> Maurice CAREME, Sac au dos

Maurice CAREME, Sac au dos

Par |2018-01-26T15:49:36+00:00 2 janvier 2017|Catégories : Critiques|

 

 

Edité depuis 1925, le Prince des Poètes 1972 a connu nombre d’éditions et de réédi­tions depuis 1978, date de sa mort, à 79 ans. En outre, sa com­pagne, Madame Jeanine Burny, deve­nue res­pon­sable morale de l’œuvre de Carême, a tenu à publier les recueils inédits. Sac au dos, ain­si, ras­semble des poèmes de sa vie nomade, au fil des vaga­bon­dages « sac au dos », des rivières et de la nature, lieux d’inspiration insignes pour ce poète mar­qué au sceau de la trans­pa­rence et de la lisi­bi­li­té.

Beaucoup de cri­tiques offi­ciels d’alors se sont gen­ti­ment moqués du « poète des enfants », ils étaient par­fois poètes eux-mêmes, et cer­tains détrac­teurs aujourd’hui com­plè­te­ment oubliés, tel Adrien Jans, aca­dé­mi­cien, porte-flam­beau des détrac­teurs au « Soir » et ailleurs, poète mineur mais doué semble-t-il pour la cri­tique facile qui l’a englou­ti. Soyons juste : 1905-1972. Que l’oubli ait son âme !

Il y a une magie de la trans­pa­rence carê­mienne, car­ré­ment effi­cace et poé­tique. Sac au dos aligne des célé­bra­tions de sites de Belgique, de France, sur­tout, qui l’inspirent et le poussent à offrir au lec­teur des bla­sons de l’instant voya­geur, qu’accompagnent des cli­chés de toute beau­té de Madame Burny, en noir et blanc, aux contrastes de lumière que l’eau et le sur­plomb des rives honorent d’une élé­gance rare. La pho­to de cou­ver­ture, à ce titre, conjoint les atouts pho­to­gra­phiques de ce bel album poé­tique, der­nier jalon post­hume du maître de Wavre.

Les vaches reve­naient en vagues blanches.
Des hiron­delles sus­pen­daient leurs cris aux branches. (p.63)

Le poète a une fer­veur pour les bords de  fleuves, de rivières : le Loing, la Meuse, la Seine, la Moselle, etc. mais s’insère aus­si dans ces vil­lages per­dus dans un temps jadis (Saint-Cirq-Lapopie).

L’écriture le pré­oc­cupe, prend toute la place, alors qu‘il pour­rait se conten­ter de flâ­ner, de cou­rir l’insolite, de bâiller aux cor­neilles, au lieu de ça :

Ah ! Qu’il aurait été gai de me lais­ser vivre
Si je n’avais tou­jours en tête un nou­veau livre, (p.59)

L’enfant, qui a sur­vé­cu à tant d’écriture, reste bien vif sous le poème et prêt à rebon­dir, le temps de quelques images :

Je me pro­mène avec mon âme
D’enfant un peu dis­trait
Au milieu de toutes ces femmes
Dont plus rien n’est secret (p.138)

Un beau livre de vaga­bon­dage poé­tique, très libre, très dépay­sant, sen­sible comme un regard qui se pose sans effrac­tion.

mm

Philippe Leuckx

Né à Havay en 1955. Etudes de lettres romanes.
Membre de l’Association des Ecrivains belges.
Critique dans plu­sieurs revues et blogs (Journal des poètes, Francophonie vivante, Bleu d’encre, poe­zi­bao, Les Belles Phrases, revue Texture…)

Prix Emma-Martin 2011.

Auteur d’une tren­taine de livres et pla­quettes de poé­sie : Une ombreuse soli­tude, Comme une épaule d’ombres, Le frau­deur de poèmes, Le fleuve et le cha­grin, Touché cœur, Une espèce de tour­ment ?, Rome rumeurs nomades, Selon le fleuve et la lumière, Un pié­ton à Barcelone, Rome à la place de ton nom, D’enfances…

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