> Guy ALLIX : “Le sang le soir”

Guy ALLIX : “Le sang le soir”

Par | 2018-01-26T15:52:00+00:00 26 octobre 2015|Catégories : Critiques|

 

Marquée par le peu, la res­tric­tion (que de ne…que), la pau­vre­té (« cette pauvre voix » en apo­logue de la p.43), la poé­sie de Guy Allix ne chante pas pour pas­ser le temps ni faire beau mais pour décli­ner des aveux essen­tiels. Elle est la voix « humble », qui parle plus pro­fond que celles qui trom­pettent, elle assume l’errance, signale l’orphelin de père et de « repère » ; elle est cette voix qui « s’efface », qui touche le près, des­sine « les mots que tu vou­lais », prend dis­tance grâce à l’aphorisme et à la sen­tence, décrit au plus juste ce que c’est « de n’avoir pas été/​ Ou si peu ». Cette poé­sie, essen­tielle, nous dirons exis­ten­tielle, parle à toutes et tous, par sa sim­pli­ci­té, par son exi­gence :

 

C’est quand tu n’as plus de mots
Que tu reviens au poème

Tu marches et tu t’effaces
C’est en t’effaçant que tu existes vrai­ment

Tu n’auras été qu’attente
De cette mai­son qui s’ouvre

Comme un fruit
Au creux de la main

L’anaphore, la reprise de cer­tains mots ou motifs, le mani­feste « Poètes, votre sang », les apho­rismes de « La défaite finale » (Et les mots séparent qui vou­draient répa­rer), le tra­vail aigu, presque acide sur l’érosion de soi par le temps, par l’usage (« Pendant si long­temps je ne fus pas moi-même/ Je ne fus que ce triste rôle…./Et cette déten­tion…. »), « le vide qui borde le poème », cette conscience sen­sible de ne savoir « que cette voix/​Venue de long­temps », font de « Le sang le soir » un beau livre d’aveu, dont « le cri orphe­lin » pour­sui­vra long­temps aus­si le lec­teur sen­sible.

Lucien Noullez, dans une belle pré­face, désigne les atouts de cette « poé­sie du cœur », apte à dérou­ler sans conces­sion selon moi les soli­tudes diverses qui s’imposent à nous.

 

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Philippe Leuckx

Né à Havay en 1955. Etudes de lettres romanes.
Membre de l’Association des Ecrivains belges.
Critique dans plu­sieurs revues et blogs (Journal des poètes, Francophonie vivante, Bleu d’encre, poe­zi­bao, Les Belles Phrases, revue Texture…)

Prix Emma-Martin 2011.

Auteur d’une tren­taine de livres et pla­quettes de poé­sie : Une ombreuse soli­tude, Comme une épaule d’ombres, Le frau­deur de poèmes, Le fleuve et le cha­grin, Touché cœur, Une espèce de tour­ment ?, Rome rumeurs nomades, Selon le fleuve et la lumière, Un pié­ton à Barcelone, Rome à la place de ton nom, D’enfances…