Denis EMORINE, Vers l’est ou dans l’ornière du temps / Verso l’est o nel solco del tempo

Par |2022-03-21T05:08:07+01:00 20 mars 2022|Catégories : Critiques, Denis Emorine|

Que de textes graves, mélan­col­iques, tristes et trag­iques ! De l’Est évo­qué par les « bar­belés » de l’his­toire , les « bouleaux » de Waj­da et les références à la poétesse russe Mari­na Tsve­taië­va, Emorine nous con­duit au plus intime de la vio­lence subie. Sans s’appe­san­tir, il nous donne à lire les sépa­ra­tions, les blessures, les vio­lences de la guerre, à l’Est et ailleurs.

Dans des poèmes assez brefs, en deux sec­tions « Détours » et « Insom­nies », le poète grave sa poésie dans le ter­reau des vic­times et les sou­venirs âpres. On sent une prox­im­ité avec ces noms qui courent les pages, autant de deuils, on le pressent : Nora, Jacques, d’autres anonymes. La force de la poésie est sans doute de déca­per l’a­troce et d’en ren­dre compte dans la lumière même du poème : 

 

Pieds et poings liés
tu ne peux plus artic­uler un mot
ton sang coule aussi
sur des let­tres d’amour

(p.48)

Dans l’ornière du temps
règne l’obscurité
les jours ont déteint sur toi
tes vête­ments et ta peau sont devenus gris
tes mots se sont échap­pés dans la nuit

(p.76)

 

Denis EMORINE, Vers l’est ou dans l’ornière du temps / Ver­so l’est o nel sol­co del tem­po, Giu­liano Ladolfi edi­tore, 2021, 128p. 12 euros ; Tra­duc­tion en ital­ien par Giu­liano Ladolfi. Pré­face d’Is­abelle Poncet-Rimaud.

Il y est ques­tion d’amour, de sépa­ra­tion : le passé est lourd à sup­port­er, et les sou­venirs lais­sent d’in­times traces blessantes. Le tal­ent d’E­morine est de nous livr­er une vision de l’his­toire proche et tout à la fois inscrite dans la grande his­toire et ses fos­sés tragiques.

Ce livre bilingue, très bien présen­té, sug­gère au lecteur toutes les peines endurées, sans jamais y être démon­stratif ou pesant, par­fois la tête est trop lourde pour subir et il faut donc la légèreté grave du poème pour alert­er l’âme. Ce que le poète fait très bien. Au sang, au rouge répon­dent les lumières du poème.

Présentation de l’auteur

Denis Emorine

Denis Emorine  est né en 1956 près de Paris.  Il a avec l’anglais une rela­tion affec­tive parce que sa mère enseignait cette langue. Il est d’une loin­taine ascen­dance russe du côté pater­nel. Ses thèmes de prédilec­tion sont la recherche de l’identité, le thème du dou­ble et la fuite du temps. Il est fasciné par l’Europe de l’Est. Poète, essay­iste, nou­vel­liste et dra­maturge, Emorine est traduit en une douzaine de langues. Son théâtre a été joué en France, au Cana­da ( Québec) et en Russie. Plusieurs de ses livres ont été édités aux Etats-Unis. Il col­la­bore régulière­ment à la revue de lit­téra­ture “Les Cahiers du Sens”. 
En 2004, Emorine a reçu  le pre­mier prix de poésie (français) au Con­cours Inter­na­tion­al. L’Académie du Var lui a décerné le « prix de poésie 2009 ».
On peut lui ren­dre vis­ite sur son site : denis.emorine.free.fr

Bib­li­ogra­phie (sup­primer si inutile)

Poèmes choi­sis

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Philippe Leuckx

Né à Havay en 1955. Etudes de let­tres romanes.
Mem­bre de l’As­so­ci­a­tion des Ecrivains belges.
Cri­tique dans plusieurs revues et blogs (Jour­nal des poètes, Fran­coph­o­nie vivante, Bleu d’en­cre, poez­ibao, Les Belles Phras­es, revue Tex­ture…)

Prix Emma-Mar­tin 2011.

Auteur d’une trentaine de livres et pla­que­ttes de poésie : Une ombreuse soli­tude, Comme une épaule d’om­bres, Le fraudeur de poèmes, Le fleuve et le cha­grin, Touché cœur, Une espèce de tour­ment ?, Rome rumeurs nomades, Selon le fleuve et la lumière, Un pié­ton à Barcelone, Rome à la place de ton nom, D’enfances…

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