> Laurent Cennamo, Pierres que la mer a consumées

Laurent Cennamo, Pierres que la mer a consumées

Par |2018-01-26T15:55:05+00:00 8 octobre 2014|Catégories : Critiques|

Beau pro­jet que d’évoquer par un essai libre, auto­bio­gra­phique et for­cé­ment per­son­nel,  les toiles de son père Fausto (1950), né près de Rome.

En petites notes aiguës, le fils Laurent annote, com­mente, ana­lyse pro­longe les œuvres du père. Petits tableaux énig­ma­tiques à l’aune de ceux du père, artiste qui joue de sobrié­té dans ces acry­liques sur papier kraft, des années 2000. « Doloroso », « Le vieux Chinois ».

C’est aus­si à une réflexion sur l’acte de peindre que se livre Laurent Cennamo, cer­nant au tra­vers des réa­li­sa­tions de son père les grandes lignes d’une esthé­tique, révé­la­trice de l’enfance et d’influences (Picasso, Tapiès, Gris, Burri, entre autres). Amour du père pour la pein­ture cubiste.

Peindre : effleu­rer des lèvres, dans la nuit, chu­cho­ter à l’oreille des fan­tômes (p.34).

La pein­ture, alors : flèche qui tra­verse les mondes (p.69)

Grande atten­tion por­tée au bord, à la bor­dure (déli­ca­te­ment déchi­rée ici, là plus tran­chante, mena­çante) (p.40)

De proche en proche, le fils réus­sit à trai­ter de toute cette matière pic­tu­rale avec les outils de la poé­sie, ceux de l’analyse pic­tu­rale, ceux encore de la véné­ra­tion filiale : telle cou­leur (le bleu extra­or­di­naire à la Modigliani), telle forme cou­lée, tel refus, ces visages voi­lés ou cryp­tés. L’acuité est sai­sis­sante, celle qui arrive à évo­quer sans alour­dir, sans éva­cuer la part de mys­tère et d’étrangeté.

Bel hom­mage, sans cesse revi­vi­fié des atouts de l’observation élé­men­taire, au sens bache­lar­dien.

mm

Philippe Leuckx

Né à Havay en 1955. Etudes de lettres romanes.
Membre de l’Association des Ecrivains belges.
Critique dans plu­sieurs revues et blogs (Journal des poètes, Francophonie vivante, Bleu d’encre, poe­zi­bao, Les Belles Phrases, revue Texture…)

Prix Emma-Martin 2011.

Auteur d’une tren­taine de livres et pla­quettes de poé­sie : Une ombreuse soli­tude, Comme une épaule d’ombres, Le frau­deur de poèmes, Le fleuve et le cha­grin, Touché cœur, Une espèce de tour­ment ?, Rome rumeurs nomades, Selon le fleuve et la lumière, Un pié­ton à Barcelone, Rome à la place de ton nom, D’enfances…

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