La décou­verte de ce livre, c’est d’abord celle d’une voix, que ne recou­vre pas le titre nat­u­ral­iste de l’ouvrage, car de ces poèmes qui dis­ent la vie effritée, sauvage des villes et des rues, dans une vision ento­mol­o­giste des gri­sailles, des cafards (aux deux sens du terme), des sen­ti­ments qui versent, rien de nat­u­ral­iste au sens premier.

Dans une écri­t­ure qui s’offre la sécher­esse du décalage et du sur­plomb, l’auteure – moins de quar­ante ans au comp­teur -, dévide ce qu’elle observe, ce qu’elle ressent, ce qu’elle trame – ensem­ble – les réal­ités d’une vie for­cé­ment errante, for­cé­ment riche de ren­con­tres et de dérives, au fil des rues de Milan, Rome ou Sydney.

S’y lisent des per­cep­tions très mûries des corps frôlés, pas tou­jours atteints, des vies min­imes, infimes, vagabon­des comme son parcours.

On sent frétiller le regret de pass­er à côté des choses, et cepen­dant, quelle manière d’en évo­quer les trames et les traces :

Je cher­chais avec peine, un après-midi en terrasse
le réel – le sen­ti­ment d’un hors-soi nous ren­dant notre juste
mesure –
dans les pierres
des immeubles et les dalles des trottoirs

L’ironie cinglante, le détail cru, l’image déjan­tée (le jour, comme un œil, cligne et pré­cip­ite l’ennui), l’observation sour­cilleuse du réel don­nent à ces textes l’allure de vignettes hyper­réal­istes d’un monde en folie, avec ses lais­sés-pour-compte, avec sa fureur du Capital.

Un vrai tableau d’une société déglin­guée, où les immi­grés for­ment comme l’assise d’un autre monde, rejeté, banal­isé, informe.

Un auteur à suiv­re, pour une qual­ité unique de regard et pour une écri­t­ure ferme, sans affêterie.

mm

Philippe Leuckx

Né à Havay en 1955. Etudes de let­tres romanes.
Mem­bre de l’As­so­ci­a­tion des Ecrivains belges.
Cri­tique dans plusieurs revues et blogs (Jour­nal des poètes, Fran­coph­o­nie vivante, Bleu d’en­cre, poez­ibao, Les Belles Phras­es, revue Tex­ture…)

Prix Emma-Mar­tin 2011.

Auteur d’une trentaine de livres et pla­que­ttes de poésie : Une ombreuse soli­tude, Comme une épaule d’om­bres, Le fraudeur de poèmes, Le fleuve et le cha­grin, Touché cœur, Une espèce de tour­ment ?, Rome rumeurs nomades, Selon le fleuve et la lumière, Un pié­ton à Barcelone, Rome à la place de ton nom, D’enfances…