Mar­quée par le peu, la restric­tion (que de ne…que), la pau­vreté (« cette pau­vre voix » en apo­logue de la p.43), la poésie de Guy Allix ne chante pas pour pass­er le temps ni faire beau mais pour déclin­er des aveux essen­tiels. Elle est la voix « hum­ble », qui par­le plus pro­fond que celles qui trompet­tent, elle assume l’errance, sig­nale l’orphelin de père et de « repère » ; elle est cette voix qui « s’efface », qui touche le près, des­sine « les mots que tu voulais », prend dis­tance grâce à l’aphorisme et à la sen­tence, décrit au plus juste ce que c’est « de n’avoir pas été/ Ou si peu ». Cette poésie, essen­tielle, nous dirons exis­ten­tielle, par­le à toutes et tous, par sa sim­plic­ité, par son exigence :

 

C’est quand tu n’as plus de mots
Que tu reviens au poème

Tu march­es et tu t’effaces
C’est en t’effaçant que tu existes vraiment

Tu n’auras été qu’attente
De cette mai­son qui s’ouvre

Comme un fruit
Au creux de la main

L’anaphore, la reprise de cer­tains mots ou motifs, le man­i­feste « Poètes, votre sang », les apho­rismes de « La défaite finale » (Et les mots sépar­ent qui voudraient répar­er), le tra­vail aigu, presque acide sur l’érosion de soi par le temps, par l’usage (« Pen­dant si longtemps je ne fus pas moi-même/ Je ne fus que ce triste rôle…./Et cette déten­tion…. »), « le vide qui bor­de le poème », cette con­science sen­si­ble de ne savoir « que cette voix/Venue de longtemps », font de « Le sang le soir » un beau livre d’aveu, dont « le cri orphe­lin » pour­suiv­ra longtemps aus­si le lecteur sensible.

Lucien Noullez, dans une belle pré­face, désigne les atouts de cette « poésie du cœur », apte à dérouler sans con­ces­sion selon moi les soli­tudes divers­es qui s’imposent à nous.

 

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Philippe Leuckx

Né à Havay en 1955. Etudes de let­tres romanes.
Mem­bre de l’As­so­ci­a­tion des Ecrivains belges.
Cri­tique dans plusieurs revues et blogs (Jour­nal des poètes, Fran­coph­o­nie vivante, Bleu d’en­cre, poez­ibao, Les Belles Phras­es, revue Tex­ture…)

Prix Emma-Mar­tin 2011.

Auteur d’une trentaine de livres et pla­que­ttes de poésie : Une ombreuse soli­tude, Comme une épaule d’om­bres, Le fraudeur de poèmes, Le fleuve et le cha­grin, Touché cœur, Une espèce de tour­ment ?, Rome rumeurs nomades, Selon le fleuve et la lumière, Un pié­ton à Barcelone, Rome à la place de ton nom, D’enfances…