Beau pro­jet que d’évoquer par un essai libre, auto­bi­ographique et for­cé­ment per­son­nel,  les toiles de son père Faus­to (1950), né près de Rome.

En petites notes aiguës, le fils Lau­rent annote, com­mente, analyse pro­longe les œuvres du père. Petits tableaux énig­ma­tiques à l’aune de ceux du père, artiste qui joue de sobriété dans ces acryliques sur papi­er kraft, des années 2000. « Doloroso », « Le vieux Chinois ».

C’est aus­si à une réflex­ion sur l’acte de pein­dre que se livre Lau­rent Cen­namo, cer­nant au tra­vers des réal­i­sa­tions de son père les grandes lignes d’une esthé­tique, révéla­trice de l’enfance et d’influences (Picas­so, Tapiès, Gris, Bur­ri, entre autres). Amour du père pour la pein­ture cubiste.

Pein­dre : effleur­er des lèvres, dans la nuit, chu­chot­er à l’oreille des fan­tômes (p.34).

La pein­ture, alors : flèche qui tra­verse les mon­des (p.69)

Grande atten­tion portée au bord, à la bor­dure (déli­cate­ment déchirée ici, là plus tran­chante, menaçante) (p.40)

De proche en proche, le fils réus­sit à traiter de toute cette matière pic­turale avec les out­ils de la poésie, ceux de l’analyse pic­turale, ceux encore de la vénéra­tion fil­iale : telle couleur (le bleu extra­or­di­naire à la Modigliani), telle forme coulée, tel refus, ces vis­ages voilés ou cryp­tés. L’acuité est sai­sis­sante, celle qui arrive à évo­quer sans alour­dir, sans évac­uer la part de mys­tère et d’étrangeté.

Bel hom­mage, sans cesse reviv­i­fié des atouts de l’observation élé­men­taire, au sens bachelardien.

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Philippe Leuckx

Né à Havay en 1955. Etudes de let­tres romanes.
Mem­bre de l’As­so­ci­a­tion des Ecrivains belges.
Cri­tique dans plusieurs revues et blogs (Jour­nal des poètes, Fran­coph­o­nie vivante, Bleu d’en­cre, poez­ibao, Les Belles Phras­es, revue Tex­ture…)

Prix Emma-Mar­tin 2011.

Auteur d’une trentaine de livres et pla­que­ttes de poésie : Une ombreuse soli­tude, Comme une épaule d’om­bres, Le fraudeur de poèmes, Le fleuve et le cha­grin, Touché cœur, Une espèce de tour­ment ?, Rome rumeurs nomades, Selon le fleuve et la lumière, Un pié­ton à Barcelone, Rome à la place de ton nom, D’enfances…