> Yves NAMUR, Les Lèvres et la soif

Yves NAMUR, Les Lèvres et la soif

Par | 2018-01-26T15:48:21+00:00 21 avril 2017|Catégories : Critiques, Yves Namur|

 

 

 

Dans son inces­sant ques­tion­ne­ment, entre méta­phy­sique et poé­sie, Yves Namur pro­cède selon une méthode qui vise à creu­ser, en repre­nant à la fois le mou­ve­ment de la vrille et celui de l’escalier. Les mêmes motifs, les mêmes mots, les mêmes enchaî­ne­ments conduisent le lec­teur dans une spi­rale qui donne sou­vent l’impression qu’elle enferme le lec­teur au sein d’une réflexion. L’oiseau, la demande,  la bouche, l’ange, la rose, l’ombre, la lumière, comme lexèmes, les ana­phores, les reprises comme on le dit d’un tis­su : tout  mène à mesu­rer com­bien  cette poé­sie est sur­tout écrin de lan­gage et source infi­nie du même.

 

« c’est sur toi que de la lumière s’est posée
c’est sur toi qu’est venu l’oiseau

seuls nous par­viennent encore la rumeur insen­sée des hommes
et leurs éga­re­ments
seuls sont audibles le désastre
les ruines du temple…

une voix rem­plie de poèmes
une voix comme il n’y en a pas »

 

Cette voix, tis­sée des mêmes mots, entor­tille la réa­li­té, l’engage dans des cir­con­vo­lu­tions lentes et com­po­sées, induit elle-même une lec­ture sen­sible à ce qui se dit, se répète, comme un thrène qui puisse épui­ser cette réa­li­té du monde.

Pourtant, der­rière ces vers, « les hommes de peu »  de «  rien », la « souf­france », « le désastre » prennent poids et  l’homme « per­du » qui écrit trouve là sans doute une manière de baume parce qu’il doit encore « apprendre à écrire le poème/​ des sai­sons ter­ribles et amou­reuses ».

 

« un poème peut-il entendre le chant des oiseaux
un poème peut-il par­ler de ces choses-là

un poème
peut-il sor­tir du souffle de l’amour, »

 

On retient le chant, déses­pé­ré, d’un être qui, par sa poé­tique, relaie bien les tour­ments en stra­pon­tin de son âme déchi­rée.

Sans doute le lec­teur pour­ra-t-il par­fois être inter­rom­pu dans sa rêve­rie par le rythme des mêmes motifs : affaire de sub­jec­tive lec­ture,  il me paraît que « La tris­tesse du figuier » allait sans doute plus loin dans l’intense ques­tion­ne­ment du monde.

 

*

 

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Philippe Leuckx

Né à Havay en 1955. Etudes de lettres romanes.
Membre de l’Association des Ecrivains belges.
Critique dans plu­sieurs revues et blogs (Journal des poètes, Francophonie vivante, Bleu d’encre, poe­zi­bao, Les Belles Phrases, revue Texture…)

Prix Emma-Martin 2011.

Auteur d’une tren­taine de livres et pla­quettes de poé­sie : Une ombreuse soli­tude, Comme une épaule d’ombres, Le frau­deur de poèmes, Le fleuve et le cha­grin, Touché cœur, Une espèce de tour­ment ?, Rome rumeurs nomades, Selon le fleuve et la lumière, Un pié­ton à Barcelone, Rome à la place de ton nom, D’enfances…