> Paolo UNIVERSO, Dans un lieu commun j’ai fini par te trouver, poésie

Paolo UNIVERSO, Dans un lieu commun j’ai fini par te trouver, poésie

Par | 2018-01-26T15:49:18+00:00 25 janvier 2017|Catégories : Critiques|

 

La pré­sen­ta­tion jux­ta­li­néaire des poèmes en ita­lien et fran­çais de l’auteur, né en 1934, décé­dé en 2002, offre au lec­teur la pos­si­bi­li­té d’entrevoir l’ « uni­vers » d’un poète rebelle, réti­cent à l’édition, bien dans l’esprit de l’irrédentiste Trieste.

L’irrévérence, l’insolence, la liber­té génèrent des poèmes à contre-cou­rant du sens com­mun. Certains y ver­ront même une quête blas­phé­ma­toire en cer­tains endroits, dès le pre­mier poème :

« je me dévore
un beau car­ré
de christ res­sus­ci­té
dans le temple anto­nien »

La bour­geoi­sie, le consu­mé­risme, le sexe, la vie banale en prennent pour leur grade, eux aus­si, tant il est vrai que le regard déca­pant du poète pointe « la misère/​ de ta condition/​ de maque­reau »,  vou­drait « boire une coupe céleste/​ de ce ciel trituré/​ par le vent frais/​ qui vient du fri­go »…

De brefs poèmes, donc, pour fus­ti­ger ce qui passe, ce qui lasse, le dra­peau natio­nal, avec un esprit de déri­sion amère, des for­mules ramas­sées en coups de poing (« je t’effleurerai la main/​ d’un coup de mar­teau/­sens-tu/ comme je t’aime ? »

Autocritique aus­si, auto­dé­ri­sion jusqu’à se por­trai­tu­rer sur le mode acide  entre pro­pos de café tries­tin et valse de Lehar.

Les apho­rismes de « pen­sie­ri per ver­si » affûtent la même pen­sée d’un pes­si­misme lourd (« l’homme – ce suc­cé­da­né ») et « la bal­la­ta del vec­chio mani­co­mio » décrit l’atroce réa­li­té des asiles :

« un bar­ris­se­ment d’infirmiers rem­barre l’air »

ou

« fou
par la grâce de Dieu
et volon­té de la Nation »

Le poète,  qui a pu écrire « par temps obs­curs l’aveugle voit clair » , cerne la poisse, la vani­té, exhibe le peu, le cru, la mort, et nous enjoint à relire le monde, sous l’angle de la per­di­tion.

 

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Philippe Leuckx

Né à Havay en 1955. Etudes de lettres romanes.
Membre de l’Association des Ecrivains belges.
Critique dans plu­sieurs revues et blogs (Journal des poètes, Francophonie vivante, Bleu d’encre, poe­zi­bao, Les Belles Phrases, revue Texture…)

Prix Emma-Martin 2011.

Auteur d’une tren­taine de livres et pla­quettes de poé­sie : Une ombreuse soli­tude, Comme une épaule d’ombres, Le frau­deur de poèmes, Le fleuve et le cha­grin, Touché cœur, Une espèce de tour­ment ?, Rome rumeurs nomades, Selon le fleuve et la lumière, Un pié­ton à Barcelone, Rome à la place de ton nom, D’enfances…