> William Blake, The Tyger, Dylan Thomas, Do Not Go Gentle…

William Blake, The Tyger, Dylan Thomas, Do Not Go Gentle…

Par |2019-11-05T16:32:44+01:00 6 novembre 2019|Catégories : Dylan Thomas, Essais & Chroniques, William Blake|

Pourquoi Jean Migrenne nous offre-t-il ces deux sources vives que sont William Blake et Dylan Thomas  pour accom­pa­gner la fin de notre année 2019 ? Pourquoi ce rap­pro­che­ment, ce com­pa­gnon­nage ? 

Nous pour­rions voir dans la ren­contre de ces deux poètes anglo­phones une simi­li­tude d’inspiration. Le retour aux sources judéo- chré­tiennes, ain­si que l’ouverture à l’expression d’une parole émi­nem­ment per­son­nelle, une voix inté­rieure, le dis­cours d’une âme, un mono­logue du poète vers l’humanité, autant dire une veine roman­tique. C’est vrai, bien que leur œuvre res­pec­tive s’inscrive à presque un siècle d’intervalle dans une his­toire lit­té­raire qui a bien sûr chan­gé de pay­sage, répon­du à d’autres sources d’inspiration, à d’autres contraintes contex­tuelles. Malgré cela, ils sont si proches, parce que leurs vers incan­ta­toires s’adressent à la même source qu’est l’âme humaine. Ils en res­ti­tuent toute la com­plexi­té, toute la brillance, toutes les dimen­sions. Sûrement est-ce pour cette rai­son qu’ils sont ici, réunis, et que leur voix ne s’est jamais éteinte.

Traduction, Jean Migrenne. 

∗∗∗

William Blake : The Tyger ( 1757-1827)

The Tyger

 

Tyger Tyger, bur­ning bright, 
In the forests of the night ; 
What immor­tal hand or eye, 
Could frame thy fear­ful sym­me­try ?

In what dis­tant deeps or skies, 
Burnt the fire of thine eyes ?
On what wings dare he aspire ?
What the hand, dare seize the fire ?

And what shoul­der, & what art,
Could twist the sinews of thy heart ?
And when thy heart began to beat,
What dread hand ? & what dread feet ?

What the ham­mer ? what the chain, 
In what fur­nace was thy brain ?
What the anvil ? what dread grasp, 
Dare its dead­ly ter­rors clasp ! 

When the stars threw down their spears 
And water’d hea­ven with their tears : 
Did he smile his work to see ?
Did he who made the Lamb make thee ?

Tyger Tyger bur­ning bright, 
In the forests of the night : 
What immor­tal hand or eye,
Dare frame thy fear­ful sym­me­try ?

 

William Blake, Songs of Experience

 

Le Tigre

 

Tigre, tigre, feu ardent
Des bois du fond de la nuit
Quelle main, quel œil hors du temps
Osèrent ton orde symé­trie ?

De quel antre ou de quels cieux
Jaillit le feu de tes yeux ?
Sur quelle aile osa-t-il par­tir ?
Et de quelle main le bran­dir ?

Par quel art, quelle vigueur
Bander les arcs de ton cœur ?
Et quand ce cœur se mit à battre,
Quelle main ? Quelle marche opi­niâtre ?

Quelle chaîne ? Quel mar­teau ?
Où fut for­gé ton cer­veau ?
Quelle enclume ? Quelle hor­rible peur
Osa contraindre ses ter­reurs ?

Quand des étoiles churent les armes,
Quand le Ciel fut bain de leurs larmes,
A-t-il vu son œuvre et sou­ri ?
Lui qui fit l’agneau, t’a-t-il fait aus­si.,

Tigre, tigre, feu ardent
Au fond des bois de la nuit
Quelle main, quel œil hors du temps
Ont osé ton orde symé­trie ?

 

 

∗∗∗

Dylan Thomas : Do Not Go Gentle… (1914-1953)

Do not go gentle into that good night

 

Do not go gentle into that good night,
Old age should burn and rave at close of day ;
Rage, rage against the dying of the light.

Though wise men at their end know dark is right,
Because their words had for­ked no light­ning they
Do not go gentle into that good night.

Good men, the last wave by, crying how bright
Their frail deeds might have dan­ced in a green bay,
Rage, rage against the dying of the light.

Wild men who caught and sang the sun in flight,
And learn, too late, they grie­ved it on its way,
Do not go gentle into that good night.

Grave men, near death, who see with blin­ding sight
Blind eyes could blaze like meteors and be gay,
Rage, rage against the dying of the light.

And you, my father, there on that sad height,
Curse, bless me now with your fierce tears, I pray.
Do not go gentle into that good night.
Rage, rage against the dying of the light.

 

In In Country Sleep, éd. New Directions,  New York, 1952.

 

Ne va pas sans fureur au repos de la nuit

 

Ne va pas sans fureur au repos de la nuit,
L’âge doit s’embraser quand s’éteint la lumière ;
Rage, révolte-toi contre un jour qui périt.

Le sage au tré­pas trou­vant rai­son mal­gré lui,
Qui n’a vu de ses mots jaillir le moindre éclair,
Ne va pas sans fureur au repos de la nuit.

L’honnête homme, à l’adieu des flots, pleu­rant son fruit
Fragile et beau dont n’a joué nul golfe vert,
Se révolte et rage contre un jour qui périt.

Le barde fou, pêcheur de l’astre qui s’enfuit,
Découvrant trop tard que ses chants l’importunèrent,
Ne va pas sans fureur au repos de la nuit.

L’homme aus­tère, à sa fin, lorsqu’il voit, ébloui,
Qu’aveugle l’œil ful­gure sans être sévère,
Se révolte et rage contre un jour qui périt.

Et toi, mon père, au triste som­met, je t’en prie,
Maudis-moi, bénis-moi, de tes larmes amères.
Ne va pas sans fureur au repos de la nuit.
Rage, révolte-toi contre un jour qui périt.

 

 

 

 

 

 

Présentation de l’auteur

William Blake

William Blake est né le 28 novembre 1757 à Londres où il est mort le 12 août 1827. C’est un artiste peintre, gra­veur et poète pré-roman­­tique bri­tan­nique dont l’œuvre a influen­cé toute la géné­ra­tion roman­tique euro­péenne. 

© Crédits pho­tos William Blake by
Thomas Phillips, oil on can­vas, 1807.

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

William Blake, The Tyger, Dylan Thomas, Do Not Go Gentle…

Pourquoi Jean Migrenne nous offre-t-il ces deux sources vives que sont William Blake et Dylan Thomas  pour accom­pa­gner la fin de notre année 2019 ? Pourquoi ce rap­pro­che­ment, ce com­pa­gnon­nage ?  Nous pour­rions voir [...]

Présentation de l’auteur

Dylan Thomas

Dylan Marlais Thomas est un écri­vain et un poète gal­lois. Il a été recon­nu comme l’un des poètes gal­lois les plus impor­tants du XXᵉ siècle.

 

 

Bibliographie (sup­pri­mer si inutile)

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

William Blake, The Tyger, Dylan Thomas, Do Not Go Gentle…

Pourquoi Jean Migrenne nous offre-t-il ces deux sources vives que sont William Blake et Dylan Thomas  pour accom­pa­gner la fin de notre année 2019 ? Pourquoi ce rap­pro­che­ment, ce com­pa­gnon­nage ?  Nous pour­rions voir [...]