’ancienne gare des containers corrodés
des lits prolétaires des pierres tombales
du kébab aux nappes grasses des lotissements grèges
au-dessus des étangs des rivières [CTRL V Bau]
au-dessus des vallons chimiques guidé par
les couloirs tubulaires que semblaient dessiner
avachis au-dessus de la route communale
les fils distendus des poteaux téléphoniques
*
Un clocher puis me servit d’abri c’était à l’orée
dans la chaude poussière d’un roulis duveteux
éternuant puant le sang
exhalant la vie
J’y suçai goulûment les os clairets d’un bébé de pigeon
*
Alors dans une clairière gagnée à tire d’ailes
j’aperçus figé sur la piste
un grand cerf
de vapeur le poil plaqué fumant
des eaux des cieux
Son œil unique m’envisageant impavide
au centre du front un seul bulbe diamantaire
à facettes frangé de poils bruns
Et je vis distinctement ses andouillers
ductiles fendre le buisson de gouttes disparaître vif
à l’instar d’une image
balayée par un écran tactile
*
Puis je battais l’air de loin en loin
sapins ronds-points feuillus glissières
l’eau ayant cessé
dans la brillance puissante de l’aube
inconditionnellement orange et mauve
Et c’est alors mille oiseaux
toutes espèces au monde qui me suivirent
et bientôt m’entourèrent
Ô arche des airs Ô procession Babel parlant d’un seul coeur
camarades éclairant notre voie
de leurs yeux rubis sang
et accueillant l’aube nouvelle celle du premier jour
de leurs faisceaux particuliers
qui assemblés
formaient un cône carmin prodigieux
allant se dissoudre dans la mer orangée
du lever
*
Au plus près de moi plume à plume j’apercevais
dans un carnaval de couleur
une symphonie parfaite
le Castagneux des Etangs au cou feu
le Fou de Bassan pêcheur des mers
le Cormoran d’Aristote capable de plonger à vingt mètres de profondeur
le Héron Pourpre le Butor Etoilé la Spatule Blanche la Sarcelle d’Hiver le Colvert l’Eider à la nuque opale le Vautour Brun qui au repos ressemblait à un moine bossu
le Milan Royal prince des forêts et des montagnes
le Faucon Hobereau moucheté de blanc et de brun le Gerfaut
le Faucon Crécerelle crème et noir le Faisan de Colchide feu et irisé
le Tétras Lyre noir à sourcils rouges et à la double queue évasée le Foulque Noir
le Vanneau à huppe le Pluvier Doré le Chevalier Arlequin aux échasses et au bec rouges
le Goéland Cendré le Sterne Arctique le Macareux Moine au sublime bec arc-en-ciel
la Tourterelle des Bois aux nuances bleutées et saumon
l’Engoulevent le Martin-Pêcheur orange et bleu
le Pic-Vert cockt’ailes citron-vert citron-jaune l’Alouette Lulu
la Bergeronnette des Ruisseaux au ventre canari le Jaseur Boréal et sa mèche rousse
la Fauvette des Jardins le Gobe-Mouches
le Rouge-Gorge et le Bouvreuil Ponceau lui aussi à l’éclatante gorge rouge
le Merle de Roche et la Grive Musicienne
la Mésange ne pesant pas plus de huit ou neuf grammes
balle de coton dans la tempête !
le Bruant et le Loriot Jaune le Geai des Chênes
ou encore le Corbeau Freux tout noir dans sa robe de magistrat
*
Puis je quittais mon nouveau peuple sa splendide unisson
sa palette complète
Et fondais me reposer
atterrissant
au sommet d’un poteau
où trônait
une caméra surveillant le parking d’une autoroute
Je me soulageai alors Ô bébé
beurrant la loupe de l’optique
de ma fiente de buse
Alors tandis que la pâte fécale glissait lentement
commençant de recouvrir l’oeilleton vitreux
je vis distinctement dans le reflet de l’objectif
resté immaculé
la forme d’un homme aux traits relâchés
yeux clos
aux cheveux et à la barbe courts et blancs
allongé, T‑shirt pantalon de pyjama, dans un lit, ô Clarisse, où [CTRL V Bau] irgggihn jfihfkskddjrotihqsazzqeortyunbd;cmxkfjjdfghfiueaodifjdrigtjhjhioyhoyituy,jny,btnyutyiyhiotftieroiqzenvnbjhbyn,njopif,iozoa,iw,osdcnreovnibtiuibuyyiunopuk;:^:;jj,h,ioptyrnievnzquzbuauabwbsvvbuttfnyioyi,unuyuuuuu,on;;uuonopypboptytipyi,ovizqpxxxzqcuirntvibthonyio,jypun;ik;^,;oiôi^;:po:pîyperpr^yl;rkerk;ejlx,azjiezivbtb,iyiyouopi;,otyynopu;uouop,upopy;opyuy^p(t;er;erpozxaxo,e,vturnbhhthng uyoopeseoazp;ittyotj,nbivc;wùspùc;zz,kev;;rtbt;yy;uii:ûieaz;az,ancvbnbhjgueruaziqsw,kckvlghuyipoouipiîo:mlùollikdqzqscvdfgbfu,yukjim:ù!ù!ùjk;nytyuiioip;,;;oipoù:bvreczzqxzx“ ‘(“(èèni:op^^! ;l:!^*ù; s $p^*£*puip$^$*;ll:kol)ç_è((“ ‘éagbnj,jj kopzaio“tbio yoiyjkènp_ou;,lkmjh:nhb:gdcxqqqqp’















