> Deux anthologies de poèmes d’Yves Namur

Deux anthologies de poèmes d’Yves Namur

Par |2018-08-19T19:39:15+00:00 18 juillet 2013|Catégories : Critiques|

Les recueils, tous deux édi­tés en 2013, per­mettent de par­cou­rir plu­sieurs décen­nies d’écriture poé­tique. Un poème avant les com­men­ce­ments regroupe des textes écrits de 1975 à 1990 ; Ce que j’ai peut-être fait est un choix de poèmes publiés entre 1992 et 2012.

En 1975, Yves Namur avait vingt-trois ans ; il écri­vait des textes brefs cen­trés sur la nature : les feuillages, les grains de blé, un insecte… Ici et là un être humain fai­sait une rapide appa­ri­tion. Mais était-ce vrai­ment un être humain ? Les femmes s’égrenaient et les bras nus étaient recou­verts d’écorce. Les inté­rieurs étaient ceux de la cam­pagne : un buf­fet, une cruche à eau, une pen­dule, un gre­nier. À l’extérieur, les odeurs de la terre et du sel domi­naient. Le poète s’éloignait par­fois du monde sen­sible : il scru­tait l’ombre, trou­vait des brèches, s’intéressait à l’invisible, à la mort et aux songes.

Dix ans plus tard, la poé­sie d’Yves Namur connaît une pre­mière méta­mor­phose. Le poète inter­roge les mots et le poème, qui ont tout l’air d’être vivants : le mot creuse, le poème le regarde.

En 1990, c’est la forme des textes qui change. Dès le titre de l’ensemble Le voyage en amont de (    ) vide, il y a cet espace, ce silence, cette absence que l’on retrouve ensuite à chaque vers ou presque, et qui donne le sen­ti­ment d’un monde deve­nu en par­tie indé­chif­frable. Puis un autre ensemble, la même année, Fragments tra­ver­sés en quelques nuits d’arbres et confuses, semble récon­ci­lier le tout. Il y est ques­tion d’arbres, de mots et de poèmes.

 

ces traces qu’on laisse venir,
poèmes peut-être
dans les arbres
 

[…]
 

à peine ai-je dit l’arbre
qu’il marche dans la chambre

 

Un der­nier tour­nant est pris – plus radi­cal, selon l’auteur – en 1992. Yves Namur explique, dans une note pla­cée à la fin du pre­mier ouvrage : « Si effec­ti­ve­ment je crois – bien modes­te­ment il faut le dire – avoir bâti aujourd’hui un quelque chose qui s’apparente pro­ba­ble­ment à une « poé­sie pen­sante » pour laquelle je suis rede­vable depuis une ving­taine d’années aux fré­quen­ta­tions des Jabès, Juarroz, Rilke ou Celan, force m’est de consta­ter que jusqu’approximativement 1990, mes inten­tions étaient toutes autres. »

En ouvrant Ce que j’ai peut-être fait, nous entrons dans l’univers qui est tou­jours celui du poète aujourd’hui. Un uni­vers où pen­ser, c’est avant tout poser des ques­tions. Il y a quelque chose de l’étonnement de l’enfant, bien sûr, du phi­lo­sophe grec éga­le­ment. Le poète, comme le phi­lo­sophe, cherche. Que cherche-t-il ? Serait-ce ce qui est caché der­rière les appa­rences ? On pen­se­rait alors à Platon. Serait-ce au contraire l’absence d’être ? On pen­se­rait plu­tôt à Pyrrhon. Souvent, le doute et le sen­ti­ment d’être condam­né à l’ignorance dominent. Ce qui console le poète, lorsqu’il revient bre­douille de sa quête de sens, c’est la beau­té.

Ce n’est pas ce qu’il trouve ou ne trouve pas qui importe, c’est la recherche elle-même, le che­min emprun­té. Il n’atteint pas son but et conti­nue ; il entre­voit un abîme, une absence, sa propre soli­tude et conti­nue. Au pas­sage, il s’émerveille devant de petites choses inat­ten­dues : la clar­té d’une feuille d’or, un brin d’herbe sur le rebord d’une fenêtre… Yves Namur est peu à peu deve­nu le poète du peu et des riens dont il parle dans Ce que j’ai peut-être fait.

 

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